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Bulletin Quotidien Europe N° 9921
Sommaire Publication complète Par article 38 / 39
SUPPLEMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne

N° 829

*** MARIA JOÃO RODRIGUES (sous la dir. de): Europe, Globalization and the Lisbon Agenda. Edward Elgar Publishing (The Lypiatts, 15 Lansdown Road, Cheltenham, Glos, GL50 2JA, UK. Tél.: (44-1242) 226934 - fax: 262111 - Courriel: info@e-elgar.co.uk - Internet: http://www.e-elgar.com ). 2009, 404 p.. ISBN 978-1-84844-199-6.

La Stratégie de Lisbonne reste, pour l'immense majorité des Européens, un concept sinon vide de sens, en tout cas largement méconnu pour ce qui est de ses développements pratiques. Le manque d'appropriation persistant de cette ambition censée être collective constitue l'un des plus gros échecs essuyés par ceux qui l'ont conçue et, plus encore, par ceux qui l'ont avalisée - et remodelée - au niveau politique. Pourtant, la Stratégie de Lisbonne et l'Agenda qui lui est accolé conditionnent la place que l'Union européenne occupera demain au sein de la mondialisation. C'est que, comme le rappelle dans sa préface la "mère" de cette Stratégie, Maria João Rodrigues, l'enjeu n'est pas seulement, pour l'Europe, de donner la priorité à l'avènement d'une économie de la connaissance - beaucoup d'autres régions dans le monde se sont assigné la même tâche, indispensable à l'heure de l'économie mondialisée - mais de combiner cette quête avec la recherche d'un "développement équilibré et durable s'accordant avec les valeurs européennes". C'est là que réside la véritable contribution que l'Union pourrait apporter au monde, et c'est ce qui est en même temps son principal défi car il implique "de profondes transformations des économies et sociétés européennes".

Ce défi colossal implique aussi une interaction permanente entre responsables politiques et spécialistes du monde académique. Cet ouvrage en est le témoignage éclatant. Autour de la personne qui a été à la base de la Stratégie de Lisbonne lorsqu'elle était ministre portugaise de l'Emploi et qui n'a cessé de veiller sur elle depuis, que ce soit en tant que conseillère de la Commission ou de professeur à l'Institut d'études européennes de l'Université libre de Bruxelles et à l'Institut universitaire de Lisbonne, il réunit en effet des scientifiques qui accompagnent et peaufinent la Stratégie de Lisbonne depuis l'origine. Ces membres du "Groupe de l'Agenda de Lisbonne" ont notamment participé à quatre ateliers thématiques organisés à Bruxelles et à Lisbonne. Ce sont les résultats de ces rencontres de haut niveau intellectuel qui sont consignés dans cet ouvrage. Celui-ci s'ouvre sur un rappel historique de la genèse de la Stratégie de Lisbonne et des évolutions qu'elle a ensuite connues, notamment après sa révision à mi-parcours intervenue en 2005 et à la lumière des priorités retenues pour la phase allant de 2008 à 2010. Il va de soi que c'est Maria João Rodrigues qui signe ce rappel, tout comme elle tient la plume pour tirer les conclusions du volume, ce qui lui permet d'envisager ce que pourrait devenir l'Agenda de Lisbonne par la suite.

Entre les deux, l'ouvrage est structuré en quatre parties. Dans un premier temps, les auteurs envisagent le développement de l'Agenda de Lisbonne depuis le niveau européen. Ils l'envisagent ensuite à la lumière des diversités nationales, avant d'examiner ses dimensions extérieures et, enfin, ses implications sur le plan de la gouvernance européenne. La Stratégie de Lisbonne se retrouve ainsi décortiquée sur les plans, entre autres, macroéconomique, social, institutionnel et de l'administration publique, une contribution étant même consacrée aux différentes variétés de capitalisme existant dans les nouveaux États membres. Le confort de lecture se trouve augmenté par une structuration identique de chaque partie du livre: chacune d'elles s'ouvre sur une introduction de nature concrètement politique de Maria João Rodrigues que commentent ensuite des scientifiques renommés, la coordinatrice de l'ouvrage tirant quelques conclusions pour chaque thème. Le tout compose un ouvrage particulièrement éclairant et instructif, même si son caractère académique ne le destine pas au plus grand nombre.

Pierre Bouvier

*** LAURENT COHEN-TANUGI: Beyond Lisbon. A European Strategy for Globalisation. Presses Interuniversitaires Européennes / Peter Lang (1 av. Maurice, B-1050 Bruxelles. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). 2008, 320 p., 31,90 €. ISBN 978-90-5201-461-6.

Cet ouvrage complète utilement celui qui précède. Il condense les fruits de la mission qui avait été confiée par le gouvernement français - l'actuelle ministre de l'Économie, Christine Lagarde, et l'ancien ministre du Travail, Xavier Bertrand, en signent d'ailleurs la préface - à Laurent Cohen-Tanugi à la veille de la dernière Présidence française du Conseil, à savoir d'évaluer la Stratégie de Lisbonne et d'analyser les nouveaux défis et opportunités qui conditionneront la place que l'Union pourra revendiquer dans l'économie mondialisée. Fruit de six mois de travail émaillés de consultations en France, mais aussi en Allemagne, Italie, République tchèque, Royaume-Uni, Slovénie, Suède et, même, en… Israël en sa qualité de pays "leader dans l'économie de la connaissance qui participe dans la plupart des programmes de recherche" de l'Union européenne, ce document démontre que la Stratégie de Lisbonne telle que relancée en 2005 reste largement insatisfaisante car, au-delà de ses faiblesses conceptuelles et pratiques, elle vise à adapter les économies et sociétés européennes à la mondialisation sans tenter de donner à l'Union les moyens d'influencer celle-ci. Convaincu que le défi central auquel l'Union est confrontée aujourd'hui l'unification européenne - c'est même carrément, à ses yeux, "la clef de sa renaissance" - réside dans la manière dont elle pourra "créer de la valeur ajoutée européenne dans un monde globalisé", l'auteur livre une vision stratégique cohérente en ce sens. Certaines de ses idées sont également disponibles sur Internet: http://www.euromonde2015.eu (français) et http://www.euroworld2015.eu (anglais).

(PBo)

*** MICHAEL A. PETERS, SIMON MARGISON, PETER MURPHY (sous la dir. de): Creativity and the Global Knowledge Economy. Peter Lang (voir coordonnées infra). 2008, 289 p., 21,90 €. ISBN 978-1-4331-0426-8.

Même si les objectifs de Lisbonne seront quelque peu difficiles à atteindre, le concept d'économie de la connaissance semble, lui, s'être établi et imposé comme la voie à suivre pour l'avenir. Dans un système de marché où l'innovation fait office de moteur amenant, par vagues successives, des améliorations à tous les échelons de la société, cette nouvelle économie était, et est encore, considérée par beaucoup comme un nouvel "eldorado", et comme la solution évidente à la crise qui frappe de plus en plus durement la planète. Cela étant, lorsqu'on observe les évolutions successives de nos économies, notamment le passage de l'ère industrielle à celle de l'information et, plus récemment, à celle du numérique, il est difficile de ne pas s'apercevoir que les biens de consommation en Occident prennent un caractère de moins en moins physique. Si le secteur des services pouvait encore fournir des exemples de productions matérielles, le secteur des nouvelles technologies est, lui, caractérisé par leur absence. Les atouts intellectuels priment ici puisque les données digitales sont non-spatiales, reproductibles à l'infini, rendent les coûts de transport inapplicables, etc. Cette nouvelle économie est donc en train de changer fondamentalement la donne puisque, à l'inverse de ce qui était la règle par le passé, les moyens de production ne sont plus systématiquement dépendants du capital physique des industriels - un simple ordinateur portable suffit aujourd'hui à ouvrir une boutique en ligne - mais bien du capital intellectuel et créatif. De plus, la cadence à laquelle l'innovation avance impose une adaptation constante de la part des acteurs économiques et augmente encore l'importance du savoir comme facteur de production par rapport au capital physique ou les ressources naturelles.

Conscients de cette mutation, les auteurs de cet ouvrage s'enquièrent, à travers une trilogie dont le présent ouvrage est le premier opus, des changements vécus par le système de production capitaliste classique au contact de cette nouvelle économie. Trois personnalités académiques spécialisées dans l'art, l'éducation et la sociologie cherchent à définir en quoi consiste cette économie de la connaissance et, plus important, jusqu'où ira la mutation à laquelle nous assistons et quelles seront les nouvelles règles qui la régiront. Au fil de neuf chapitres, ces chercheurs mettent d'abord en lumière l'importance capitale de l'éducation dans un tel système et montrent pourquoi la créativité et la liberté intellectuelle sont, de plus en plus, des avantages compétitifs. Ils y identifient également une nouvelle forme d'organisation du travail où les moyens de production sont mis à la disposition de la collectivité - l'avènement de "wikipedia" ou la vague "Linux " en sont de bons exemples - et créent par là ce qui pourrait être une "nouvelle démocratie économique" dans laquelle tout le monde peut avoir un rôle prépondérant. En outre, l'ouvrage aborde des concepts tels que la propriété intellectuelle, les enjeux de la "production de culture" ou encore les nouvelles pratiques entrepreneuriales en vogue dans le secteur. Il est particulièrement intéressant aussi bien pour un individu ayant des intérêts dans les nouvelles technologies que pour toute personne curieuse de ce que pourrait être l'avenir… pas si lointain quand on y regarde de plus près.

(NDu)

*** MICHAEL GOLD, ANDREAS NIKOPOULOS, NORBERT KLUGE (sous la dir. de): The European Company Statute. A New Approach to Corporate Governance. Peter Lang (32 Hochfeldstrasse, Postfach 746, CH-3000 Berne 9, Suisse. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). 2009, 373 p., 57,30 €. ISBN 978-3-03911-560-0.

L'établissement de sociétés opérant dans plusieurs États membres de l'Union est devenu monnaie courante. Bien qu'ayant contribué à l'enrichissement des entreprises et de leurs actionnaires, ces pratiques ont aussi apporté nombre de problèmes liés aux différentes législations en vigueur d'un État membre à l'autre. Elles peuvent notamment entraîner une précarisation de l'emploi, ces sociétés tirant profit du vide juridique en cette matière au niveau européen. Un vide juridique bien involontaire puisque l'Union cherche, depuis trente ans, à mettre en place une directive régissant les entreprises agissant dans plus d'un État membre à la fois. Mise noir sur blanc en 2001, la directive sur le "Statut de Société Européenne" (SSC) est maintenant en vigueur. Est-elle toutefois la panacée ? À vrai dire, elle concerne surtout le fonctionnement interne des sociétés, notamment la structure de leurs Conseils d'administration. Et le cœur du problème est lié, en l'occurrence, à la représentation des travailleurs de la société dans le Conseil d'administration. En effet, il y a deux manières de constituer le Conseil d'administration au sein de l'Union: l'une inclut les membres du personnel qui ont alors la possibilité d'influencer les orientations de l'entreprise - et, partant leurs conditions de travail, de sécurité, etc. ; l'autre les exclut de la prise de décisions. Il est à noter que la deuxième méthode est, de loin, la plus répandue en Europe et que le système en vigueur dépend du pays, et de la culture, de l'entreprise concernée. Que ce passera-t-il lorsqu'une société relevant du second cas va s'établir dans un État membre où le premier prévaut ? Lors d'une telle occurrence, les travailleurs et le Conseil d'administration devront négocier la structure à mettre en place. La directive SSC va servir à faire ce choix, notamment en fournissant des solutions flexibles et sur mesure pour l'entreprise. Les auteurs de cet ouvrage, spécialistes académiques de l'économie et de la gestion, proposent une analyse de cette directive, de son histoire, de sa culture, de sa structure et de son évolution au fil de ses trente années de gestation. Pour eux, il est clair que cette directive donne non seulement une occasion de convergence du modèle entrepreneurial dans la zone économique européenne, mais aussi une chance aux employés de pouvoir s'impliquer dans la prise de décision de l'entreprise. Les études portent sur la Grèce, la Slovénie et le Royaume-Uni. Elles incluent d'autres matières juridiques, comme l'imposition d'impôts ou encore le cas des sociétés actives dans des pays où la participation des travailleurs au niveau du Conseil d'administration est inexistante.

(NDu)

*** JOHN CARTWRIGHT, MARTIJN HESSELINK: Precontractual Liability in European Private Law. Cambridge University Press (The Edinburgh building, Cambridge CB2 8RU, UK. Tél.: (44-1223) 326050 - fax: 326111 - Courriel: directcustser@cambridge.org - Internet: http://www.cambridge.org ). Collection "The Common Core of European Private Law", n° 9. 2008, 509 p.. ISBN 978-0-521-51601-3.

Ce livre verse une pièce de plus au puzzle juridique européen. En effet, l'objectif de la collection dans laquelle il s'insère vise à créer une carte juridique de l'Europe. Si l'Union produit sans cesse des efforts d'harmonisation en la matière, les études sur les conséquences, succès et infortunes tendent encore à manquer. Cette collection vise précisément, à travers l'étude de cas précis dans l'Union, de procéder à l'état des lieux du processus de convergence et, d'autre part, de trouver de nouvelles solutions pour améliorer cette cohérence. Ce volume, qui réunit des contributions de spécialistes académiques dans le domaine économique, étudie la nature juridique du concept de tort dans la phase précontractuelle entre deux sociétés. Cette phase est particulière vu que les deux parties en négociation, bien qu'ayant parcouru une partie du chemin ensemble, n'ont pas encore de relation concrète et juridiquement contractuelle. Dans le meilleur des cas, elles arrivent à un accord final et le contrat est signé. Toutefois, que se passe-t-il si les négociations échouent après un certain temps ? Souvent, les entreprises engagées dans de tels processus ont investi du temps, des efforts et de l'argent. Dès lors, lorsqu'il est jugé injustifié, l'arrêt des négociations sera vécu comme une trahison. La partie se sentant lésée cherchera souvent réparation. Treize études de cas de cette nature, glanées un peu partout en Europe, passent le problème au crible en prenant en compte les points de vue prévalant dans seize systèmes juridiques européens, ceci afin d'identifier les systèmes sensibles à cette notion - comme, par exemple, celui en vigueur aux Pays-Bas - et ceux qui n'en font presque pas mention, comme au Royaume-Uni. Les auteurs s'emploient ainsi à identifier les vides et autres incompatibilités juridiques observables afin qu'on puisse les rectifier dans la suite du processus de convergence. Une mine d'informations destinées avant tout au monde académique, mais également à toute personne devant naviguer dans le système juridique européen.

(Ndu)

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