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Bulletin Quotidien Europe N° 9777
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

La BEI, instrument des politiques européennes contre la crise économique

Au service des politiques européennes. On n'avait jamais autant parlé de la BEI (Banque européenne d'investissement). Tous les plans visant la sortie de la crise financière coïncident à propos de son rôle face à la menace de crise économique. On pourrait se poser la question ingénue de savoir pourquoi, au moment où les banquiers et le monde de la finance en général sont désignés comme les principaux responsables des désordres, l'UE confie à une banque des tâches essentielles comme les financements des petites et moyennes entreprises (principales créatrices d'emplois en Europe) et des grands projets d'infrastructures.

La réponse est évidente: l'action de la BEI se situe justement à l'opposé de celles des organismes bancaires qui ont transformé l'activité financière en une sorte de loterie (ou de casino, pour reprendre la terminologie de Valéry Giscard d'Estaing). La BEI applique depuis qu'elle existe des critères rigoureux dans le choix de ses investissements, ce qui est normal parce que son capital est entièrement souscrit par les États membres et parce qu'elle est ainsi en mesure d'emprunter ses ressources sur les marchés financiers aux meilleures conditions. Ce n'est pas la BEI qui aurait cédé à la tentation des subprimes, malgré les critiques de certains investisseurs qui auraient souhaité parfois une plus grande flexibilité de sa part. Après avoir conquis la confiance des marchés des capitaux et avoir dissipé une certaine méfiance initiale du monde bancaire, la BEI a joué son rôle d'instrument au service des politiques communautaires. Son président actuel, Philippe Maystadt, a encore accentué cette orientation ; c'est dans ce sens que la BEI agit et c'est en contribuant à combattre la récession économique qu'elle donnera toute sa mesure.

Trois tâches spécifiques. Le Conseil européen a confié à la BEI trois tâches spécifiques:

a) les petites et moyennes entreprises. Elles sont les premières victimes des restrictions du crédit, tout en constituant le tissu de l'économie européenne et en étant le premier créateur d'emplois. L'intervention de la BEI permettra aux banques commerciales d'octroyer aux PME des financements à des conditions meilleures que ce qu'elles pourraient obtenir normalement ;

b) les grands projets d'infrastructures d'intérêt européen. La BEI est déjà très active dans ce domaine. Pour l'avenir, M. Maystadt a parlé explicitement de la création d'un Fonds qui s'ajouterait à son activité actuelle. On reviendrait ainsi dans une certaine mesure à ce que Jacques Delors avait préconisé autrefois, sans être suivi, lorsqu'il avait proposé que l'UE pourrait accepter, à certaines conditions, de s'endetter elle-même pour financer des réalisations d'un intérêt européen reconnu ;

c) initiatives liées à la lutte contre le changement climatique.

Extensions. La BEI est déjà active dans les trois domaines cités. Elle est invitée à élargir et à étendre son action. Plusieurs déclarations de son président ont indiqué les intentions, modalités et objectifs. Un aperçu de ce qu'il a expliqué est reproduit dans la page suivante. J'ajoute quelques observations.

À propos du soutien aux petites et moyennes entreprises, M. Maystadt a complété ses éclaircissements par la phrase suivante: « à la condition que les banques qui effectuent les opérations jouent leur rôle ». Jusqu'ici, cela n'a pas toujours été le cas ; une enquête spécifique l'a prouvé. Les orientations et conditions pour l'avenir avaient été amplement résumées dès septembre dernier dans notre bulletin n° 9740. Les déclarations de M. Maystadt clarifient ce qu'il attend des banques commerciales.

Changement climatique et compétitivité industrielle. Concernant la lutte contre le changement climatique, les orientations de la BEI pourraient représenter une réponse partielle aux préoccupations exprimées par l'Italie, la Pologne et quelques autres États membres au sujet du risque que les engagements prévus dans le plan énergie/climat de l'UE aient des effets négatifs sur la compétitivité d'une partie de l'industrie européenne. Le président de la BEI a mis en relief à quel point les engagements environnementaux peuvent devenir un élément essentiel de la croissance économique future et de la création d'emplois. Ce n'est pas une remarque nouvelle, mais elle reçoit ainsi l'appui de l'organisme européen chargé de financer les projets et les innovations, fort de son expérience et des connaissances qu'il a acquises. C'est un débat essentiel pour l'avenir de l'Europe: transformer les contraintes imposées par l'évolution climatique en une occasion extraordinaire de progrès, en donnant naissance à un modèle rénové d'expansion économique. M. Maystadt a donné des indications sur la manière dont la BEI estime pouvoir jouer, dans ce domaine, un rôle pionnier.

Tâches supplémentaires. Le Premier ministre belge Yves Leterme vient de suggérer de confier à la BEI une tâche supplémentaire dans le contexte de la réponse européenne à la crise financière. Je le cite: « Nous (chefs de gouvernement) devons envisager la mise en place d'un Fonds d'urgence européen, qui serait chargé, le cas échéant, d'acquérir des actifs non liquides pour recapitaliser les banques et pour garantir les prêts interbancaires. La BEI pourrait emprunter les moyens requis aux meilleures conditions puisqu'elle possède la notation triple A. » Et je rappellerais pour conclure que le Conseil européen a reconnu à la BEI un rôle spécifique, en liaison avec la Commission européenne, pour soutenir les investissements en faveur de l'efficience énergétique et des sources d'énergie renouvelables, et que la BEI elle-même a élaboré un document de réflexion sur le rôle qu'elle pourrait jouer dans la réforme du système budgétaire européen pour l'après 2013. L'objectif est toujours le même: consolider le rôle de la BEI en tant qu'instrument au service des politiques communautaires et de leur financement. (F.R.)

Déclarations de Philippe Maystadt, président de la Banque européenne d'investissement, sur le rôle de la BEI dans la relance de l'activité économique dans l'Union européenne

A. Vue d'ensemble. « Le Conseil européen nous a adressé plusieurs demandes. Elles touchent à trois domaines. Le premier est celui des petites et moyennes entreprises. Il a été demandé à la BEI d'augmenter les fonds qu'elle met à la disposition des banques pour autant qu'elles les utilisent effectivement pour améliorer les conditions d'accès des PME aux crédits. La BEI va introduire quatre nouveautés: simplification des procédures d'accès au crédit ; extension des prêts aux investissements immatériels (licences, recherche, etc.) ; partage des risques entre la BEI et les banques ; transparence sur l'avantage financier octroyé aux PME.

La BEI octroie déjà des prêts bancaires aux PME pour une valeur annuelle comprise entre 5 et 6 milliards d'euros. Le Conseil européen nous demande de monter à 15 milliards pour les années 2008-2009 et de prévoir, pour les années suivantes, une enveloppe de 30 milliards. Il faut, bien entendu, que les banques jouent le jeu.

Deuxième domaine: le Conseil européen demande que la BEI renforce sa capacité d'intervention sur les projets d'infrastructures. L'idée est de mobiliser davantage de fonds d'investissement ('equities') pour accroître la force de frappe de la BEI. Nous allons solliciter des investisseurs de long terme pour financer de tels projets. On se dirige vers la création d'un Fonds qui viendra compléter notre activité de prêts.

Le troisième domaine touche à la lutte contre le changement climatique. Je tiens à insister sur le fait qu'il n'existe aucune contradiction entre la lutte contre la récession économique et la lutte contre le changement climatique. Ce serait une erreur majeure de penser le contraire. Il importe d'investir maintenant, notamment dans de nouvelles technologies en matière d'énergies renouvelables. Ces investissements contribueront à soutenir la croissance et à créer des emplois en Europe. La BEI va donc prendre un certain nombre d'initiatives en matière d'efficacité énergétique. Exemples: le financement de programmes dans les grandes villes européennes (transports, bâtiments…) ; le financement à risque de la recherche, notamment au sein d'entreprises de taille moyenne ; le soutien à l'industrie automobile dans le domaine des voitures propres.

B. Explications supplémentaires concernant les PME. Ayant rappelé que la BEI octroie depuis plusieurs années des prêts globaux aux banques commerciales, qui, à leur tour, les prêtent aux petites et moyennes entreprises, et que, déjà au début de l'année, Nicolas Sarkozy et Gordon Brown avaient demandé à la BEI d'intensifier ses efforts en faveur des PME, M. Maystadt a précisé: « Déjà dans le courant de 2007 nous avions lancé une consultation systématique, dans les 27 États membres, auprès des banques et des PME, pour savoir s'il y avait réellement un transfert de l'avantage financier aux PME. Ce n'était pas sûr. Nous avons alors proposé trois mesures qui ont été ensuite acceptées à Nice par les ministres des Finances de l'UE: a) simplifier les procédures des prêts ; b) moderniser le produit, en ouvrant les prêts à tout type d'investissement: acquisition de licences, recherche, transfert de génération d'une entreprise… ; c) partager le risque de crédit avec les banques commerciales. Ces trois éléments sont évidemment fort bien perçus par les banques. Mais nous en avons ajouté un quatrième: nous exigeons la transparence dans le transfert de l'avantage financier aux PME. Les banques doivent mettre en place un mécanisme pour que la petite ou moyenne entreprise puisse constater que ses conditions de financement sont améliorées. » En même temps, le volume des financements sera augmenté (une hausse de 50%), à quoi s'ajoutent les financements du Fonds européen d'investissement, filiale de la BEI.

(déclarations résultant d'interviews de M. Maystadt ou d'autres prises de position)

 

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