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Bulletin Quotidien Europe N° 9885
Sommaire Publication complète Par article 37 / 38
SUPPLEMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne

N° 821

*** MICHÈLE BACOT-DÉCRIAUD (sous la dir. de): Le multilatéralisme, mythe ou réalité. Bruylant (67 rue de la Régence, B-1000 Bruxelles. Tél.: (32-2) 5129842 - fax: 5119477 - Courriel: jean@bruylant.be - Internet: http://www.bruylant.be ). Collection « Études stratégiques internationales », n° 5. 2008, 218 p., 35 €. ISBN 978-2-8027-2554-1.

Avec l'arrivée de Barack Obama à la Maison Blanche, le multilatéralisme reprend des couleurs après des années bushiennes empreintes d'unilatéralisme. Mais s'agissait-il réellement d'unilatéralisme pleinement assumé dans le chef des États-Unis ? Et d'ailleurs, que recouvrent précisément ces concepts qui sont entrés dans le langage courant alors que, comme le relève Paul Bacot à l'entame de cet ouvrage, multilatéralisme ne constituait pas une entrée pour les dictionnaires "Robert" avant… 2005 ? Interroger scientifiquement le multilatéralisme comme mot et comme concept n'est donc pas inutile. C'est la tâche à laquelle se sont attelés des chercheurs canadiens et français lors d'un colloque de l'Association France-Canada d'études stratégiques dont cet ouvrage présente les actes. Des juristes, politistes et économistes y étudient plus précisément la place du multilatéralisme dans les institutions internationales, ainsi que sa perception et sa pratique dans différents pays et régions du monde, notamment du point de vue de leur sécurité et en matière d'armement.

Dans une première partie, consacrée aux institutions internationales, le Pr. Daniel Colard (Université de Franche-Comté) revient d'abord sur l'Acte final d'Helsinki qui, en 1975, a marqué l'essor d'une diplomatie multilatérale en pleine Guerre froide, dans le contexte d'un système international bipolaire où germait ainsi la solidarité des acteurs dans le monde globalisé et interdépendant post-communiste que nous connaissons aujourd'hui. Analysant la posture des États-Unis face à la Cour pénale internationale, le Pr. Frédéric Ramel (Université Paris-Sud 11) met à nu « un hégémon de plus en plus inconsistant ». Deux autres contributions étudient la place de la notion de multilatéralisme dans la politique de partenariat de l'Otan et dans le monde arabo-musulman à la lumière du cas du D-8 qui rassemble Égypte, Iran, Bangladesh, Indonésie, Pakistan, Turquie et Nigeria. Pour sa part, le Pr. Josiane Tercinet (Faculté de droit de l'Université Pierre-Mendès-France de Grenoble) s'intéresse aux différences entre « multilatéralisme ouvert » et « multilatéralisme restreint » à partir de la coopération nouée entre l'Onu et l'Union européenne en matière de maintien de la paix. Organisation globale par excellence, l'Onu est séduite, explique l'auteur, par la "réactivité" et le « savoir-faire » de l'Union, tandis que celle-ci « utilise ce nouveau rôle pour s'affirmer au plan militaire mais aussi politique », ce qui lui permet de « se positionner comme acteur global », la Stratégie européenne de sécurité adoptée en décembre 2003 témoignant de la montée en puissance d'une « Vénus ambitieuse (…), soucieuse de favoriser le multilatéralisme encadré par le droit ». Par le biais onusien, l'Union met, en quelque sorte, sa Politique européenne de sécurité et de défense au banc d'essai et « prouve le mouvement en marchant ».

Tandis que la deuxième partie du livre confronte le multilatéralisme à l'armement et au désarmement, la troisième l'appréhende à l'aune de la sécurité des États, notamment à la lumière de la situation en Asie centrale et au Canada, ainsi que des "avatars du multilatéralisme américain" sous les deux présidences de George W. Bush. Pour la partie du monde qui nous intéresse plus directement, signalons la contribution que Stanislav J. Kirschbaum consacre à ce que le multilatéralisme signifie pour l'Europe centrale. Professeur au Collège Glendon de l'Université York à Toronto, il rappelle d'abord que l'histoire au long cours de cette région européenne ne l'a jamais particulièrement encouragée à faire l'expérience du multilatéralisme, sans compter que le Kremlin soviétique leur a fait subir, le siècle dernier, une forme du multilatéralisme particulièrement rebutant. Pourtant, à la chute du rideau de fer, ces pays ont opté sans hésitation pour une approche multilatérale, à des fins sécuritaires avec l'Otan, à des fins politico-économiques avec l'Union, seule organisation multilatérale « capable de leur venir en aide directement » sur ces deux plans. Est-ce à dire que les pays d'Europe centrale sont désormais acquis au multilatéralisme ? À la lumière du cas spécifique de la Slovaquie, l'auteur apporte à cette question des réponses nuancées selon les pays mais globalement positives, jugeant que l'intérêt principal de ces pays est désormais "de s'assurer que les institutions auxquelles ils appartiennent ne succombent pas à l'unilatéralisme des grandes puissances".

Pierre Bouvier

*** PHILIPPE MOREAU DEFARGES: L'ordre mondial. Armand Colin (21 rue du Montparnasse, F-75006 Paris. Tél.: (33-1) 44395111 - fax: 44395120 - Internet: http://www.armand-colin.com ). Collection "U". 2008, 251 p.. ISBN 978-2-200-35345-2.

Les Hommes font l'histoire, mais savent-ils quelle histoire ils font ? Pas sûr, en tout cas très certainement dans le monde du XXIème siècle, globalisé et mouvant, sans boussole apparente, qui est le nôtre. Au départ, l'ordre international a été l'affaire des empires ; puis, jusqu'à la Première Guerre mondiale, le monde a été gouverné par les puissances européennes ; est ensuite venu, de la fin de la "Grande Guerre" à la dissolution de l'Union soviétique et de son glacis est-européen, le temps d'un ordre international fondé sur l'équilibre Est-Ouest. Aujourd'hui, nous vivons "la quête incertaine d'un ordre planétaire"… Auteur prolifique, Philippe Moreau Defarges utilise, dans cet ouvrage qui en est à sa quatrième édition, son art consommé de la pédagogie pour éclairer la notion d'ordre mondial à travers l'histoire et jusqu'à nos jours incertains. Professeur à Sciences Po et actif au sein de l'Institut français des relations internationales, il plante le décor en s'interrogeant sur cette notion, présentant tour à tour ses caractères essentiels, les points de ressemblance et de différence entre ordre interne et ordre international, enfin les différents modèles d'ordre international. Dans un deuxième temps, il situe les relations internationales - et donc les différents ordres - dans les flux de l'histoire au long cours, avant de s'attarder sur le modèle de la "sécurité collective" qui a hanté tout le siècle passé, expliquant de manière très claire pourquoi les armements peuvent être un facteur tout autant de stabilité que d'instabilité. De même, il n'y a pas d'ordre sans composantes économiques et sociales, le XXème siècle ayant, sous cet angle, été celui où les dirigeants ont pris conscience qu'une paix ne pouvait être durable sans prospérité et justice. Enfin, dans une dernière partie de l'ouvrage, Philippe Moreau Defarges appréhende l'ordre mondial à la lumière de l'apparition et de la montée en puissance de la "société mondiale", discernant ce qu'elle est, quand elle a pris forme, autour de quelles réalités elle se cristallise et ses articulations avec l'ordre mondial. Le tout constitue un sésame pour une meilleure compréhension du monde en ce début de millénaire !

(MT)

*** PETER BAK (sous la dir. de): Young, inspired and committed. The chronicle of a European venture 1962-1968. Éditions Peter Bak (First Edition UCL). 2008, 112 p.. ISBN 978-0-9557-439-24 (édition originale en néerlandais: ISBN: 978-90-351-2986-5).

Cet ouvrage retrace l'aventure du Groupe de Travail européen créé en 1962, lorsque la Princesse Beatrix des Pays-Bas, fatiguée de l'apathie qui régnait en Europe, lance un appel aux jeunes Européens pour qu'ils s'investissent et assument la responsabilité de l'idée européenne. Ce groupe avait pour mission d'envoyer des jeunes gens dans des pays en voie de développement pour traduire l'idée européenne en action concrète. Ce groupe a été responsable de plusieurs projets de développement, avec notamment la reconstruction du village iranien de Dousadj. Il a pourtant été dissous quelques années plus tard, victime d'un environnement politique trop préoccupé par la guerre froide pour envisager la possibilité d'une troisième voie. C'est que le désir du mouvement de s'engager dans des actions communes avec des pays en voie de développement et, surtout, la possibilité de créer une Europe par-delà le rideau de fer inquiétaient beaucoup à l'époque, ce qui a conduit très vite à l'abandon du projet. L'ouvrage retrace donc la « micro histoire » - six ans à peine - de ce groupement de pionniers qui s'est engagé, envers et contre tous, dans un chemin que l'Europe envisage aujourd'hui comme viable, voire comme nécessaire.

(NDu)

*** CHRISTIAN CHESNOT, ANTOINE SFEIR: Orient-Occident, le choc ? Les impasses meurtrières. Calmann-Lévy (31 rue de Fleurus, F-75006 Paris. Tél.: (33-1) 49543600 - fax: 45448632 - Internet: http://www.calmann-levy.fr ). 2009, 307 p., 18 €. ISBN 978-2-7021-3970-7.

Cet essai ne peut laisser indifférent ! Deux journalistes de talent et spécialistes du Moyen-Orient - Christian Chesnot travaille au service étranger de France Inter, tandis que le politologue Antoine Sfeir dirige les "Cahiers de l'Orient" et préside le Centre d'études et de réflexions sur le Proche-Orient - y procèdent à un examen clinique sans complaisance des crises enchevêtrées du Moyen-Orient, de leurs ressorts historiques et actuels, ainsi que de leurs acteurs. Ils content et éclairent ainsi l'interminable descente aux enfers de la région qui s'étend de la Méditerranée à la Mésopotamie, décryptant les différentes poudrières qui menacent la stabilité de l'Europe qui leur est voisine et, plus largement, du monde entier. Leur "j'accuse" n'épargne personne, ni des dirigeants arabes d'États qui sont avant tout des appareils sécuritaires à leur service, ni l'Occident qui, sous la conduite d'États-Unis obnubilés par la seule défense d'un monde libre face au bloc soviétique, a sacrifié un homme qui prêchait la sécularisation, Nasser, pour pactiser avec l'islam wahhabite saoudien et enclencher ainsi la déferlante islamiste avec laquelle "il faudra s'habituer à vivre (…), qu'on le veuille ou non". Leur doigt accusateur pointe aussi tant les dirigeants israéliens que leurs homologues arabes, palestiniens comme les autres. "Quoi qu'en disent, avec angélisme ou hypocrisie, les puissances occidentales, États-Unis et Union européenne, le processus de paix est moribond", expliquent les auteurs en avertissant qu'il faudra des années pour le remettre sur les rails, ce qui ne se fera qu'en quittant le temps "des beaux discours" pour entrer dans celui du droit international. Les regards que les auteurs portent sur la "guerre silencieuse" qui se joue entre Israël et les pays arabes autour de l'eau, sur le pétrole qui a été "une manne pour les islamistes", sur l'enfantement américain de "l'épouvantail Ben Laden", sur la "génération Al-Jazira" et sur l'Iran derrière les chiites sont tout aussi implacables, tout comme est convaincant leur sentiment que seule une initiation à la citoyenneté et à la laïcité des pays de la région permettra de sortir un jour de la poudrière. Un travail éclairant !

(MT)

*** LAURENT TESOKA, JACQUES ZILLER (sous la dir. de): Union européenne et outre-mers unis dans leur diversité. Presses universitaires d'Aix-Marseille (3 av. Robert Schuman, F-13628 Aix-en-Provence Cedex 1). 2008, 455 p., 33 €. ISBN 978-2-7314-0658-0.

Guadeloupe, Canaries, Madère, Antilles néerlandaises sont des noms qui font rêver. Combien savent que ces régions sont proches de l'Union européenne par les liens que l'histoire leur a fait nouer avec l'un ou l'autre des pays membres, que leur statut soit celui de Régions ultrapériphériques ou celui de Pays et Territoires d'outre-mer ? D'où l'intérêt de cette publication qui prolonge utilement un colloque organisé par l'Institut de Droit d'outre-mer accolé à l'Université Paul Cézanne Aix-Marseille et le Centre Robert Schuman de l'Institut universitaire européen de Florence, avec le soutien de la Commission européenne et du Comité des régions. Après une introduction qui voit le Pr. Jacques Ziller (Florence) planter le décor en rappelant d'où viennent ces relations héritées du temps des empires coloniaux et aménagées ensuite dans le contexte des différentes phases de l'intégration européenne, la première partie de l'ouvrage s'intéresse aux "citoyennetés et identités plurielles", de la citoyenneté européenne aux statuts constitutionnels des ressortissants des outre-mers en passant par un regard européen sur les identités ultramarines. Dans une deuxième partie, les auteurs - qui, pour la plupart, enseignent le droit - décortiquent les différents statuts des régions, pays et territoires connectés à l'Union européenne. Ce sont ensuite les relations entre celle-ci et les outre-mers qui sont passées en revue, le Pr. Louis Dubouis étudiant ainsi la présence de ces derniers dans la jurisprudence de la Cour européenne de justice, tandis que d'autres contributions décrivent la manière dont leurs intérêts sont représentés au sein des États membres qui leur servent de cordon ombilical. Enfin, la dernière partie porte sur les politiques de l'Union outre-mer, qu'il s'agisse des marchés, des fonds et subventions, de l'impact de la monnaie unique, des échanges commerciaux et de l'Antarctique qui sera peut-être une "ultime frontière de l'Europe".

(PBo)

*** ERICA E. EDWARDS: Products of Their Past? Cleavages and Intra-Party Dissent over European Integration. Institute for Advanced Studies (56 Stumpergasse, A-1060 Vienne. Tél.: (43-1) 59991-237 - fax: 59991-555 - Internet: http://www.ihs.ac.at ). Collection "Political Science Series", n° 118. 2009, 36 p., 8 €.

Ce nouvel opus de cette collection académique de Vienne cherche à mettre en lumière d'éventuelles raisons historiques pouvant aider à expliquer les dissensions que l'intégration européenne peut provoquer au sein de certains partis. Selon Erica Edwards, il faut chercher les causes de ces querelles dans l'origine et les racines des différents partis, en examinant le projet européen par rapport aux valeurs fondatrices de ces groupes politiques. L'auteur remonte aux origines des différentes familles politiques européennes afin d'identifier les divisions sociales et culturelles existant au moment de leur formation. Bien qu'ayant largement évolué au fil des ans, ces partis politiques ont gardé l'idéologie de leurs fondateurs inscrite dans leurs "gènes", ce qui fait leur identité et leur force, mais aussi, selon la chercheuse, leur faiblesse étant donné que ce legs crée des limites rationnelles dans leur manière d'aborder le projet européen. Ainsi, en examinant, par exemple, la gauche radicale, on s'aperçoit que l'intégration européenne serait aux antipodes de leurs ambitions, qu''il s'agisse, entre autres, de contrôle public sur les flux de capitaux ou d'interventionnisme dans les industries nationales. Avec l'Europe, il leur est donc demandé d'épouser leur pire ennemi… En fonction de leur histoire, tous les partis politiques ont donc plus ou moins de mal à accepter le processus européen et les dirigeants politiques, même lorsqu'ils sont pro-européens, font preuve de la plus grande prudence à l'approche de ce thème. Pour l'auteur, tous craignent, à juste titre, qu'en tirant trop du côté de l'Europe, ils prennent le risque de voir leur parti se dissoudre ou, en tout cas, fortement s'affaiblir, ce qui les amène à se demander si le jeu en vaut la chandelle. Voilà qui, partiellement, expliquerait le fameux "manque de volonté politique" dont témoignent les partis nationaux face au processus d'intégration européenne.

(NDu)

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