Bruxelles, 10/09/2008 (Agence Europe) - Répondant aux critiques de députés de la gauche européenne lors du dialogue monétaire avec la commission des affaires économiques et monétaires du Parlement européen, Jean-Claude Trichet a justifié la politique de la Banque centrale européenne qu'il préside: conformément à son mandat, l'objectif premier de la banque est de lutter contre l'inflation et d'atteindre l'objectif de stabilité des prix à moyen terme. Cette politique a, selon lui, porté ses fruits puisque la zone euro a créé plus d'emplois qu'aux États-Unis depuis la création de la monnaie unique. Il a néanmoins indiqué que, compte tenu du choc que connaît l'économie européenne, les taux d'inflation sont et resteront élevés jusqu'à l'horizon 2010, bien au-dessus d'un niveau cohérent de stabilité des prix. Une situation qui a motivé la décision de la BCE de ne pas modifier ses taux d'intérêt (voir EUROPE n° 9733).
Concernant la stabilité financière, M. Trichet a évoqué les mesures que prend la BCE pour faire face à la crise secouant les marchés financiers, telles que l'injection massive de liquidités sur les marchés interbancaires et le maintien d'une part accrue des opérations de refinancement à plus long terme (3 à 6 mois) pour permettre aux banques de mieux planifier leur gestion. Répondant aux questions des députés allemands Alexander Radwan et Karsten Hoppenstedt du groupe PPE-DE sur le rôle que doivent jouer les régulateurs nationaux, il a appelé ces autorités à « être constamment sur le qui-vive » et à « renforcer la coopération et l'échange d'informations ». « Ce qui a été décidé par le Conseil Écofin devra être concrétisé le plus vite possible », a-t-il considéré, en ajoutant que tout le potentiel du processus « Lamfalussy », en place pour l'adoption de la législation européenne dans le domaine des services financiers, n'avait pas totalement été exploité. « Vous l'avez déjà dit il y a un an. Quelqu'un ne devrait-il pas prendre le leadership et secouer le cocotier ? », s'est impatientée la socialiste française Pervenche Berès, présidente de la commission parlementaire.
Interrogé par Piia-Noora Kauppi (PPE-DE, finlandaise) sur la récente décision du Trésor américain de nationaliser Freddie Mac et Fannie Mae, deux établissements piliers du marché hypothécaire américain, le président de la BCE a estimé que « les banques centrales doivent pouvoir fournir dans des cas exceptionnels des liquidités exceptionnelles ». De telles actions de la part des banques centrales paraissent justifiées s'il existe un problème de liquidité, mais s'il s'agit d'un problème de solvabilité, c'est le gouvernement qui doit intervenir avec l'argent du contribuable, a-t-il ajouté. L'opération de nationalisation en cours aux États-Unis, la plus massive jamais réalisée, pourrait coûter jusqu'à 200 milliards de dollars au contribuable américain. (M.B.)