Le débat sur l'avenir de l'Europe est à peine entamé que déjà une formule gagne du terrain pour définir le point d'arrivée: la "Fédération des Etats-nation". En France, elle semble acceptée aussi bien par le gouvernement (socialiste) que par le Président de la République (centriste). Faut-il rappeler qu'elle avait été lancée il y a des années par Jacques Delors, à l'époque où il était encore considéré comme inconvenant et dangereux d'évoquer l'objectif final de la construction européenne?
Idem dans un autre domaine, l'élargissement. Le président de Bulgarie, Peter Stojanov, a lancé à Davos, devant l'auditoire qu'on sait, ce qu'il a qualifié lui-même d'"idée extravagante": les douze pays candidats à l'adhésion seraient proclamés ensemble "membres politiques de l'UE" en 2004, quel que soit l'état de leur préparation à appliquer l'acquis communautaire, étant entendu que les modalités, périodes de transition et d'ajustement, etc., seraient définies au cas par cas, par une stratégie appropriée à chaque candidat. Concrètement, pour quelques-uns, ce statut aurait surtout la signification d'un "projet politique, une ambition politique et intellectuelle", mais le geste politique serait là.
Le Commissaire à l'élargissement Günter Verheugen a déclaré que c'est une idée intéressante, qui aurait pu représenter, il y a quelques années, une alternative à la procédure retenue mais qu'il est désormais trop tard. Mais c'est justement "il y a quelques années" que Jacques Delors avait suggéré d'offrir à tous les pays d'Europe centrale et orientale la participation immédiate à une Confédération européenne. L'UE devait leur adresser un message fort, marquant leur participation à la "famille européenne", sans attendre qu'ils soient en mesure de reprendre et de respecter la totalité de la législation communautaire. Les chefs de gouvernement de l'époque, sauf un, avaient laissé tomber cette idée; ce n'était pas le moment des visions d'avenir. M.Delors a déclaré à notre bulletin spécialisé "Uniting Europe" que l'idée de la Confédération reste valable et qu'elle est réaliste (voir la déclaration complète du président bulgare, la réaction de M.Verheugen et les observations de Jacques Delors dans le n° 130 de ce bulletin, daté du 5 février). Mais la réponse de M.Verheugen n'est guère encourageante.
Ce sont deux exemples de plus, après ceux du "Livre blanc", de la règle décrite par Rivarol (voir titre). C'est tellement bien dit qu'il n'y a rien à ajouter. (F.R.)