La ratification définitive du Traité de Lisbonne apporte un avantage supplémentaire à ceux qui sont généralement cités: elle offre aux eurosceptiques l'occasion de s'exprimer dans le cadre communautaire ; et ils ne s'en privent pas. Ce traité introduit aussi dans la panoplie communautaire la faculté pour chaque État membre de sortir de l'UE. Le paragraphe 1 de l'article 50 est, dans sa brièveté, explicite: « Tout État membre peut décider, conformément à ses règles constitutionnelles, de se retirer de l'Union. »
Liberté de choix. Ces évolutions sont, à mon avis, largement positives. L'UE n'est pas une forteresse ; y participe qui le souhaite, qui en partage les objectifs et le fonctionnement et remplit les conditions requises. Qui ne souhaite pas adhérer, est libre de ne pas le demander, ou de ne pas ratifier l'adhésion négociée (Norvège). À présent, la possibilité de retrait est devenue formelle. En outre, par la généralisation des coopérations renforcées, il sera plus aisé de demeurer dans l'Union sans participer à certaines réalisations, faculté d'ailleurs déjà utilisée par le Royaume-Uni, le Danemark et (de manière artificielle) la Suède, pour ne pas participer à la zone euro. Pourquoi ces remarques sont-elles importantes ? Pour en finir avec la légende selon laquelle l'Europe serait imposée, lierait les États membres comme une chaîne. Certains blogs où les citoyens s'expriment sont, de ce point de vue, ahurissants. Des gens croient vraiment, ou ils font semblant, à l'existence d'une sorte de diktat par lequel l'intégration européenne serait devenue obligatoire, et si un peuple vote « non », on le fait voter à nouveau pour qu'il rectifie son verdict. Comme si, en réalité, la possibilité d'un deuxième vote n'était pas demandée par le pays concerné lui-même, comme si l'incitation à le faire avait sa source à l'intérieur de ce lieu vague et mystérieux qu'on appelle « Bruxelles ». Comme si l'adhésion n'avait pas été invoquée par tous ceux qui sont entrés, malgré les obstacles et les années d'attente ; comme si elle ne représentait pas encore l'ambition de tellement de pays qui frappent à la porte.
En réalité, chaque peuple est libre de son choix, avec en plus la possibilité de rester dans l'UE, ou d'y adhérer, sans participer à certaines réalisations. Et la porte de sortie est ouverte. Les gens doivent le savoir.
Liberté de parole pour les eurosceptiques. J'estime également positif que les eurosceptiques puissent s'exprimer librement à l'intérieur des institutions. Je ne partage pas l'opinion de qui regrette que les eurosceptiques aient la faculté de s'organiser et s'exprimer au sein du Parlement européen. S'ils sont exclus, personne ne leur répond et ils peuvent raconter n'importe quoi ; et ils en profitent, on l'avait vu en Irlande lorsqu'ils avaient fait croire aux citoyens que le Traité de Lisbonne aurait imposé le divorce et l'avortement, aurait interdit la neutralité politique et militaire et aurait supprimé le commissaire européen de nationalité irlandaise. Lorsqu'il a été enfin répondu à ces mensonges, on a vu le résultat.
Chacun a le droit de s'opposer au Traité de Lisbonne, voire même à la présence de son pays dans l'Union. À présent, le débat pour ou contre se déroule au sein même du Parlement européen. La discussion est plus ouverte également dans les États membres (grâce notamment au progrès technologique) et les arguments pro-européens peuvent être développés et entendus dans toutes les enceintes, non plus seulement par la voie des publications officielles des institutions communautaires, soupçonnées a priori de partialité et muettes sur les débats, voire les divergences, qui préparent les décisions. Ainsi, tout le monde s'exprime et les citoyens choisissent.
L'intégration européenne pour qui la souhaite. Les adversaires du Traité de Lisbonne s'expriment, et c'est tant mieux. Vaclav Klaus, après avoir signé la ratification votée par le parlement de son pays, a confirmé son opposition personnelle en déclarant: « Avec l'entrée en vigueur du Traité de Lisbonne, la République tchèque cesse d'être un État souverain ». Trois jours auparavant, cette rubrique l'avait invité à proposer la sortie de l'UE, ce qui aurait permis aux citoyens de s'exprimer directement (et je n'ai aucun doute sur le résultat). Mercredi, le mouvement britannique Open Europe a invité le parti conservateur du R.-U. à annoncer que, s'il gagne les prochaines élections, il réclamera le rapatriement de certaines compétences et il s'engagera à soumettre à référendum tout transfert ultérieur de pouvoirs de Londres à Bruxelles. Timothy Kirkhope, chef du groupe conservateur du Parlement européen, a annoncé une politique visant non pas le retrait du R.-U. de l'UE (il admet que celle-ci peut jouer un rôle utile en matière de climat, de lutte contre la pauvreté dans le monde, etc.) mais la récupération de certaines compétences européennes par les autorités nationales.
Il faut rester sereins face à ces initiatives et aux autres qui suivront dans le même sens. Les États membres déterminés à avancer ne doivent pas hésiter, le cas échéant, à envisager ce qu'on appelait autrefois le « noyau dur », déjà annoncé par la zone euro. Chaque peuple doit rester libre de ses choix. (F.R.)