Que le Royaume-Uni ne voie pas d'un bon oeil le renforcement des organes qui réunissent les pays de la zone euro, c'est normal car il en est exclu. Et il est compréhensible qu'il s'efforce de faire valoir les compétences du Conseil Ecofin, même sur la monnaie unique, car il en fait partie. Ce qui est moins normal, c'est la manière dont sont présentés à Londres les efforts des pays de la zone euro (et de la Commission européenne): l'opinion publique d'outre-Manche lit que le continent veut exclure le Royaume-Uni de la coordination plus étroite des politiques économiques et d'autres initiatives réservées aux pays de la monnaie unique. Est-il besoin de rappeler que c'est exactement le contraire? La porte de la zone euro est ouverte au Royaume-Uni (ainsi qu'à la Suède et au Danemark); ce sont eux qui refusent de la pousser. Il n'existe aucune "volonté d'exclusion" de la part des pays de cette zone, mais une "volonté d'auto-exclusion" de l'autre côté (essentiellement de la part des opinions publiques, car les gouvernements et les milieux économiques sont nettement favorables à l'euro).
Il est vrai que cette manière de raisonner a un précédent: lorsque Ralf Dahrendorf se battait contre la création de l'euro, il donnait comme argument que la monnaie unique "divisait l'Europe", vu que certains pays n'en voulaient pas. Curieuse logique! Ceux qui divisent l'Europe ne sont pas ceux qui refusent l'intégration, mais ceux qui s'efforcent de la réaliser. Si l'on avait suivi ce raisonnement, il n'y aurait même pas de Traité de la CEE, car le Royaume-Uni le rejetait en faveur d'un projet de zone de libre-échange (étudié à l'époque par le Comité Maudling). A présent, il faut évidemment espérer que le renforcement de l'Eurogroupe se réalise (sans attendre le Royaume-Uni, qui viendra quand il le voudra) et qu'il ne soit pas entravé par des querelles de pouvoir entre les ministres et la Commission européenne. (F.R.)