*** GIOVANNI GREVI: The interpolar world: a new scenario. European Union Institute for Security Studies (43 av. du Président Wilson, F-75775 Paris Cedex 16. Tél.: (33-1) 56891930 - fax: 56891931 - Courriel: info@iss.europa.eu - Internet: http://www.iss.europa.eu ). Collection "Occasional Paper", n° 79. 2009, 39 p.. ISBN 978-92-9198-144-1.
Que le monde change, tout le monde s'en aperçoit grosso modo, sans toutefois percevoir de manière précise tout ce qui y contribue sur la scène internationale. Mais dans quelle direction change-t-il ? Notre planète évolue-t-elle vers le meilleur ou vers le pire ? Ces questions engagent l'avenir, voire même carrément la survie de l'humanité. Or, elles ne sont que très peu souvent ouvertement posées. Le premier mérite de ce remarquable travail d'un chercheur de l'Institut d'études de sécurité de l'Union européenne est de planter très concrètement le décor d'un monde en pleine mutation, de procéder à l'autopsie du monde qui vient de mourir sous nos yeux et d'analyser ensuite la configuration internationale qui prévaut en ce temps de "grande transition", sans cacher que le pire n'est pas à exclure tant les défis majeurs qui sont à relever ne pourront l'être avec les recettes du passé. Son deuxième mérite, immense, est de tracer des pistes susceptibles de conduire à une gouvernance plus mature, plus responsable, de notre bonne vieille Terre et de ses richesses, donc de tous ceux qui l'habitent.
Pour Giovanni Grevi, l'implosion de l'ancien modèle de relations internationales est d'abord la conséquence de la "forme agressive d'unilatéralisme" par laquelle les États-Unis de George Bush ont eux-mêmes miné leur "position hégémonique", ainsi que les valeurs et les perceptions du monde occidentales qui, jusqu'alors, donnaient le ton. Avec Obama, sans doute cette dérive est-elle réversible, mais le mal est fait car, entre-temps, d'autres puissances globales et régionales se sont engouffrées dans la brèche, ce qui fait que "le concert global - ou la cacophonie - à venir" inclura désormais "des joueurs qui ont des traditions historiques différentes et des conceptions originales des relations internationales et de leur place en leur sein". Même le capitalisme n'échappera pas à la question, dans le sens inquisitorial du terme: lorsque le vice-Premier ministre chinois Wang Qishan observe, à la lumière de la crise financière qui, née aux États-Unis, a déferlé sur le monde comme un tsunami, que "les professeurs ont maintenant quelques problèmes", il faut incontestablement entendre, selon l'auteur, que "la convergence progressive vers le modèle capitaliste anglo-saxon est remplacée par un débat sur la coexistence et la concurrence de différents modèles". D'un autre côté, le temps n'est plus où la seule puissance militaire structurait la hiérarchie planétaire et l'inégale répartition des ressources, notamment énergétiques, freine les tendances unilatérales en poussant les grands acteurs à asseoir leur influence par d'autres biais. Que ce soit sur le plan économique, énergétique ou environnemental, "l'interdépendance existentielle" se conjugue avec un monde devenu réellement multipolaire, ce qui doit forcer à imaginer de nouvelles formes de coopération multilatérale. L'auteur propose de les fonder sur la base d'un nouveau scénario, celui d'un "monde interpolaire". Pour lui, "l'interpolarité est la multipolarité à l'heure de l'interdépendance", à savoir un outil qui inviterait les États, les puissances internationales et régionales en particulier, à s'attaquer aux défis lancés à l'humanité en développant une coopération internationale de nature à les gérer de manière efficace, pour le bien commun de chacun d'eux et du genre humain dans son ensemble. Comment procéder ? Concrètement, Giovanni Grevi suggère de renforcer la "diplomatie des sommets". Ainsi, alors que le G8 a perdu de sa pertinence dans la mesure où "il n'inclut pas pleinement les acteurs qui sont au cœur des problèmes d'une interdépendance complexe", le G20 constitue un pas dans la bonne direction en ce qu'il inclut des pays représentant quelque 90% de la richesse mondiale. D'autres instances ponctuelles de même nature devraient voir le jour afin de dégager, un peu à la manière du Conseil européen, des orientations et de donner des impulsions en vue de s'attaquer, entre autres, au changement climatique, aux problèmes de développement et aux questions de désarmement et de lutte contre la prolifération des armes de destruction massive. Il reviendrait ensuite, dans ce scénario, que les organisations internationales et/ou régionales compétentes, associées à la préparation de - ou impliquées dans - ces sommets, traduisent les accords politiques en réglementations opérationnelles et veillent à l'application de celles-ci.
À l'évidence, conclut l'auteur, voilà un scénario écrit, en principe, sur mesure pour l'Union européenne, elle qui est "équipée du bon bagage de valeurs et d'instruments politiques pour faire une réelle différence dans la promotion d'un monde interpolaire et du renforcement des structures multilatérales correspondantes". Seulement voilà, aux yeux de ses principaux partenaires mondiaux, elle apparaît toujours moins comme un "acteur international unique" que comme un "regroupement lâche d'États capricieux", leur représentation dans les organisations internationales et les sommets informels étant toujours "inefficace et finalement intenable". Alors que, ces prochaines années, les interdépendances vont s'approfondir, que la concurrence va grandir et que la puissance va basculer vers des pays émergents, d'Asie en particulier, l'Union est-elle sur le point de rater le coche ? Pourrait-elle, par ses manquements internes d'un autre âge, être dans l'incapacité de contribuer à la réalisation de ce qui est au cœur de l'ambition qu'elle s'est assignée, à savoir "bâtir une paix durable bien au-delà de ses frontières" ? La réponse, sans doute, réside peu ou prou dans le nom du Haut Représentant et vice-président de la Commission qui sortira du chapeau des chefs d'État et de gouvernement. Puissent-ils seulement n'avoir posé leur choix qu'après avoir lu et médité cette étude.
Michel Theys
*** PHILIPPE MOREAU DEFARGES: La guerre ou la paix demain ? Armand Colin (21 rue du Montparnasse, F-75006 Paris. Tél.: (33-1) 44395111 - fax: 44395120 - Internet: http://www.armand-colin.com ). Collection "25 questions décisives". 2009, 160 p., 12,90 €. ISBN 978-2-200-35402-2.
Qu'un intellectuel puisse rendre sa science accessible au plus grand nombre n'est pas courant. L'art de la pédagogie et de la vulgarisation intelligente, respectueuse des faits et de la complexité des choses, Philippe Moreau Defarges le maîtrise à merveille. Les ouvrages qu'il multiplie en attestent, et celui-ci ne déroge pas à la règle, que du contraire. Il s'y attaque, pourtant, à une question aux inconnues multiples: le "monde organisé et chaotique" qui est le nôtre aujourd'hui, "à la fois plus uni et plus éclaté que celui de l'antagonisme Est-Ouest", est-il porteur de guerre(s) ou de paix ? À travers les réponses aussi mesurées qu'éclairantes qu'il apporte à "25 questions décisives" allant du caractère éventuellement belliciste de l'État souverain et de la démocratie aux menaces pour la paix que pourraient constituer les États-Unis, la Chine, la Russie, en passant par les facteurs de troubles (Proche-Orient, armes de destruction massive, révolution islamiste, essoufflement des ressources de la planète) et les "dynamiques pacificatrices", Philippe Moreau Defarges dépeint un tableau en demi-teintes dont il résulte que rien n'immunise contre le pire. À propos du "projet presque utopique" qui a donné naissance à l'Union européenne, il écrit que l'Europe "ne peut pas être une forteresse", sans quoi elle recréera "entre elle et l'extérieur un climat de haine et d'hostilité, ses voisins n'ayant plus qu'une obsession: faire tomber la forteresse". L'auteur en conclut que l'Union ne peut rester elle-même à long terme "que si, autour d'elle et au-delà, se développent des expériences régionales semblables".
(MT)
*** JULIAN BESTERS-DILGER (sous la dir. de): Ukraine on its Way to Europe. Interim Results of the Orange revolution. Peter Lang (1 Moosstrasse, CH-2542 Pieterlen. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). 2009, 331 p., 43,70 €. ISBN 978-3-631-58889-5.
Cinq ans après la « Révolution Orange », l'Ukraine semble engagée sur une route la rapprochant de l'Europe et contribuant à la dégager de l'influence du géant russe. Depuis 2004, les termes « européanisation » et « intégration européenne » semblent être devenus, dans ce pays, les concepts à suivre, ceci se répercutant tant au niveau juridique et social qu'économique. Toutefois, un écart demeure entre le processus de rapprochement en soi et sa traduction dans la vie de tous les jours. Cet ouvrage, dû à un effort interdisciplinaire de l'Université de Vienne, cherche à identifier les aspects qui restent à travailler pour mener ce processus plus avant. À cet effet, cinq départements de l'Université opérant avec des chercheurs allemands, norvégiens et autrichiens analysent les efforts « européens » de Kiev et identifient les constantes culturelles propres au pays qui ralentissent ou, au contraire, favorisent le rapprochement. Spécialistes de domaines aussi divers que la théologie, les études slaves ou les sciences politiques, les auteurs jaugent notamment les aménagements constitutionnels qui ont visé à renforcer la démocratie, ce qui les amène à pointer le fait que les partis en place sont davantage des pantins aux mains des élites politico-économiques que des forces en soi. Le système judiciaire, quant à lui, bien qu'ayant été renforcé, n'est toujours pas à même d'endiguer la corruption qui semble, elle, bien ancrée dans les traditions et la mentalité nationales. D'autres aspects tels que le rôle des oligarchies, les défis démographiques auxquels le pays est confronté ou encore l'indépendance des médias sont aussi abordés. Les auteurs passent ensuite aux relations externes du pays d'un point de vue historique, ceci notamment avec la Russie, la Pologne et, dans une moindre mesure, l'Autriche, afin de mieux comprendre l'évolution du pays et surtout le chemin qu'il lui reste à parcourir pour se libérer de l'emprise russe. La fin de l'ouvrage aborde des dimensions culturelles de l'Ukraine, sa mentalité et son identité ainsi que son grand héritage chrétien.
(NDu)
*** ANDREJ N. LUSHNYCKY, MYKOLA RIABCHUK (sous la dir. de): Ukraine on its Meandering Path Between East and West. Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection "Interdisciplinary Studies on Central and Eastern Europe", n° 4. 2009, 210 p., 38 €. ISBN 978-3-03911-607-2.
Cet ouvrage est le prolongement d'une conférence consacrée à la "Révolution Orange" en Ukraine qui a été organisée à l'Université de Fribourg voici quatre ans dans le contexte des "Journées européennes de l'Est". Les auteurs, en majeure partie spécialistes des sciences politiques et sociales, y ont cherché à montrer les changements et conflits qui ont émergé dans le pays depuis la révolution de 2004. Les contributions abordent des thèmes comme les réactions de pays de l'Union, la Pologne notamment, et de voisins comme la Russie à la "Révolution Orange" et les évolutions des relations de l'Ukraine avec l'Union. Les changements observés dans les médias du pays ou encore l'état actuel de l'appareil institutionnel qui semble être encore trop faible et freiné par une bureaucratie de style soviétique tenace sont d'autres thèmes abordés, de même que les travaux des intellectuels du pays pendant la décennie 90 et l'influence décroissante de la Russie et la prise de distance par rapport à cette dernière, en parallèle au rapprochement avec l'Ouest.
(NDu)
*** ERNST PIEHL: La société civile organisée en Géorgie, Arménie et Azerbaïdjan, en particulier dans la perspective de la politique européenne de voisinage - Organised civil society in Georgia, Armenia and Azerbaijan, particularly against the backdrop of the European Neighbourhood Policy - Organisierte Zivilgesellschaft in Georgien, Armenien und Aserbaidschan, insbesondere im Kontext der Europäischen Nachbarschadtspolitik. Comité économique et social européen (Unité "Visites et publications", 99 rue Belliard, B-1040 Bruxelles. Tél.: (32-2) 5469604 - fax: 5469764 - Internet: http://www.eesc.europa.eu ). 2009, 161 p.. ISBN 978-92-830-1112-5 (Fr), 978-92-830-1111-8 (En) et 978-92-830-1110-1 (De).
Cette étude réalisée par un ancien fonctionnaire de la Commission est dédiée à la mémoire de Karin Alleweldt, membre du Comité économique et social européen prématurément disparue en février de l'an dernier et cheville ouvrière de ce projet en sa qualité de présidente du groupe de contact "Voisins européen de l'Est" du Comité. L'auteur y décrit le contexte historique, politique et socioéconomique, ainsi que les développements de l'ère postsoviétique dans trois pays et trois régions séparatistes (Karabakh, Abkhazie et Ossétie du Sud) du Caucase méridional, ce dans la perspective de la Politique européenne de voisinage. L'analyse, fouillée, est tout particulièrement focalisée sur le rôle de la société civile organisée présente dans ces contrées, Ernst Piehl s'employant à voir comment ces États et leur société réagissent face à la "question européenne" et la manière dont ces sociétés civiles s'impliquent dans les plans d'action au titre de la Politique de voisinage. Dans ses conclusions, il adresse des recommandations qui s'adressent à celles-ci comme à l'Union elle-même.
(MT)
*** GEORG SCHMID: The Narrative of the Occident. An Essay on Its Present State. Peter Lang (voir coordonnées supra). 2008, 467 p., 64 €. ISBN 978-3-631-57562-8.
Les civilisations se narrent elles-mêmes, que ce soit pour établir leur légitimité, pour réussir face aux autres ou simplement pour se montrer sous leur meilleur jour. Dominante jusqu'à ce jour, la civilisation occidentale, passée maîtresse dans l'art de la narration, a créé produits, performances et réalisations qui lui ont conféré une certaine image jusqu'il y a peu. Cependant, alors que, par le passé, l'histoire contée motivait les masses et créait une identité, le conteur a perdu aujourd'hui beaucoup de sa verve, ce qui fait que les disparités entre l'histoire et la réalité sont de plus en plus criantes. L'objet de cet ouvrage est la narration de la civilisation occidentale, dans son sens large. En déchiffrant les manifestations de notre civilisation qui ont été non pas occultées mais plutôt dissimulées derrière des déclarations officielles, l'auteur montre comment elle a dérivé et à quel point les différences entre les prétentions et la réalité sont devenues insurmontables, même pour le meilleur des conteurs. Il examine le vacillement récent du discours occidental qui s'est teinté de relativisme moral et de cynisme, la manière dont il perd de sa rationalité et à quel point il est devenu pervers aux oreilles du reste du monde qui regardent l'Ouest avec un œil de plus en plus critique. Il passe en revue les achèvements de la culture matérielle - technologie, formes d'art populaires, médias… - ainsi que les résultats économiques pour mettre à jour une crise qui serait due non seulement à un manque collectif de confiance en soi, mais aussi aux désaccords entre deux courants majeurs au sein du monde occidental.
(NDu)