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Bulletin Quotidien Europe N° 9921
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Énergie, Russie, Ukraine: un dossier compliqué pour le Conseil européen

Initiatives (arrogantes ?) de Vladimir Poutine. Les questions institutionnelles et la réforme financière sont au centre des délibérations du Conseil européen de cette semaine. Mais le volet « énergie pourrait, si les chefs d'État et de gouvernement trouvent le temps de s'en occuper et la volonté politique de le faire, retenir tout autant l'attention, d'un double point de vue: sécurité d'approvisionnement de l'UE ; relations avec la Russie.

En principe, cette rubrique a pris position en faveur d'un partenariat aussi approfondi et efficace que possible entre l'UE et la Russie (voir notre bulletin n° 9910) ; il n'y a pas lieu d'y revenir. Mais certaines attitudes du Kremlin ne facilitent pas le chemin. Voici les deux exemples les plus récents:

a) l'annonce par Vladimir Poutine de la décision de retarder l'adhésion russe à l'OMC, en vue de la réaliser non pas en tant que pays isolé, mais au titre d'une union douanière réunissant Russie, Kazakhstan et Bélarus (voir notre bulletin n° 9918). Or, quelques jours auparavant, la commissaire européenne aux Affaires commerciales, Catherine Ashton, et la ministre russe du Développement économique, Elvira Nabioullina, étaient convenues d'accélérer les négociations bilatérales (l'accord de l'UE sur les conditions de l'adhésion russe étant un point central) afin de les conclure d'ici la fin de l'année. À première vue, Mme Nabioullina ignorait l'initiative de M. Poutine, car l'union douanière à trois indiquée comme condition préalable ne sera concrétisée qu'en 2011. L'annonce de M. Poutine se situe clairement dans l'action hostile au « partenariat oriental » de l'UE, contre lequel le Kremlin s'était déjà exprimé et dont le Bélarus fait partie ;

b) les avertissements du même M. Poutine sur le risque de nouvelles interruptions des fournitures de gaz russe à l'UE par l'Ukraine, si Kiev ne respecte pas entièrement ses engagements financiers. Le Premier ministre russe ne s'est pas limité à dénoncer ce risque ; il a explicitement invité l'UE à aider les Ukrainiens à faire face à leurs engagements. La Commission européenne a pris ces avertissements au sérieux. Après un entretien téléphonique avec M. Poutine, le président Barroso a envoyé une mission à Kiev pour clarifier la situation et il a demandé au Conseil européen d'en discuter, sur la base d'un rapport qu'il entend lui faire cette semaine (voir notre bulletin n° 9914).

Contexte compliqué Plusieurs éléments compliquent le contexte: 1) dans une lettre à M. Barroso, Vladimir Poutine avait formulé des suggestions explicites, invitant l'UE à aider financièrement l'Ukraine, soit avec un prêt, soit (voir notre bulletin n° 9911) en créant un « pool financier international », dans lequel seraient impliquées les institutions financières européennes, comme la BEI, et auquel la Russie elle-même serait disposée à participer. Les garanties financières seraient déposées auprès de banques russes associées à ce pool. Selon certaines sources, le montant nécessaire serait de l'ordre de 5 milliards de dollars, et la Russie serait disposée à en avancer au maximum la moitié ; 2) Moscou maintient ses vives réserves sur le projet de l'UE de réaliser avec l'Ukraine un programme de modernisation et d'agrandissement des installations de transport du gaz russe vers l'Europe, en estimant que rien ne peut se faire en cette matière sans la participation du fournisseur ; 2) Kiev reçoit encore le gaz russe à un prix de faveur, mais cette facilité disparaîtra l'année prochaine.

Les difficultés de Nabucco subsistent. Le gazoduc ukrainien n'est qu'un élément du réseau colossal de gazoducs, pipelines et autres voies de transport pour l'approvisionnement de l'UE en pétrole et gaz naturel. Cette rubrique en a dessiné une vue d'ensemble dans le bulletin n° 9909. Y sont impliqués: un grand nombre d'États membres de l'UE et de pays balkaniques candidats à l'adhésion, la Turquie, l'Irak (dont le Kurdistan a commencé les fournitures de pétrole à l'Europe en passant par le port turc de Ceyhan), l'Iran, les pays riverains de la mer Caspienne et de la mer Noire, en plus des pays cités plus haut et de la Géorgie. Les difficultés du projet Nabucco sont loin d'être surmontées ; selon le président de l'ENI (Italie), chef de file avec Gazprom du projet South Stream, « Nabucco ne sera jamais réalisé ». Les problèmes juridiques, financiers et, en partie, politiques (demande de la Turquie de retenir pour son usage une partie du gaz transporté) ne sont pas surmontés et la date de la fin juin ou début juillet pour la signature des accords intergouvernementaux sur Nabucco est mise en doute par plusieurs observateurs. Les déclarations rassurantes du commissaire européen à l'Énergie, Andris Piebalgs (voir notre bulletin n° 9918), n'ont pas réduit les perplexités.

On le voit, les dossiers sont complexes et imbriqués, et les chefs de gouvernement ne vont certes pas les discuter en détail. Mais une vue d'ensemble indicative m'a paru utile.

(F.R.)

 

Sommaire

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