Bruxelles, 01/09/2008 (Agence Europe) - Décidés à ne pas rompre le dialogue avec Moscou, les chefs d'État ou de gouvernement de l'UE, réunis à Bruxelles lundi 1er septembre, n'ont pas opté pour des mesures spectaculaires à l'encontre de la Russie (EUROPE n° 9729). L'UE fera ainsi preuve de « vigilance » et, en l'absence de progrès vers la pleine application de l'accord en six points, pourrait être amenée à durcir sa position et à revoir ses relations futures avec la Russie dans différents domaines. Outre cet appel à la bonne volonté russe, le Conseil européen a de nouveau condamné la décision de reconnaissance par Moscou de l'Ossétie du Sud et de l'Abkhazie et a confirmé l'engagement européen sur le terrain, notamment par la nomination d'un représentant spécial ou le lancement d'une mission civile dans le cadre de la PESD (qui pourrait être décidé formellement le 15 septembre prochain).
Selon le projet de conclusions, en passe d'être adopté à l'heure où nous mettions sous presse, le Conseil européen a une nouvelle fois dénoncé « la réaction disproportionnée de la Russie » à l'offensive géorgienne du 7 août en Ossétie du Sud. Condamnant « fermement la décision unilatérale de la Russie de reconnaître l'indépendance de l'Abkhazie et de l'Ossétie du Sud », le Conseil européen demande aux autres États de ne pas suivre cette voie et invite la Commission européenne à « examiner les conséquences concrètes à en tirer ». Et de souligner à nouveau les éléments à la base d'une solution durable, à savoir « le plein respect des principes d'indépendance, de souveraineté et d'intégrité territoriale ». Soucieux de ménager les sensibilités des différents États membres, le texte précise que « chaque État en Europe a le droit de déterminer librement sa politique étrangère et ses alliances » et qu'il est « légitime que les intérêts de sécurité de chacun soient pris en compte ».
Si l'accord en six points souscrit par les parties le 12 août dernier a depuis permis un cessez-le-feu, un meilleur acheminement de l'aide humanitaire aux victimes et un retrait substantiel des forces militaires russes, « la mise en œuvre de ce plan doit être complète (…), intégrale et de bonne foi ». Le retour des troupes russes sur leurs positions antérieures au déclenchement du conflit doit avoir lieu « sans délai », martèle ainsi le Conseil européen. À cet égard, l'urgence reste l'application des points 5 et 6 de l'accord. Outre l'aide d'urgence, l'UE est prête à apporter une aide à la reconstruction en Géorgie, y compris dans les territoires abkhazes et ossètes, et à soutenir les mesures de confiance et le développement de la coopération régionale. Lorsque les conditions seront réunies, elle examinera aussi la possibilité de renforcer sa relation avec la Géorgie par le biais de la facilitation des visas et la mise en place d'une zone de libre-échange complète et approfondie. Les Européens se disent prêts à réunir, « à bref délai », une conférence internationale en vue d'aider à la reconstruction du pays (le Conseil et la Commission sont appelés à y travailler).
L'Union annonce aussi son intention de renforcer sa présence sur le terrain, notamment par l'envoi d'observateurs au titre d'une mission de surveillance civile dans le cadre de la PESD (EUROPE n° 9726). Une mission exploratoire, dont l'effectif est en train d'être renforcé, est chargée d'en évaluer les modalités. Les travaux préparatoires devraient être menés à bien rapidement pour qu'une décision d'engagement de la mission d'observation puisse être prise dès le 15 septembre par le Conseil « Relations extérieures », en fonction de l'évolution de la situation sur place. Déjà dotée d'un représentant spécial pour le Caucase du sud (le Suédois Peter Semneby), l'UE devrait prochainement nommer un représentant spécial pour la crise en Géorgie, indiquent les conclusions, qui évoquent aussi le renforcement de la mission d'observation de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) par l'envoi d'observateurs et par des contributions matérielles et financières. Préoccupée par l'impact de la crise au plan régional, l'UE réaffirme par ailleurs son intention de renforcer ses relations avec ses voisins orientaux, « notamment à travers sa politique de voisinage, le développement de la 'synergie de la mer Noire' et un partenariat oriental que le Conseil européen souhaite adopter en mars 2009 » (des propositions devront lui être soumises dès décembre 2008).
Si la relation entre l'UE et la Russie est « à la croisée des chemins », le Conseil européen considère qu'étant donné l'interdépendance entre les deux partenaires et les problèmes globaux, « il n'y a pas d'alternative souhaitable à une relation forte, fondée sur la coopération, la confiance et le dialogue ». Lancées en juillet dernier, les négociations en vue d'un nouvel accord de partenariat entre l'UE et la Russie ne sont pas à ce stade suspendues. Prévue les 15 et 16 septembre prochains, la prochaine réunion de négociations devrait être maintenue, bien que la menace d'un report existait encore au moment où nous allions sous presse. Appelant Moscou à faire le « choix fondamental de l'intérêt mutuel, de l'entente et de la coopération », l'UE restera toutefois « vigilante » à l'évolution de la situation et attend de la Russie « un comportement responsable, fidèle à l'ensemble de ses engagements ». En vue du prochain sommet UE-Russie (le 14 novembre à Nice), le Conseil européen demande donc au Conseil et à la Commission « d'examiner attentivement et en profondeur la situation et les différentes dimensions de la relation UE-Russie ». Les décisions futures sur la poursuite des discussions concernant l'avenir de la relation entre l'UE et la Russie dans différents domaines tiendront compte de la mise en œuvre par Moscou de tous ses engagements au titre du plan en six points, prévient le Conseil européen. Une édition spéciale consacrée au Conseil Européen extraordinaire de Bruxelles sous le N° 9730bis est jointe à cet envoi. (A.B.)