Bruxelles, 10/09/2008 (Agence Europe) - Confrontée à une décélération de la croissance et au maintien d'une inflation élevée, l'économie européenne stagne. Le constat était attendu. Il est sensiblement différent dans les sept principales économies de la zone euro et de l'UE, sur lesquelles se basent les prévisions publiées mercredi 10 septembre. Dans un contexte inhabituellement incertain, ces anticipations le sont elles aussi. La volatilité des prix du pétrole et des matières premières constitue toujours le risque principal défavorable pour la croissance et l'inflation, même si cette dernière pourrait fléchir vers la fin de l'année. Le contexte actuel pourrait aussi commencer à peser sur les finances publiques des États membres, même si, pour l'heure, ceux qui sont les plus menacés réaffirment leurs engagements de consolidation budgétaire.
En 2008, la croissance économique devrait atteindre 1,3 % dans la zone euro et 1,4 % dans l'Union européenne, constate la Commission dans son exercice intermédiaire à ses prévisions saisonnières (les prévisions économiques d'automne seront présentées le 3 novembre). Cette importante révision à la baisse des anticipations (de respectivement -0,4 et -0,6 points de pourcentage par rapport aux chiffres d'avril dernier) est imputable à la hausse continue des prix des produits de base, à la persistance des turbulences mondiales et, dans certains pays, à une récession du secteur immobilier, qui ont fortement ralenti la demande intérieure. Annuellement, la croissance sera inférieure de moitié à celle de 2007 (elle était de 2,6% dans la zone euro et de 2,8% dans l'UE à 27). « Le premier trimestre a été excellent », le deuxième « pire que prévu », le scénario pour le troisième est maintenant celui d'une « croissance zéro » et celui pour le quatrième quasiment le même, a résumé le commissaire aux Affaires économiques et monétaires, Joaquin Almunia. Trimestre par trimestre, la décélération de la croissance est en effet spectaculaire, même si certains pays s'en sortent mieux que d'autres (Allemagne, Pologne, Pays-Bas).
L'inflation augmente tant dans la zone euro que dans l'UE à 27. Les prévisions tablent désormais sur un taux de respectivement 3,6% (+0,5 point de pourcentage par rapport à avril) et 3,8% (+0,2 point de pourcentage). Cette révision à la hausse reflète l'augmentation de la part des prix de l'énergie et des denrées alimentaires dans l'inflation depuis les prévisions de printemps. L'inflation semble avoir atteint un pic, observe la Commission, qui se veut très prudente. Pour l'Allemagne, la Pologne et les Pays-Bas, les chiffres sont assez proches de ce qu'ils étaient en avril, alors que dans les autres États membres, les prévisions sont en forte hausse.
Allemagne. « Nous attendons un ralentissement de l'économie allemande (au second semestre: NDLR), même si les fondamentaux restent solides et sains », a estimé M. Almunia. Après avoir enregistré une baisse de 0,5% du PIB au deuxième trimestre, les résultats des troisième et quatrième trimestres seront encore négatifs en Allemagne (-0,2), où la situation est néanmoins meilleure que chez bon nombre de ses voisins (1,8% de croissance en 2008, inchangé par rapport aux prévisions de printemps). Comme dans les autres pays, le taux d'inflation commencera à diminuer au quatrième trimestre de l'année pour atteindre une moyenne de 3% sur l'année (contre les 2,9% anticipés en avril).
Espagne. Selon le commissaire, « la situation est nettement moins bonne » que prévu, en raison surtout de l'impact de la crise dans le secteur de la construction et du logement. « Le tableau est loin d'être rose pour les troisième et quatrième trimestres » (-0,1% et -0,3%), de sorte que la croissance prévue en 2008 chutera à 1,4% (contre 2,2% en avril). De 3,8% selon les chiffres d'avril, l'inflation devrait être de 4,5%.
France. La croissance aux troisième et quatrième trimestres sera famélique (0% et 0,1%), ce qui donnera une moyenne annuelle de 1% (contre 1,6% précédemment). La moyenne de l'inflation en 2008 sera de 3,5% (contre 3% auparavant). M. Almunia a assuré avoir reçu de la ministre des Finances, Christine Lagarde, l'engagement que le gouvernement français respecterait le seuil des 3% de déficit prescrit par le Pacte de stabilité et de croissance, même si les chiffres prévus pour cette année pourraient être revus à la hausse (de 0,1 ou 0,2 point de pourcentage), a-t-il reconnu.
Italie. Triste performance aussi pour la fin d'année en Italie, qui devrait péniblement parvenir à une croissance positive en 2008 (0,1%). Les prévisions d'inflation ont été réévaluées à 3,7% cette année (contre 3%). Et M. Almunia d'indiquer que, selon son ministre des Finances, Giulio Tremonti, l'Italie s'en tiendrait aux chiffres prévus pour la consolidation budgétaire.
Pays-Bas. Une croissance meilleure que prévu pour la deuxième partie de l'année permettra d'atteindre 2,2% en 2008 (contre 2,6% en avril), ce qui montre la « résilience élevée » de l'économie néerlandaise. Le taux d'inflation s'élèvera à 2,8% (contre 2,7% selon les précédents chiffres).
Pologne. Des prévisions assez bonnes pour la Pologne, dont la croissance s'établira à 5,4% (contre 5,3% en avril), en dépit d'un ralentissement marqué au cours des deux derniers trimestres de l'année. L'inflation devrait atteindre 4,5% (contre 4,3% précédemment).
Royaume-Uni. La croissance négative au second semestre (-0,2%) pèsera sur la moyenne annuelle (1,1% contre 1,4% en avril). Malgré un taux d'inflation encore élevé pour le reste de l'année, la moyenne pour 2008 devrait être conforme à celle de la zone euro (3,6%, contre 2,8% selon les dernières prévisions). (A.B.)