*** KATRIN WINTER: Führung in der europäischen Integration: Zum Spannungsverhältnis von Macht und Gemeinschaft. Peter Lang (1 Moosstrasse, CH-2542 Pieterlen. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection "Publications Universitaires Européennes", n° 541. 2007, 234 p., 39,70 €. ISBN 978-3-631-56220-8.
Soutenue à l'Université de Bonn en 2006, cette thèse sur "Le leadership dans le processus d'intégration européenne" a pour sous-titre révélateur "La tension des rapports entre Puissance et Communauté". Le livre qui en est le prolongement propose tout d'abord une analyse théorique sur la notion même de leadership dans les relations internationales, principalement comparée à celle d'hégémonie, pour conduire à une distinction qui deviendra importante dans la construction européenne, à savoir la nature "temporaire" du leadership, qui la rend acceptable, et la nature "durable" de l'hégémonie, qui la rend moins acceptable dans la perspective d'une Communauté d'États. C'est justement cette différence d'acceptation du rôle spécifique de certains États qui est à l'origine de la tension qui peut naître entre puissance et communauté, car il est accepté que, dans certaines situations (crises, évolutions institutionnelles, initiatives pour de nouvelles politiques, etc.), les États démographiquement les plus importants puissent assumer un leadership pour faire évoluer la situation. D'où ce commentaire de l'auteur: "Mais si ce rôle devenait permanent, la participation égale de tous aux politiques communes serait mise en question, car cela donnerait à certains membres plus de pouvoir que les autres sur la souveraineté commune. Voilà pourquoi le rôle particulier, souvent nécessaire, des membres les plus puissants ne peut pas être accepté comme durable par les membres plus petits".
L'ouvrage analyse ensuite, de façon méthodique et comparative, quatre initiatives historiques à travers lesquelles le "leadership" de grands États s'est manifesté, deux devant conduire à l'établissement de structures intergouvernementales (un échec et un succès) et deux conduisant à la création de structures supranationales (un succès et un échec). Pour chacune de ces analyses, il est indiqué la nature de l'initiative, l'ampleur des négociations et des résultats, les conditions internationales et européennes dans lesquelles l'événement s'est développé, les intérêts en jeu et les acteurs principaux, une évaluation des résultats ponctuant le tout. Ces exemples sont le "Plan Fouchet" (1961/62), l'établissement du Conseil européen (1974), la création de l'Union économique et monétaire (1991) et la fondation de l'Union politique (1991). Ces exemples révèlent en fait que lorsque le leadership veut être exercé par un seul pays membre, l'échec est presque garanti. C'est lorsque deux ou trois pays se lient pour entraîner les autres que le succès peut être atteint (leadership partagé).
L'intérêt de ce travail montre que la construction de l'Europe dépend encore très fortement de l'engagement ou non des pouvoirs étatiques nationaux. Certes, Katrin Winter reconnaît l'influence considérable que Jacques Delors a exercée, en tant que président de la Commission, lors de la mise en route de l'Union économique et monétaire, mais l'étude n'apporte en fait malheureusement pas assez d'informations sur une forme de leadership européen, de nature plus personnelle et politique, qui pourrait être soutenue principalement par la conviction et non pas seulement par l'intérêt. Il serait, par conséquent, de l'intérêt des Européens de compléter ce travail utile en élargissant la perspective exclusivement "internationale" qui a été retenue ici, et de montrer le rôle moteur de certains acteurs individuels qui peuvent être également des "leaders" à leur façon.
Gabriel Fragnière
*** ANDREW DUFF: Saving the European Union. The Logic of the Lisbon Treaty. Shoehorn Media Ltd (4 Great Marlborough Street, London W1F 7HH, UK. Tél.: (44-20) 31323887 - Courriel: direct.sales@shoehorn.biz - Internet: http://www.shoehornbooks.com ). 2009, 187 p., 12,99 £, 14,99 €. ISBN 978-1-907149-02-3.
Si ce livre était offert aux citoyens irlandais et que ceux-ci acceptaient de le lire, ce qui leur serait chose aisée tant son contenu est clair et accessible au plus grand nombre, sans doute n'y aurait-il pas lieu de se faire du mouron pour le sort qu'ils réserveront au Traité de Lisbonne dans quelques semaines, à l'occasion du deuxième référendum sur le sujet organisé dans l'île. Les pages écrites par Andrew Duff sont le fait d'un honnête homme qui, en tant que député européen, a développé une expertise - largement reconnue par ses pairs - du processus constitutionnel européen, lui qui a notamment été conventionnel et impliqué par le Parlement européen dans la Conférence intergouvernementale qui a ficelé le traité en suspens. Cette science, il la met à la portée de tout un chacun en expliquant avec honnêteté ce que dit réellement le dernier traité, ce que l'Union pourra et ne pourra pas faire, ce que sera le rôle des institutions. Ce libéral démocrate est aussi un homme aux convictions fortes, celles-ci le situant aux antipodes du politiquement correct qui prévaut dans l'essentiel du monde politique britannique lorsqu'il est question d'Europe. Elles le conduisent, entre autres, à stigmatiser les différentes dérogations décrochées par son pays et par d'autres, lui qui avertit que les exploiter à fond aurait pour unique résultat qu'un "groupe noyau se formerait pour pousser l'intégration européenne en avant dans la direction fédéraliste, laissant derrière un croupion nationaliste". Le "F-word" banni depuis Thatcher en Angleterre n'est donc pas tabou pour celui qui, il est vrai, préside désormais l'Union européenne des fédéralistes et qui, à ce titre, ose même affirmer que "le but des prochaines années est de rendre cet éventuel noyau fédéral aussi large que possible". Afin de sauver l'Union européenne des "forces du nationalisme", Andrew Duff formule douze recommandations qui, marquées du sceau du bon sens, sont de nature à renforcer sa nature fédérale. Et d'avertir en conclusion que l'épreuve de "la dernière chance" approche: "Si Lisbonne échoue à nouveau du fait des Irlandais, ce sera la fin de l'effort d'agir par consensus" et les temps seront mûrs pour ceux qui, comme lui, pensent à imiter les Américains lorsqu'ils ont prévu que leur Constitution fédérale entrerait en vigueur dès que… neuf des treize États l'auraient ratifiée.
(MT)
*** DOMINIQUE REYNIÉ (sous la dir. de): L'opinion européenne en 2009. Éditions Lignes de Repères (3 rue de Téhéran, F-75008 Paris. Tél.: (33-9) 61025516 - Courriel: contact@lignes-de-reperes.com - Internet: http://www.lignes-de-reperes.com ). 2009, 237 p., 18 €. ISBN 978-2-915752-44-1.
Un jour, quelqu'un a dit: "Cette Europe prendra naissance si ses peuples, dans leur profondeur, décident d'y adhérer. Il ne suffira pas que des parlements votent une ratification. Il faudra des référendums populaires (…). La première étape doit être un vaste référendum, organisé simultanément dans tous les pays intéressés". Ce propos a été prononcé le 25 février… 1953. Ce "quelqu'un", c'était… Charles de Gaulle. Cette pépite exhumée de dessous les poussières de l'histoire, on la doit à Corinne Deloy, rédactrice de l'Observatoire européen des élections à la Fondation Robert Schuman, qui signe, dans cet ouvrage collectif, une intéressante réflexion sur la problématique du référendum en Europe. Après avoir énuméré les travers et faiblesses des référendums européens "nationaux", elle rappelle - dans le même esprit que l'auteur précédent - la proposition de Daniel Cohn-Bendit que le résultat d'un référendum vraiment européen "soit validé si les deux tiers des Européens se prononcent en faveur du oui", assénant en conclusion qu'il est, en tout état de cause, "urgent de parvenir à penser la démocratie en dehors du cadre étatique". Pour sa part, François-Xavier Priollaud s'emploie à montrer que la meilleure manière de "répondre aux préoccupations irlandaises" passe "par… le traité de Lisbonne" lui-même et constate qu'un deuxième refus irlandais "serait une incitation forte à s'engager sur la voie d'une Europe à plusieurs vitesses". Professeur des Universités et directeur général de la Fondation pour l'innovation politique, Dominique Reynié explore, pour sa part, la vague 69 de l'Eurobaromètre et observe que, dans le contexte d'une globalisation qui fait peur aux Européens, le scepticisme de ceux-ci s'exprime encore avant tout envers les gouvernements nationaux. Toutefois, avec la crise économique, il atteindra l'Union européenne elle-même si celle-ci ne se dote pas d'une "stratégie européenne visible et efficace", avec pour grave conséquence que "la combinaison d'un stato-scepticisme et d'un euroscepticisme favorisera l'affirmation d'une opinion protestataire pesant sur les élections nationales et européennes, favorisant l'émergence d'élites politiques spécialisées dans la surenchère souverainiste". Cette dixième édition de "L'opinion européenne" aborde maints autres sujets encore (relations énergétiques russo-européennes, pouvoir d'achat des Européens, "la Banque centrale européenne a-t-elle raison envers et contre tout ?", l'abstention aux élections européennes…), des encadrés donnant, en outre, une foule d'informations sur les us et coutumes en Europe, "du pouvoir d'achat mesuré en Big Mac au classement des universités".
(MT)
*** THURIAN JOUNO (sous la dir. de): Questions européennes. Le droit et les politiques de l'Union. Presses Universitaires de France (1 av. Reille, F-75014 Paris. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.puf.com ). Collection "Major". 2009, 854 p., 39 €. ISBN 978-2-13-055931-3.
S'ouvrant sur une chaleureuse préface de Pascal Lamy, ce précis de "Questions européennes" est non seulement un modèle du genre, à la fois clair et exhaustif, mais aussi l'un des premiers - si pas le premier - manuels en langue française traitant conjointement du droit, de l'histoire et des politiques de l'Union européenne. Ses auteurs, tous jeunes hauts fonctionnaires et chercheurs français, rappellent dans un premier temps d'où vient le projet européen et les défis auxquels l'Union des Vingt-sept est confrontée. Ils décortiquent ensuite le système politique de l'Union à travers ses institutions: le Parlement européen, "Parlement des Européens ?", la Commission, "Exécutif ou exécutante ?", le Conseil que le coordinateur de l'ouvrage situe "entre forum diplomatique et chambre haute", etc. Le parcours législatif communautaire est également décrypté avant que les auteurs ne s'attaquent au système juridique, avec des contributions notamment éclairantes sur le rôle du droit dans l'intégration européenne et sur les principes d'effet direct et de primauté du droit européen. La quatrième partie de l'ouvrage - tellement bien conçu qu'il se dévore chapitre par chapitre - s'attaque aux politiques de l'Union et se décline en six axes. Le premier offre un "portrait de l'Europe économique et démographique", tandis que le deuxième situe le budget européen "au cœur des tensions entre institutions et entre États". Sont ensuite passées en revue les "politiques de croissance" (le Marché intérieur, la politique de concurrence, "réussite majeure pour l'Union", la politique commerciale commune, la stratégie de Lisbonne, ainsi que les transports et l'énergie, "politiques construites par la libéralisation"), les "politiques de cohésion" (agriculture, pêche et politique régionale), les "politiques de stabilité macro-économique" (avec l'Europe monétaire qui consacre une "Europe fédérale", alors que l'Union est "en quête d'une gouvernance économique") et, enfin, les "politiques de souveraineté" (politique étrangère, défense, sécurité et justice). De riches annexes complètent ce très bel ouvrage qui fera le bonheur pratique des étudiants et le simple bonheur des autres.
(MT)
*** KAJA TAEL (sous la dir. de): Estonia's way into the European Union. Ministère estonien des Affaires étrangères (1 Islandi väljak, 15049 Tallin. Tél.: (372) 63737000 - fax: 6377098 - Courriel: vminfo@vim.ee). 2009,192 p.. ISBN 978-9985-9923-3-3.
Cette publication, que l'on doit au ministère estonien des Affaires étrangères, retrace les étapes que ce pays a traversées depuis sa libération de l'emprise de l'Union soviétique jusqu'à son adhésion à l'Union. Les auteurs, pour la plupart fonctionnaires de l'État estonien, passent d'abord en revue les relations du pays avec l'Union pendant la période, délicate, de l'effondrement de l'URSS. Une inflation démesurée, l'écroulement des industries et des inégalités sociales grandissantes ont alors poussé l'Estonie à chercher une troisième voie, cette dernière menant au début des négociations pour l'adhésion à l'Union en 1998. Sont ensuite exposés les efforts menés par le pays pour satisfaire aux exigences de la Commission, ainsi que l'aide de cette dernière dans divers secteurs tels que l'économie, l'agriculture ou encore l'énergie. Dans un troisième temps, les auteurs décrivent comment l'Union fut présentée à la population estonienne, les différentes harmonisations du système juridique par rapport au système européen ou encore les ajustements nécessaires à la réception des fonds structurels européens. En conclusion, le lecteur trouve une description de l'Estonie en tant que membre à part entière de l'Union, mais aussi de la perception qu'ont les Estoniens de celle-ci. Ces citoyens sembleraient être en majorité pro-européens et avoir conscience que les libertés et avantages acquis lors de l'adhésion ne sont pas garantis à 100%, une attention et une vigilance constantes étant requises - ce qui ne devrait pas être trop difficile dans la mesure où ces personnes sont bien placées pour savoir comme il est facile de perdre ces libertés.
(NDu)
*** PASCAL GOERGEN: Networking in Brussels. A practical guide to navigating EU networks. Publié à compte d'auteur (75 rue du Lambais, B-1390 Grez-Doiceau, Belgique. Internet: http://www.goergen.be ). 2009, 240 p., 32 €. ISBN 2-9600456-8-8.
Représentant la Région de Bruxelles-Capitale auprès des institutions européennes et déjà auteur de "Lobbying in Brussels" en 2006, Pascal Goergen propose cet ouvrage, un guide pratique pour les réseaux européens à Bruxelles, cherchant à présenter ceux qui existent à Bruxelles au niveau des institutions, ainsi que leur structure, leur mode de fonctionnement et leur rôle. Leurs objectifs et activités dans les différents secteurs concernés (relations extérieures, pêche, transport, énergie, environnement…) sont décrits, l'auteur y ajoutant des informations de contact. Il propose ensuite des "tuyaux" pour faciliter la création de réseaux européens et examine les contextes institutionnels et financiers nécessaires au bon fonctionnement d'un réseau. Il donne enfin quelques conseils pratiques pour assurer le fonctionnement efficace d'un réseau, sur la manière d'en tirer le meilleur rendement et de bien utiliser les nouvelles technologies, le tout étant assorti de quelques cartes pour naviguer dans les différentes Représentations permanentes et autres comités.
(NDu)
*** Europe's World. Europe's World (Bibliothèque Solvay, Parc Léopold, 137 rue Belliard, B-1040 Bruxelles. Tél.: (32-2) 7387592 - fax: 7391592 - Courriel: subscriptions@europesworld.org - Internet: http://www.europesworld.org ). 2009, n° 12, 202 p., 12 €. Abonnement: 30 €.
Le dernier numéro de la revue paneuropéenne chère à Giles Merritt comprend un riche dossier - pas moins de vingt-six contributions, dont certaines prestigieuses - consacré à la manière de "dépasser la crise". À noter également que la revue ouvre ses colonnes à Wilfried Martens, qui appelle à mettre en œuvre les leçons à tirer des élections européennes, ainsi qu'à Declan Ganley.
(MT)