Bruxelles, 10/09/2008 (Agence Europe) - Réagissant à la rumeur d'une possible prolongation des droits antidumping qui frappent les exportations chinoises de chaussures vers le marché communautaire depuis 2006 (EUROPE n° 9736), le ministère chinois du Commerce a, par la voix d'un officiel, dénoncé mardi 9 septembre la frénésie européenne en matière antidumping. « L'UE devrait concurrencer la Chine avec un esprit ouvert. Il est inquiétant que la politique commerciale de l'UE soit régressive », a expliqué Cheng Yongru à la presse en marge d'une conférence dans le Xiamen. « L'UE abuse de son pouvoir en prenant des mesures sévères contre les produits chinois », a-t-il déploré, accusant en outre l'Europe d'user de règles déloyales dans ses discussions commerciales. M. Cheng a regretté que l'UE ait adopté en 24 mois un grand nombre (8 en 2006, 12 en 2007) de mesures antidumping à l'encontre des produits chinois, allant des mandarines en conserve aux ampoules à basse consommation, après que des enquêtes menées par la Commission européenne eurent conclu à des pratiques de dumping. « Ces mesures sont trop fréquentes et impliquent beaucoup d'argent et de compagnies chinoises. Nos entreprises font non seulement face à des pressions internes de montée des coûts mais aussi des pressions externes de multiplication des mesures antidumping », a ajouté l'officiel chinois. Avec 40 enquêtes ouvertes et 26 mesures adoptées à l'encontre de ses exportations au second semestre 2007, la Chine reste la première cible des enquêtes et mesures antidumping selon un rapport de l'OMC (EUROPE n° 9704).
M. Cheng invite donc la Commission à reconnaître que le succès de la Chine résulte de la division internationale du travail. « Les entreprises européennes devraient ajuster leur mentalité pour s'adapter à la mondialisation. Au stade actuel de la mondialisation, les avantages de la Chine se trouvent dans la transformation, l'industrie de base et les secteurs à forte intensité de main-d'œuvre. L'UE devrait prendre conscience de cela et travailler pour améliorer sa compétitivité dans les secteurs de pointe, le high-tech et les services », explique-t-il. Le représentant du ministère chinois du Commerce plaide également en faveur de l'octroi par l'UE à la Chine du statut d'économie de marché, un traitement qui aiderait le pays à se protéger des actions antidumping. « La Chine a apporté beaucoup d'améliorations pour réformer le marché, mais moins et peu d'entreprises chinoises obtiennent de l'UE le traitement d'économie de marché, ce qui implique que l'UE va à reculons à cet égard », insiste M. Cheng, qui déplore que « près de 77 pays ont déjà accordé le statut d'économie de marché à la Chine mais que l'UE et les États-Unis font semblant de ne rien voir ».
Un an après avoir accusé la Chine d'être « délibérément obstructive » dans le règlement des différends commerciaux, et ce, à la veille d'un sommet UE/Chine en novembre à Beijing, où les dirigeants européens avaient fait part sans détour de leur frustration concernant le déséquilibre des relations sino-européennes en matière économique et monétaire (EUROPE n° 9526, 9551 et 9552), le commissaire au Commerce Peter Mandelson se rendra en Chine du 24 au 27 septembre prochains. Avant de participer au prochain sommet bilatéral en novembre à Lyon, qui permettra de mesurer l'efficacité du nouveau dialogue économique sino-européen, assuré par le biais du Mécanisme de dialogue de haut niveau inauguré le 25 avril (EUROPE n° 9653). Il s'agira de mesurer les efforts entrepris par Beijing pour enrayer l'énorme déficit commercial accusé par l'Europe à l'égard de la Chine. Il s'agira aussi d'évaluer les efforts consentis par Beijing pour réévaluer la devise chinoise, le yuan, qui s'est apprécié de plus de 12% face à l'euro depuis la fin juin. (E.H.)