*** DIDIER GEORGAKAKIS, MARINE DE LASSALLE (sous la dir. de): La "nouvelle gouvernance européenne". Genèses et usages politiques d'un Livre blanc. Presses Universitaires de Strasbourg (9 place de l'Université, F-67084 Strasbourg Cedex. Tél.: (32-3) 88259721 - fax: 88356523 - Courriel: pus@umb.u-strasbg.fr). Collection "Sociologie politique européenne". 2007, 391 p., 24 €. ISBN 978-2-86820-349-6.
"La gouvernance est un de ces nombreux néologismes qui, produit par des think tanks et autres cercles technocratiques et véhiculés par les journalistes et les intellectuels branchés, contribuent à la mondialisation du langage et des cerveaux"… Cette sentence rendue au début du millénaire par le sociologue Pierre Bourdieu illustre parfaitement tant les questionnements et allergies que la notion de gouvernance secrète depuis toujours dans le monde savant. Qu'il s'agisse d'un "mot-valise", tout le monde en convient, mais il s'agit, précise d'emblée Didier Georgakakis, d'une "valise chargée de sens". Dans son introduction à ce fort bel ouvrage mis en chantier voici six ans par le Groupe de sociologie politique européenne de l'Institut d'études politiques de l'Université Robert Schuman, le Pr. Georgakakis s'emploie d'abord, très utilement, à "baliser le terrain" en situant les origines (économiques) de ce terme, ses implications dans la pensée et l'action politiques, la nature et la pertinence des critiques diverses dont il a fait l'objet dans les milieux intellectuels. Né du côté de la Banque mondiale sur le terreau de l'aide au développement et dynamisé par "l'humeur néo-libérale" des années 80, il revient à poser, selon certains, que l'État est le problème: "Comme le montrent les travaux de science politique sur les politiques sociales, cette conjoncture voit le renversement de l'idée selon laquelle l'État a pour fonction de corriger les défaillances du marché. C'est désormais l'État, et non plus le marché, qui est jugé comme défaillant". D'où les critiques de plusieurs penseurs qui n'ont cessé de dénoncer depuis une "prophétie annonçant le délitement tendanciel du gouvernement et, plus généralement, de tout ce qui relève du politique". Qui a raison, qui a tort ? À chacun d'en juger (et cet ouvrage y aide incontestablement), mais il paraît aujourd'hui légitime, à l'heure des turbulences financières internationales et des réactions des autorités publiques qu'elles suscitent, y compris - et d'abord - aux États-Unis, de penser qu'un chapitre nouveau s'ouvre et marque le retour en grâce obligé des autorités publiques et ouvertement politiques.
Quoi qu'il en soit, le phénomène "gouvernance" a produit des "effets de réalité" et il convenait dès lors, aux yeux des scientifiques de Strasbourg, de les analyser sous l'angle des usages qui en ont été faits, tant il est vrai, précise le Pr. Georgakakis, que, "quand bien même concèderait-on que la théorie de la gouvernance est un cheval de Troie de la mondialisation néolibérale, il resterait à élucider les conditions socio-politiques de son triomphe". Dans cet esprit, les auteurs de l'ouvrage s'intéressent spécifiquement aux usages politiques de la "nouvelle gouvernance européenne" mise en chantier par la Commission Prodi à travers son "Livre blanc" publié en juillet 2001. Dans une première partie, les genèses de ce "Livre blanc" sont mises à nu, Julien Weisbein, Yves Buchet de Neuilly, Xavier Delcourt, Iona Popa, François Foret et Didier Georgakakis lui-même arpentant comme des géomètres intellectuels le cadre "relativement hétérogène des différents points d'entrée de la gouvernance dans l'espace institutionnel européen, des enjeux et de traduction dans lesquels s'est joué ce passage aux différents moments où il s'est joué". A titre d'exemple, François Foret (Université libre de Bruxelles) met en lumière l'ambiguïté d'un document, le "Livre blanc", "présenté par ses promoteurs comme un acte politique fort sans en assumer véritablement toutes les implications" et tenant nettement plus d'un "énoncé bureaucratique de réforme institutionnelle que d'un projet civilisationnel". Les acteurs et observateurs assidus de la Commission goûteront tout particulièrement - ou, c'est selon, feront la grimace - les pages que Didier Georgakakis consacre à "la gouvernance de la gouvernance" au sein même de l'institution. L'ambition du président Romano Prodi d'imposer, par ce biais, la Commission comme "gouvernement de l'Europe", le travail de la Cellule de prospective dirigée par Jérôme Vignon, les allergies suscitées par le texte en chantier dans d'autres Directions générales, la victoire in fine d'un style plus "anglais, concret, to the point" sur la "techno française" font l'objet d'une analyse au scalpel prodigieusement éclairante des réalités, en interne, de l'institution…
La deuxième partie de l'ouvrage est, elle, consacrée à la manière dont les idées de la Commission ont été reçues hors du Berlaymont. Barbara Delcourt décrypte ainsi les débats que le Parlement européen a consacrés au sujet, Hélène Michel faisant de même pour ce qui est de la société civile et Valérie Lozac'H pour les communes allemandes. Trois auteurs s'intéressent enfin à la manière dont cette problématique a été ressentie dans trois grands pays de l'Union, Marine de Lassalle s'intéressant à la France, Amanda Sloat à la Grande-Bretagne et Eric Poinsot à l'Allemagne. Autant de contributions qui, ensemble et au final, permettent de mieux saisir comment prennent forme et corps les réalités européennes à travers l'édification institutionnelle.
Michel Theys
*** THIERRY CHOPIN: Le bal des hypocrites. France-Europe. Éditions Saint-Simon / Lignes de repères (33 rue Vivienne, F-75002 Paris. Internet: http://www.edsaintsimon.com ). 2008, 218 p., 19 €. ISBN 978-2-915134-34-6.
En quatrième de couverture, il est dit que "cet essai donne les clés d'une réconciliation possible entre la France et l'Europe". Ce n'est pas faux ou, du moins, pas une simple astuce marketing. Politologue enseignant à Sciences Po, au Corps des Mines et au Collège d'Europe, Thierry Chopin apporte, en l'occurrence, des idées potentiellement utiles en vue de dépasser la "relation paradoxale" que la France n'a jamais cessé d'entretenir avec l'Europe et, en même temps, pour amener l'Union européenne à surmonter le "bug" à la fois politique (crise de légitimité), économique (interrogations sur le processus de libéralisation et le rôle des Vingt-sept dans la mondialisation) et géopolitique (avec les questionnements sur la poursuite ou non de l'élargissement et le rôle à tenir à l'échelle internationale) qui la mine et la plonge dans une "crise existentielle" depuis les "non" à la Constitution européenne. Qui a tort ? Qui a raison ? L'auteur instruit le dossier à charge et à décharge, donnant des coups de plume acérée - et allègre par sa liberté de ton et l'élégance dynamique de son écriture - là où il le juge nécessaire, tant à "Paris" qu'à "Bruxelles". Il met ainsi à nu les fondements et les errances de traits culturels expliquant l'ambivalence française envers l'Europe: une culture institutionnelle jacobine en déphasage avec l'univers bruxellois ; une vision économique "antilibérale" difficilement compatible avec le marché européen et une politique de la concurrence diabolisée à tort ; une identité internationale gallicane mal à l'aise dans l'Union élargie… A décharge, une dynamique européenne qui s'emballe et "ne porte pas trace d'une interrogation de fond sur les bienfaits des principes libre-échangistes" sans que soit posée, du côté de la Commission Barroso, cette question essentielle: "une entreprise économique peut-elle susciter à elle seule l'adhésion populaire et politique ?" Cette excellente question ne concerne pas, à l'évidence, que l'Hexagone, ce qui est aussi le cas des autres sujets et idées soulevés dans cet ouvrage qui, engagé mais pas péremptoire, invite son lecteur à s'affranchir de la langue de bois, du politiquement correct et des idées reçues.
(MT)
*** SYMEON KARAGIANNIS, YVES PETIT (sous la dir. de): Le médiateur européen: bilan et perspectives. Bruylant (67 rue de la Régence, B-1000 Bruxelles. Tél.: (32-2) 5129842 - fax: 5119477 - Courriel: jean@bruylant.be - Internet: http://www.bruylant.be ). Collection "Rencontres européennes". 2007, 182 p., 40 €. ISBN 978-2-8027-2436-0.
Créé par le traité de Maastricht, le Médiateur de l'Union européenne est devenu opérationnel en 1995. Ainsi que l'expliquent Syméon Karagiannis et Yves Petit dans leur préface, cette "institution" est venue répondre à un besoin ressenti par les citoyens, à savoir "le besoin d'une justice moins formaliste, moins procédurière, plus rapide, moins onéreuse (en fait gratuite) et pouvant accorder une place à l'équité". L'objectif de cet ouvrage est à la fois de présenter l'environnement dans lequel évolue le Médiateur européen et d'établir un bilan des premières années de son action. Dans une première partie du livre, des contributions étudient les pouvoirs et les relations nouées par le Médiateur avec les autres institutions et organes de l'Union, ainsi qu'avec ses homologues nationaux. Dans la deuxième partie, ce sont les apports du Médiateur à la citoyenneté européenne et, d'autre part, à la protection des droits fondamentaux qui sont décortiqués. A ces contributions scientifiques qui éclairent notamment la subtilité des solutions juridiques souvent proposées par le Médiateur européen s'ajoute, dans la dernière partie de l'ouvrage, le compte-rendu d'une "table ronde" qui, lors d'un colloque organisé au Parlement européen par le Centre d'études internationales et européennes de l'Université Robert Schuman de Strasbourg, a vu des praticiens - l'actuel Médiateur européen, Nikiforos Diamandouros, ses homologues français et suédois, le commissaire aux droits de l'homme du Conseil de l'Europe, le secrétaire de la commission des pétitions du Parlement européen et un représentant du Secrétariat général de la Commission - donner le point de vue du "terrain".
(PBo)
*** METIN AKSOY: Die Türkei auf dem Weg in die EU. Peter Lang (1 Moosstrasse, CH-2542 Pieterlen. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection "Publications universitaires européennes", n° 543. 2007, 144 p., 25,70 €. ISBN 978-3-631-556164-5.
Cette thèse de sciences politiques présentée à l'Université de Vienne par un jeune doctorant né en Turquie porte sur les relations entre la Turquie et l'Union, en particulier durant la période allant de 1990 à la fin 2004, à savoir depuis le rejet de la demande d'adhésion d'Ankara par le Conseil en février 1990 jusqu'à la décision contraire du Conseil européen qui a fixé le début de celles-ci en octobre 2005. Les raisons invoquées pour justifier cette longue attente concernaient le déficit démocratique, des problèmes touchant aux droits de l'homme, les différences de niveau de développement économique par rapport à l'Union et les différences culturelles. L'auteur tente de mettre à jour ce qui a été entrepris des deux côtés pour tenter de rapprocher les points de vue. Ce qui fait avant tout l'intérêt de ce travail s'explique par l'origine de l'auteur qui transforme son argumentation en un plaidoyer pour l'entrée de la Turquie dans l'Union. L'analyse des critiques et des doutes souvent exprimés au sein de l'Union est complétée par une argumentation tendant à prouver l'ouverture du pays aux valeurs de l'Europe. Il insiste sur la volonté d'occidentalisation de la République qui a succédé à l'Empire ottoman et, tout particulièrement, sur la laïcité de l'État et la liberté des religions. Le tout est complété par une analyse du rôle politique, diplomatique et sécuritaire que la Turquie pourrait remplir dans la région en faveur de l'Europe elle-même. Un livre dont la lecture contribue à mieux comprendre la problématique actuelle.
(GFr)
*** TOM MOYLAN, RAFFAELLA BACCOLINI (sous la dir. de): Utopia Method Vision. The use value of social dreaming. Editions Peter Lang (32 Hochfeldstrasse, Postfach 746, CH-3000 Berne 9. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection "Ralahine Utopian Studies", n° 1. 2007, 345 p., 40,50 €. ISBN 978-03910-912-8.
Dans le climat politique et culturel actuel, les idées et aspirations relevant de l'utopie sont en général rejetées, soit parce que ce seraient des rêveries inutiles, soit parce que d'aucuns les considèrent comme le plus court chemin vers l'autoritarisme. Longtemps délaissée par la recherche, cette théorie suscite, depuis le passage du millénaire, un regain d'intérêt de la part des cercles académiques. Ces derniers se sont aperçus que, malgré le rejet officiel généralisé de cette ligne de pensée, celle-ci se trouve pourtant bien présente - et en bonne santé - dans les sphères socio-économiques et politiques de nos sociétés. Le centre irlandais Ralahin, qui se consacre à la recherche sur l'Utopie, a invité douze chercheurs en "études utopistes" pour participer à un séminaire de recherche de deux ans. Il leur a été demandé de décrire l'approche, dans leurs études, des pratiques et des objectifs de l'utopie (en tant qu'anticipations et visions sociales produites à travers des textes et expériences sociales), ainsi que la mesure dans laquelle leurs découvertes et conclusions ont influencé leur travail intellectuel et leurs perspectives de recherche. Au fil des douze chapitres, les intervenants exposent l'objet de leur étude ainsi que les méthodes employées. Ils proposent sur cette base de nouveaux champs de recherche et d'application, ainsi que du matériel pour des débats futurs, le but du séminaire étant l'obtention de nouvelles données nécessaires à l'élargissement du champ d'investigation.
(NDu)
*** MICHAEL J. GRIFFIN, TOM MOYLAN (sous la dir. de): Exploring the Utopian Impulse. Essays on utopian though and practice. Editions Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection "Ralahine Utopian Studies", n° 2. 2007, 434 p., 38,40 €. ISBN 978-3-03910-913-5.
Le Centre Ralahin pour les études utopistes invite, avec ce deuxième volume de la collection, à la réflexion sur le concept d'utopie en explorant ce thème du point de vue idéologique, littéraire et politique. Ces trois domaines, dont traitent respectivement les trois parties de l'ouvrage, ont été abordés, entre autres, lors de la première conférence internationale du Centre, les textes présentés étant ceux qui se réfèrent uniquement à la nature et à l'expression de l'Utopie. On y trouvera donc, dans un premier temps, des réflexions sur l'utopie dans l'art, la mémoire collective ou encore la philosophie, et les rapports qu'entretient ce mode de pensée avec le passé, le présent et le futur. La deuxième partie est, elle, dédiée aux textes utopiques et investigue les possibilités, représentations et incongruités concernant l'utopie véhiculées par divers écrivains. L'objet est ainsi appréhendé par le prisme de la science fiction avec H.G. Wells et « La machine à explorer le temps », du post-punk avec "Neuromancer" de William Gibson ou encore à travers le filtre lacanien selon lequel l'utopie est simplement un désir de l'inatteignable. La dernière partie de livre se focalise, quant à elle, sur les communautés internationales et les initiatives politiques où l'idée d'utopie est présente.
(NDu)