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Bulletin Quotidien Europe N° 9694
Sommaire Publication complète Par article 36 / 37
SUPPLEMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne

N° 785

*** ANTO GAVRIC, GRZEGORZ W. SIENKIEWICZ (sous la dir. de): État et bien commun. Perspectives historiques et enjeux éthico-politiques - Colloque en hommage à Roger Berthouzoz. Peter Lang (32 Hochfeldstrasse, Postfach 746, CH-3000 Berne 9. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). 2008, 302 p., €. ISBN 978-3-03911-467-2.

Le concept de "bien commun", forgé par Saint Thomas d'Aquin, ne se retrouve plus guère, de nos jours, que dans le discours officiel de l'Église de Rome et dans celui de penseurs, de plus en plus rares ou, en tout cas, de plus en plus discrets, qui se réclament peu ou prou de la pensée catholique. C'est à juste titre que le Pr. Yves Semen (Faculté de philosophie comparée de Paris et directeur de l'Institut européen d'études anthropologiques à Fribourg) relève, à l'entame de sa contribution à cet ouvrage, que "la pensée politique moderne affectionne davantage les expressions intérêt général, intérêt public, bien public ou bien de l'État". Quel que soit le terme utilisé, force est de reconnaître que la question fondamentale du lien qui engage l'État par rapport au vaste champ des différents biens propres à chaque communauté territoriale se trouve aujourd'hui posée de manière renouvelée et avec une inquiétante acuité, y compris à l'intérieur même de l'Union européenne. Alors que, selon le Pr. Semen, Saint Thomas se réclamait invariablement du principe du bien commun, "finalité de la société politique et principe de jugement en matière d'organisation sociale", Nicolas Michel constate que, de nos jours, "il semble à beaucoup impossible de définir clairement l'essence du bien commun, qu'il soit national, européen ou mondial". Et le Secrétaire général adjoint aux affaires juridiques de l'Organisation des nations Unies de poser, dans sa préface, des questions qui étayent ce constat: "Combien tous ces biens différents s'articulent-ils entre eux ? Quel est le rôle spécifique de l'action politique et des organisations gouvernementales ? Comment celles-ci organisent-elles leur compétence à l'échelle régionale, nationale ou mondiale ? Quelle est l'économie du bien commun et que seront les stratégies politique et juridique ?"

Toutes ces questions peuvent, en définitive, être résumées en une seule, plus fondamentale encore: quelle place reconnaître à la personne et aux communautés humaines dans le monde du XXIe siècle ? C'est à cette question que des philosophes, des historiens, des économistes, des juristes, des responsables politiques, des scientifiques et des théologiens apportent des réponses dans ce bel ouvrage, fruit d'un colloque organisé à l'Université de Fribourg à la mémoire du théologien, philosophe et penseur suisse Roger Berthouzoz. Souvent marquées du sceau de la pensée personnaliste, ces réponses - ou, mieux, ces pistes de réflexion - découlent de l'étude de thématiques philosophiques telles que les notions de libéralisme, de bien commun en philosophie politique et en philosophie du droit, à la lumière aussi de la manière dont elles ont été cultivées dans la tradition dominicaine et la modernité. Les auteurs les cisèlent également sur la base de travaux relatifs aux enjeux économiques et éthiques du monde contemporain, d'autres s'employant à présenter la problématique du bien commun dans l'enseignement du Magistère de l'Eglise catholique. En clair, comme l'expliquent Anto Gavric et Grzegorz W. Sienkiewicz dans leur introduction, ce sont "la nature et la profondeur de l'engagement du politique dans le dialogue social" qui se retrouvent au cœur de ces Mélanges mariant une "double exigence de pensée et d'action".

Il va de soi qu'un livre de telle nature ne peut être résumé, tout comme il est vrai qu'il impose à son lecteur une certaine dose d'humilité intellectuelle. C'est que les auteurs y convient - dans des textes écrits la plupart du temps en français, mais parfois aussi en allemand, en anglais et en italien - Aristote, Thomas d'Aquin, des papes, Lacordaire et Montesquieu, Habermas et Ratzinger alors qu'il n'était "que" cardinal, John Rawls, Thomas Hobbes, Kant… Rien que du très beau monde intellectuel, donc. Pour appâter, mentionnons d'abord deux contributions consacrées au philosophe personnaliste Jacques Maritain qui, rappelle notamment le Pr. Roberto Papini (Université de Trieste), plaidait dès les années 50 en faveur de l'avènement d'une société politique mondiale en mesure de "réaliser le bien commun de l'humanité". A l'heure de la mondialisation, cet appel précurseur prend tout son sel et tout son sens. Mentionnons également une remarquable contribution qu'Henri Torrione consacre à "la notion de bien dans la pensée juridique et politique". Ce professeur de droit et de philosophie du droit à l'Université de Fribourg s'alarme notamment face aux menaces liées à l'instrumentalisation de l'espèce humaine par la technique, ce qui lui fait écrire: "L'homme occidental se serait-il à peine libéré de cette idéologie du communisme, de cette idée d'une praxis qui permettrait à l'être humain de s'autoproduire comme être nouveau, pour tomber dans la fascination d'un autre type d'idéologie, avec un autre type de transformation, non pas celle qui se ferait au niveau social, à travers la lutte des classes, mais celle qui se réaliserait par la praxis technoscientifique, dans le silence des laboratoires ?" Pour sa part, Adriano Previtali explique en quoi les droits de l'homme constituent "une composante essentielle du bien commun" et souligne que, "dans une démocratie, l'interdiction de la peine de mort, de la torture, de la discrimination ne peut représenter que le minimum exigible". Enfin, épinglons encore la contribution de l'historien Karel Bosko consacrée au philosophe Jan Patocka, à Vaclav Havel et à la Charte 77, soit "la morale incarnée", alors qu'aujourd'hui, "de nouveaux murs (…), ceux du nationalisme étroit, du racisme meurtrier et de l'individualisme cupide se sont élevés là où se dressait jadis le Mur de la Honte". Michel Theys

*** JOHN MCCORMICK: Understanding The European Union. A Concise Introduction. Editions Palgrave Macmillan (Houndmills, Basingstoke, Hampshire RG21 6XS, UK. Tél.: (44-1256) 329242 - fax: 842084 - Courriel: mdl@macmillan.co.uk - Internet: http://www.palgrave.com ). Collection "The European Union Series". 2008, 239 p., 19,99 £. ISBN 978-0-230-20102-6.

Cette introduction à l'Union européenne en est à sa quatrième édition, ce qui témoigne évidemment de sa qualité. Résolument concise, elle est destinée à quiconque veut en comprendre le fonctionnement sans entrer dans des analyses trop exhaustives. En effet, jugeant la plupart de la littérature "expliquant" l'Union quelque peu obscure pour le commun des mortels, l'auteur vise, avec cet ouvrage, à la simplicité en restant à l'écart des débats théoriques, des articles de traités et autres thèses politico-philosophiques sur ce que devrait être l'Union. Il focalise son analyse sur les changements réels qu'apporte l'Union dans la vie de ses habitants. Il examine tout d'abord l'évolution européenne depuis 1945 en soulignant le caractère unique de ce parcours ainsi que la stabilité sans précédent dont bénéficie le continent depuis. Sur cette base, il dégage une idée d'Europe basée sur la coopération et l'entraide plutôt que sur les conflits et les rivalités. Le réseau des institutions, son interaction avec les différents Etats membres ainsi que le processus décisionnel de l'Union sont bien sûr expliqués et John McCormick en étudie l'impact sur la population, tant du point de vue économique, avec le marché unique ou l'euro, que sur le plan social avec, entre autres, une mobilité accrue et une plus grande familiarité avec des voisins qui étaient autrefois des rivaux, voire des ennemis. L'ouvrage comporte, par ailleurs, une analyse des politiques économiques européennes, particulièrement le marché unique, sa mise en place, son fonctionnement et ses effets. Il rend compte des efforts laborieux pour créer une politique étrangère commune, des problèmes liés à la politique de défense européenne et des relations quelque fois houleuses avec les États-Unis, ainsi que de l'émergence de l'Europe de l'est dans l'agenda politique de l'Union. Un livre simple, précis et qui s'adresse à tous les publics. (NDu)

*** MARTA PETRICIOLI, DONATELLA CHERUBINI (sous la dir. de): Pour la paix en Europe - For Peace in Europe. Institutions et société civile dans l'entre-deux-guerres - Institutions and Civil Society between the World Wars. Presses Interuniversitaires Européennes - Peter Lang (1 av. Maurice, B-1050 Bruxelles. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). 2007, 656 p., 52,90 €. ISBN 978-90-5201-364-0.

Cet imposant ouvrage comportant des contributions écrites en anglais ou en français comble un vide éditorial en ce qu'il appréhende l'Europe de l'entre-deux-guerres non pas seulement par le biais des initiatives prises par les gouvernants et les institutions en vue d'asseoir une paix durable (et très vite illusoire), mais aussi par le prisme des sociétés civiles - que l'on n'appelait pas encore ainsi à l'époque. La première partie est consacrée aux "Institutions et instruments pour la paix'", au premier desquels on retrouve, bien entendu, la Société des nations, une contribution portant sur le rôle joué par un certain… Jean Monnet afin d'y apporter une dimension économique et financière. La deuxième partie étudie des "initiatives et projets pour la paix". La partie suivante s'intéresse plus particulièrement aux choix intellectuels et politiques devant lesquels les pacifistes, surtout italiens, se trouvèrent placés à cette époque. La dernière partie est composée d'études sur plusieurs cas particuliers de manifestations pacifistes dans le monde culturel. (PBo)

*** CONSTANTIN DUCHS: Die Behandlung von Leistungsstörung im Europäischen Vertragsrecht. Duncker & Humblot (Postfach 410329, D-12113 Berlin. Tél./fax: (49-30) 79000631 - Internet: http://www.duncker-humblot.de ). Collection "Untersuchungen zum Europäischen Privatrecht", n° 19. 2006, 412 p.. ISBN 978-3-428-11975-4.

Ce livre présente une dissertation doctorale de droit privé qui a été présentée à l'Université de Mainz. Elle propose une analyse théorique approfondie du "traitement des dysfonctionnements du droit européen des contrats". La question centrale est de savoir sous quel système juridique doivent se placer les mesures à prendre lorsqu'un contrat est rompu. L'ordre juridique doit établir des règles fixes pour décider si le créancier peut juridiquement prétendre à trouver une réponse dans le droit européen des contrats et si le débiteur peut ou non être libéré de ses dettes. Ces questions doivent trouver une réponse dans le droit européen des contrats, ceci indépendamment des développements qui conduiront peut-être, dans un avenir plus ou moins lointain, à l'édification d'une codification dans ce domaine. L'auteur s'engage, dès lors, dans une recherche comparative sur les sources actuellement existantes qui peuvent servir de modèle à cette élaboration. Un travail méticuleux et fastidieux, mais indispensable et poursuivi avec beaucoup de soin. (GFr)

*** WILLEM H. VAN BOOM, MEINHARD LUKAS, CHRISTA KISSLING (sous la dir. de): Tort and Regulatory Law. Springer (Wien, New York) et European Centre of Tort and Insurance Law (11 Landesgerichtsstrabe, 1080 Vienne. - Tél.: (43) 1401271688 - fax: 2401271685 - Courriel: ectil@ectil.org). Collection "Tort and Insurance Law", n° 19. 2007, 477 p.. ISBN 978-3-211-31133-2.

Le dix-neuvième volume de cette collection "analyse systématiquement l'interaction entre le droit administratif et le droit de la responsabilité civile", à laquelle les juristes sont souvent confrontés. Les auteurs se focalisent sur les mesures prises en matière de protection environnementale. Un choix d'autant plus intéressant qu'il inclut la dimension européenne, l'environnement étant soumis aux règles du droit communautaire. Une fois de plus, les auteurs tentent de dégager une perspective générale en s'appuyant sur l'analyse de plusieurs législations nationales: Autriche, Angleterre et Pays de Galles, France, Allemagne, Hongrie, Italie, Pays-Bas, Norvège, Pologne, Espagne, Suisse et Etats-Unis. En sus de ces rapports nationaux obtenus à l'aide de questionnaires basés sur des questions générales et certains cas pratiques, le livre contient également quelques rapports spéciaux: relation entre le droit réglementaire et le droit de la responsabilité civile en Italie, stratégie et objectifs de cette relation, analyse sous l'angle des assurances et, enfin, sous l'angle économique. Ponctué par une analyse comparative, l'ouvrage montre "à quel point l'influence du droit réglementaire sur le droit de la responsabilité civile est multiple". (TBa)

*** HELMUT KOZIOL, REINER SCHULZE (sous la dir. de): Tort Law of the European Community. Springer-Verlag (voir coordonnées supra). Collection "Tort and Insurance Law", n° 23. 2008, 693 p.. ISBN 978-3-211-77585-1.

A la suite de la volonté du Parlement européen de "rapprochement des législations civiles et sociales des États membres", le Centre européen du droit de la responsabilité civile et des assurances s'est mis en quête de solutions et concepts communs, dans la juridiction européenne ainsi que dans les acquis communautaires, afin de créer un corps de lois européen en la matière. Les auteurs cherchent, dans une première analyse, à identifier les efforts qui ont été faits au niveau communautaire pour développer un tel corps. Dans un second temps, les auteurs examinent différentes familles juridiques européennes afin d'y trouver des éléments, communs. A noter aussi une section sur la terminologie du droit européen de la responsabilité civile. (NDu)

*** NEIL CRAIK: The International Law of Environmental Impact Assessment Process, Substance and Integration. Cambridge University Press (The Edinburgh Building, Cambridge CB2 8RU, UK. Internet: http://www.cambridge.org ). Collection "Cambridge Studies in International and Comparative Law". 2008, 332 p., 55 £. ISBN 978-0-521-87945-3.

Au vu des menaces écologiques du temps présent, une décision politique ne devrait plus, désormais, être prise sans qu'il y ait analyse préalable des impacts environnementaux (AIE) qu'elle pourrait produire. La plupart des Etats incorporent dans leurs processus décisionnels de telles évaluations, mais il semble que, en ultime instance, les décideurs peuvent choisir de les inclure ou non dans leurs choix. Vu la nature optionnelle de ces analyses condamnées à convaincre plutôt qu'à obliger, l'auteur s'emploie à évaluer leur utilité dans la mise en œuvre des lois internationales pour l'environnement. Se basant sur de nombreux cas d'étude, ce professeur de droit de l'Université de Brunswick montre comment les processus d'AIE ont pris naissance, leur rôle, toujours grandissant, dans les accords internationaux, leur contribution au développement de nouveaux outils de protection environnementale, ainsi que leur capacité à s'imposer au plan international. (NDu)

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