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Bulletin Quotidien Europe N° 9699
INFORMATIONS GÉNÉRALES / (eu) ue/eurogroupe

Préoccupé par l'inflation, l'Eurogroupe appuie la récente décision de la BCE d'augmenter les taux d'intérêt

Bruxelles, 08/07/2008 (Agence Europe) - Perspectives de croissance et inflation ont largement alimenté le débat de l'Eurogroupe, lundi 7 juillet. Malgré le net ralentissement de la croissance et les critiques venues de France notamment (sur l'écart grandissant entre le niveau des taux d'intérêt de part et d'autre de l'Atlantique), les ministres des Finances des Quinze ont serré les rangs, approuvant la politique de lutte contre l'inflation suivie par la Banque centrale européenne (BCE) et sa récente décision sur la hausse des taux (EUROPE n° 9696).

Après la belle tenue des activités économiques au premier trimestre de l'année, un ralentissement de la croissance est clairement observé depuis. « A ce stade, nous partons de l'idée que le deuxième trimestre sera largement moins lumineux » que le précédent, ce qui se vérifie par les indices de confiance, a reconnu Jean-Claude Juncker devant la presse. Si les résultats s'annoncent « autrement plus mauvais » que ceux enregistrés lors des trois premiers mois de 2008 selon M. Juncker, une révision des prévisions économiques de la Commission n'est pas exclue. Depuis la publication des chiffres de printemps en avril, les risques d'une baisse de la croissance ont clairement augmenté, reconnaît Joaquín Almunia, qui attend le chiffre du deuxième trimestre début août et présentera en septembre ses prévisions intermédiaires. À ce stade, « il faut attendre », mais « avec l'information disponible aujourd'hui, on ne doit pas être trop optimiste », souligne le commissaire aux Affaires économiques et monétaires.

« Tous nous sommes inquiets de l'évolution de l'inflation », c'est « une préoccupation non seulement pour l'autorité monétaire mais également pour l'autorité politique », a reconnu M. Juncker. « Nous pensons tous que la lutte contre l'inflation est de la plus haute importance, qu'elle relève de la responsabilité de la Banque centrale, qui a pris ses responsabilités, et la récente décision de la BCE ne fut pas critiquée ce soir, mais qu'elle relève aussi de la responsabilité des gouvernements qui eux doivent contribuer à la lutte en renonçant à un certain nombre d'actes politiques qu'ils pourraient envisager, comme une augmentation au-delà de ce qui fut prévu en début d'année de la fiscalité indirecte », insiste le président de l'Eurogroupe.

Pour les chiffres élevés actuels (4% en mai), la répartition des hausses de prix est la suivante: un tiers provient de la hausse des prix du pétrole, un deuxième tiers de celle des prix alimentaires et un dernier tiers des autres prix à la consommation, en particulier du secteur des services, a indiqué M. Almunia. Dans ce contexte, « les autorités publiques doivent faire très attention et ne pas trop utiliser les impôts indirects et les prix administrés », afin d'« éviter que le risque d'effets de second tour ne se matérialise ». Actuellement, ces effets restent plus un risque qu'un phénomène concret, mais attention ! « Le choc de l'inflation actuel est très fort et si outre ce choc extérieur, nous ajoutons des pressions inflationnistes à travers des effets de second tour, la situation risque d'être très difficile à gérer. C'est une source d'inquiétude », prévient-il. « Nous avons tous estimé que la BCE a raison d'insister avec la véhémence qu'elle a fait sienne sur la nécessité qu'il y a de bien ancrer les attentes d'inflation à moyen terme », a assuré M. Juncker, après la décision du Conseil des gouverneurs la semaine dernière. Sans avoir évoqué, au sein de l'Eurogroupe, le profil possible de la politique monétaire à venir, « je ne considère pas que la décision de jeudi dernier était le début d'un nouveau cycle d'ajustement vers le haut des taux d'intérêt », a-t-il toutefois ajouté.

S'il faut s'accommoder du fait que les prix pétroliers resteront à un niveau très élevé pour les mois à venir, cela n'exclut pas que les gouvernement nationaux puissent mettre en place des politiques d'accompagnement pour les catégories les plus vulnérables de la population, en stabilisant leur pouvoir d'achat. Il ne saurait toutefois être question d'accompagner ces hausses de prix par des augmentations salariales déconnectées de la croissance de la productivité, a martelé M. Juncker, qui rappelle que les ministres des Finances examineront, sur base de l'analyse de la Commission, « l'ensemble des composantes qui peuvent expliquer le fonctionnement partiellement peu orthodoxe du marché pétrolier ». Cela leur a été demandé lors du dernier Conseil européen et la spéculation fait partie du problème, même si celui-ci est surtout lié à l'offre et à la demande. Évoquée lundi, la proposition du ministre italien des Finances, Giulio Tremonti, qui envisage de recourir aux articles 81 et 82 du traité (sur les cartels et les abus de position dominante) pour combattre la spéculation sur les marchés des produits pétroliers et des denrées alimentaires, entre dans le champ d'analyse de la Commission, selon M. Juncker. La proposition française de plafonnement de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) aussi, mais elle reste sujette à caution. C'est une suggestion qui n'est pas reprise par tout le monde, précise à nouveau M. Juncker, car l'évolution des recettes de TVA diverge fortement d'un pays à l'autre (dans certains pays, les recettes TVA ont augmenté, alors que dans d'autres, elles ont régressé). Ainsi, « on ne peut pas transposer d'un pays à l'autre les mêmes raisonnements », explique-t-il, en rappelant aussi la décision des ministres de l'Eurogroupe lors de l'informelle de Manchester en septembre 2005. À l'époque, les Douze étaient convenus de ne pas agir par mesure fiscale pour influer sur l'évolution des prix pétroliers à court terme, « par conséquent, nous ne pensons pas que la suggestion de la France est la seule qui mérite d'être étudiée », conclut-il. (A.B.)

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