Bruxelles, 10/09/2008 (Agence Europe) - L'éducation interculturelle dans les écoles n'est plus un choix mais une nécessité afin de préparer les enfants à vivre sereinement dans une société de plus en plus multiculturelle. Si les États membres de l'Union européenne s'accordent à dire que l'intégration des migrants est une nécessité, peu font le lien avec l'éducation interculturelle dans les écoles et la mise en œuvre de politiques appropriées reste marginale. Tel est le message délivré mercredi 10 septembre à la commission éducation et culture du Parlement européen par plusieurs experts, acteurs sur le terrain, qui prônent une évolution des mentalités passant par une collaboration plus approfondie entre États membres et un échange des meilleurs pratiques.
Cristina Allemann-Ghionda, de l'Université de Cologne, a présenté les résultats d'une étude sur « L'éducation interculturelle dans les écoles » analysant l'approche interculturelle de l'enseignement dans six États membres (Royaume-Uni, France, Allemagne, Italie, Hongrie et Suède). Elle y constate que: 1) réduire les inégalités sociales apparaît comme la principale question dans tous les pays, la réussite scolaire étant attribuée aux conditions socioéconomiques dans lesquelles évoluent les enfants ; 2) l'accent mis sur le respect de la diversité et l'aspect interculturel dans l'enseignement se heurte à certaines politiques nationales et approches de l'OCDE (le programme PISA légitime les méthodes qui encouragent un enseignement uniquement dans la langue du pays d'accueil) ; 3) la mise en œuvre de politiques appropriées et efficaces exige de bonnes conditions structurelles ; 4) l'importance d'enseigner dans la langue des migrants est insuffisamment prise en compte dans les États membres. « Les réformes scolaires doivent être plus efficaces afin de prévenir une sélection injuste à un stade précoce », a souligné Mme Allemann-Ghionda. Le professeur a également souligné l'importance essentielle des programmes européens tels que Comenius et Erasmus qui encouragent la mobilité des étudiants mais restent trop vagues quant au contenu interculturel à dispenser aux étudiants dans les cours. De manière générale, trop peu d'attention est accordée à ce qui se fait concrètement sur le terrain, dans les écoles, a conclu Mme Allemann-Ghionda, ce qui reflète un manque de dialogue entre les autorités politiques nationales et les établissements scolaires.
Les propos de l'expert ont été illustrés de manière concrète par des acteurs sur le terrain, qui ont témoigné des succès et des difficultés qu'ils rencontrent dans leurs tentatives de rapprocher les enfants de milieux socio-culturels différents. Tous ont mis en avant le succès rencontré par les écoles qui ont mis en avant une politique proactive d'intégration en évitant la « ghettoïsation » des élèves migrants via un enseignement mixte des matières comprenant des cours dans la langue maternelle de l'enfant. Le respect de la culture et de la langue de la communauté culturelle à laquelle appartiennent l'enfant est un facteur essentiel de réussite scolaire et d'intégration, ont estimé les participants, soulignant par ailleurs l'importance primordiale de faire participer les parents au processus. Beaucoup ont déploré le manque de soutien et parfois l'incompréhension rencontrée du côté des politiques, déstabilisés par des méthodes qui sortent du cadre habituel d'enseignement. Le défi de la Commission européenne est d'aider les États membres à s'inspirer des bonnes pratiques de leurs voisins et de favoriser la coopération politique dans un domaine qui reste du ressort national, a souligné le représentant de la Commission européenne présent à l'audition, Tapio Saavala (DG Éducation et Culture). Il a rappelé les conclusions du Conseil « Éducation » de mai, dans lesquelles les ministres ont évoqué l'importance primordiale des enseignants dans le processus d'intégration des enfants migrants, qui doivent recevoir une formation adéquate et continue pour faire face aux défis qui se posent à eux, d'une part, et la nécessité de favoriser la mobilité des enseignants et des élèves, d'autre part.
Parmi les questions posées aux intervenants, les députés Cornelis Visser (PPE-DE, néerlandais) et Helga Trüpel (Verts/ALE, allemande) ont suggéré de tirer les leçons de l'expérience américaine en matière d'intégration des migrants. Si les États-Unis mettent en avant exclusivement l'apprentissage de la langue du pays d'accueil comme instrument d'intégration (mis à part l'espagnol présent dans une certaine mesure dans les programmes scolaires), le Canada est plus ouvert dans la mesure où la langue des minorités est prise en compte dans les programmes scolaires. Une réalité qui existe également en Suède, où les écoles sont obligées d'offrir un enseignement dans une langue étrangère, dès lors que cette langue est la langue maternelle d'au moins cinq enfants fréquentant l'établissement, a souligné Mme Allemann-Ghionda. Ruth Hieronymi (PPE-DE, allemande) a insisté pour sa part sur la nécessité de rapprocher l'UE des États membres. « La coopération (…) est très importante, il faut concrétiser cela pour participer à une stratégie commune », a-t-elle fait remarquer. Raimon Obiols i Germà (PSE, espagnol) a estimé, pour sa part, que se soucier de l'intégration des jeunes migrants uniquement dans le cycle traditionnel (primaire, secondaire, tertiaire) était une erreur. Pour lui, il faut s'en soucier bien plus tôt, dès le plus jeune âge, et continuer de s'en soucier à l'âge adulte. « Il faut évoluer d'une approche traditionnelle vers une approche transdisciplinaire, au quotidien », a-t-il indiqué. (I.L.)