Bruxelles, 15/12/2008 (Agence Europe) - Ne pas faire courir un risque inacceptable d'échec, ne pas porter préjudice non seulement au round de Doha, mais aussi au système commercial multilatéral. C'est ainsi que le directeur général de l'OMC, Pascal Lamy, a justifié, devant les ambassadeurs des 153 pays membres vendredi 12 décembre, sa décision de renoncer à convoquer avant Noël les ministres du Commerce d'une trentaine de pays clés pour ficeler un accord sur les modalités de libéralisation des échanges en agriculture et sur les produits industriels (NAMA), en dépit d'une nette convergence entre les parties. « Je n'ai pas détecté l'élan politique nécessaire en vue d'un accord. Les positions n'ont pas suffisamment évolué », a expliqué M. Lamy, jetant l'éponge après un mois d'intenses tractations, aussi bien au plan technique au siège de l'OMC qu'au plan politique dans le cadre de consultations au niveau des ministres.
À l'issue du Sommet de Washington, où les dirigeants des 20 principales économies mondiales avaient fait part de leur engagement à résister aux tentations protectionnistes face à la crise internationale (EUROPE n° 9784), estimant bénéficier de l'appui politique dont il avait manqué lors de la ministérielle OMC en juillet (EUROPE n° 9714), M. Lamy avait relancé la machine à la mi-novembre pour tenter de rapprocher les positions entre pays développés et émergents et ainsi conclure avant la fin de l'année les négociations pour un accord multilatéral. Les travaux portaient leurs fruits avec la publication le 6 décembre des nouveaux textes de compromis élaborés par les médiateurs à l'OMC en agriculture et sur les NAMA, respectivement Crawford Falconer et Luzius Wasescha, et qui devaient servir de base aux tractations entre ministres. Mais, vendredi, M. Lamy a admis à contrecœur que l'absence de convergence sur trois dossiers cruciaux ne l'autorisait pas à convoquer les ministres: le mécanisme de sauvegarde spéciale - destiné à protéger l'agriculture des pays en développement en cas de poussée massive et soudaine des importations - et le coton pour le volet agricole ; les accords sectoriels - qui prévoient, sur la base d'une participation volontaire des pays membres, une élimination progressive de droits de douane sur 14 secteurs industriels, dont l'automobile, les machines, l'électronique, les textile - pour le volet NAMA.
Une fois connue la décision du patron de l'OMC, les principaux négociateurs se sont renvoyés la responsabilité de ce nouveau revers pour le round de Doha lancé en 2001. Si le chef de la diplomatie brésilienne, Celso Amorim, a accusé Washington de « cupidité » pour ses exigences maximalistes, notamment sur le dossier des accords sectoriels, l'ambassadeur des États-Unis à l'OMC, Peter Allgeier, a rétorqué que les pays émergents n'acceptaient pas de faire le moindre effort. « La clause de sauvegarde agricole et les négociations sectorielles industrielles sont des affaires économiques de relativement moindre importance au regard des centaines de sujets qui ne soulèvent pas de problèmes. Mais chacune des parties s'est persuadée que, si elle cédait à la marge, elle serait perdante. A l'évidence, il y a une disproportion entre la réalité économique et l'enjeu politique. Et pendant ce temps-là, les pays en développement s'impatientent de ne pas profiter des avantages qui sont contenus dans un accord global presque achevé et toujours repoussé ! », commente M. Lamy dans un entretien au quotidien français Le Monde du 16 décembre. Si le patron de l'OMC refuse d'imputer la responsabilité de l'échec à un ou plusieurs pays, celle de trois pays en particulier (la Chine, les États-Unis et l'Inde) est nettement pointée du doigt par l'ensemble des observateurs.
La plupart des analystes ne prévoient pas d'issue pour le round de Doha avant un an. Côté européen, la commissaire au Commerce, Catherine Ashton, s'est montrée déterminée à conclure l'an prochain. Ainsi encourage-t-elle l'OMC et ses pays membres à convaincre le prochain président américain, Barack Obama, qui prendra ses fonctions le 20 janvier prochain, d'envisager une conférence ministérielle le plus vite possible en 2009. Pour M. Lamy, avec la perspective d'un net ralentissement économique mondial l'an prochain, un accord prouvant la solidarité internationale sera encore d'actualité. « Nous sommes près, très près des objectifs finaux des modalités chiffrées. Nous devons désormais nous concentrer sur la façon dont nous allons récolter l'énergie politique suffisante dans la nouvelle année », insistait-il vendredi. Œuvrer dès le mois de janvier pour convaincre l'administration Obama de la nécessité de conclure Doha en 2009 sera son premier défi. (E.H.)