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Bulletin Quotidien Europe N° 10010
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Conseil européen: quelques remarques sur le résultat absent

Les résultats du Conseil européen sont présentés dans les pages qui suivent, qui résument aussi, comme d'habitude, les principales prises de position des participants; et le texte des « Conclusions » figure en Annexe. Cette rubrique reviendra la semaine prochaine sur ces résultats, y compris à propos du dossier du changement climatique. Pour le moment, je voudrais évoquer le résultat absent: celui de la désignation des personnalités destinées à exercer les deux hautes fonctions nouvelles prévues par le Traité de Lisbonne. Les chefs d'État ou de gouvernement ont évalué et comparé les orientations respectives, et tout autour fusent les annonces, les indiscrétions et les prises de position. Il est compréhensible que la Présidence suédoise ait estimé nécessaire d'attendre que les ratifications de ce traité soient achevées, en renvoyant les délibérations à une session extraordinaire d'ici deux ou trois semaines. Le dossier est complexe car il implique un équilibre entre les nationalités, entre les orientations politiques et même à propos du genre (un homme ou une femme ?) des personnalités à désigner. Mais quelques considérations générales sont peut-être possibles.

Responsabilité et risques du retard. Le report des décisions est dû, on l'a dit, à l'attente de la signature de l'acte de ratification du Traité de Lisbonne par le président de la République tchèque. Vaclav Klaus joue la comédie: il sait qu'il devra signer, il l'a reconnu lui-même, mais il est ravi de disposer d'un sophisme juridique pour retarder ce geste. La présidence du Sommet doit logiquement se montrer respectueuse des procédures nationales de chacun. Il faut donc attendre. Le risque est que le peuple tchèque subisse plus tard les répercussions des atermoiements actuels: lorsque son pays aura à soutenir à Bruxelles des positions nationales, l'atmosphère ne lui sera pas favorable. Il ne sera jamais question de rétorsions, mais de malaise, de manque de confiance. Vaclav Klaus serait plus honnête, et plus utile pour son pays, en s'exprimant explicitement en faveur de la sortie de son pays de l'UE ; que les citoyens décident. La manière dont il fait actuellement obstacle à la volonté nettement majoritaire de son parlement est un déni de démocratie.

Les fonctions d'un président. À propos des nominations, il est surtout question, pour le moment, du futur président stable du Conseil européen, la fonction la plus prestigieuse, son titulaire étant souvent défini, à tort, comme le président futur de l'Europe. Le débat sur les candidats prouve que la question préliminaire du rôle de ce président n'est pas encore tout à fait clarifiée. Il n'est plus question de choisir entre un simple chairman qui fixerait les ordres du jour et dirigerait les débats et une personnalité représentant l'Europe et s'exprimant en son nom ; il est à présent admis que ce sera une personnalité importante avec un rôle significatif.

Mais, pour les uns, ce rôle consisterait essentiellement à présenter à l'extérieur les positions de l'Europe, les expliquer et les défendre ; c'est la thèse des partisans de Tony Blair, considéré en mesure d'être écouté par tous les puissants du monde. Selon l'autre thèse, le rôle de ce président serait d'obtenir que des positions européennes existent, de les faire émerger par une action incessante de médiation entre les intérêts de tous les États membres, afin de faire progresser la construction européenne. Les relations extérieures et la présentation des positions de l'UE dans le monde (tâche spécifique du Haut représentant, dont la dénomination était au départ ministre des Affaires étrangères européen) ne seraient qu'un élément de l'action du président, à côté des progrès de la cohésion interne, la consolidation de l'Union économique et monétaire, les politiques communes. C'est l'orientation indiquée par Jean-Claude Juncker (voir cette rubrique dans le bulletin n° 10008), partagée, au nom des socialistes, par José Luis Zapatero (voir notre bulletin d'hier).

La bataille des noms. Les candidatures présentées trop à l'avance permettent à leurs adversaires de s'organiser, d'argumenter leur opposition ; et ceci est arrivé comme prévu à Tony Blair. Le fait que ses opposants ne se situent pas seulement dans les autres États membres, mais aussi dans son pays, affaiblissent radicalement ses chances. On se demande même s'il ne serait pas plus raisonnable, pour son pays, de déplacer ses ambitions vers le rôle du Haut représentant, d'autant plus que le Parti socialiste européen semble orienté vers cette ambition. Sans oublier que les libéraux confirment aussi leurs revendications, en disposant d'une personnalité telle que Guy Verhofstadt qui recueille tellement de soutiens.

Mais je n'ai pas l'intention de passer en revue les candidatures. Notre bulletin précédent a fait le point et les pages suivantes indiquent les dernières évolutions ; j'y renvoie les lecteurs. En attendant, la confirmation, par le Conseil européen, d'orientations claires sur le futur Service diplomatique européen représente déjà en elle-même un progrès de la nouvelle structure que l'UE est en train de se donner.

(F.R.)

 

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