Bruxelles, 25/06/2008 (Agence Europe) - Le député européen du groupe PPE-DE, Alain Lamassoure, a saisi l'occasion offerte par le colloque de l'Institut français des relations internationales (IFRI), mardi 24 juin à Bruxelles, pour passer au crible les priorités de la future Présidence française du Conseil de l'UE. Après avoir souligné que les objectifs de politique énergétique sont porteurs d'un retour au fondement de la construction européenne, référence à la mise en commun des ressources énergétiques au travers de la CECA morte en 2003, l'élu de l'UMP a estimé que la seule priorité qui peut aboutir à un résultat concret avant la fin de la Présidence est l'immigration. « Sur les autres sujets, les choses sont moins claires », affirme-t-il en référence au calendrier politique. Ainsi, dans le domaine de la défense, il lie les progrès à l'entrée en fonction de la nouvelle administration américaine et au Sommet de l'OTAN qui doit se tenir en avril 2009 à Strasbourg-Kehl, c'est-à-dire plus de trois mois après la fin de la Présidence française. Pour cette raison, « ce thème a glissé en queue de peloton et il va encore glisser », pronostique Alain Lamassoure avant d'ajouter: « Cela ne m'inquiète pas ; c'est le calendrier politique qui veut ça ».
Dans le domaine de l'énergie et du climat, le député européen a dit craindre qu'en raison « des formidables incertitudes énergétiques, il soit impossible de prendre des décisions d'ici la fin de l'année ». « Je le déconseille fortement », a-t-il même ajouté. Dans le domaine de l'agriculture, il observe un renversement de tendance sur les marchés mondiaux, mais « on manque de visibilité pour définir la tendance à moyen terme », explique-t-il en estimant que, dans ces conditions, « on peut débattre, mais il ne faut pas conclure trop rapidement ».
Sur toutes ces questions, la Présidence française semble donc condamnée à ouvrir des chantiers sur lesquels beaucoup de travail restera à faire par la suite. Dans ce contexte, Alain Lamassoure propose d'en ouvrir un de plus: celui de la citoyenneté. « Dans l'Europe économique tout avance bien, mais dans l'Europe des hommes, des citoyens, on a un retard de vingt ans. Les citoyens ne sont pris en compte que comme sujets annexes à l'espace économique », constate-t-il, avant d'ajouter: « depuis 1992, personne n'a réfléchi au contenu de la citoyenneté européenne ». C'est dans cette optique qu'il propose, dans un rapport préparé à la demande du président Sarkozy, un ensemble de mesures pour faire vivre la citoyenneté européenne (voir autre nouvelle).
Lors du même colloque, un autre intervenant a essayé d'imaginer les grandes lignes d'une future stratégie européenne en matière de sécurité (EUROPE rappelle que la stratégie de sécurité de l'UE adoptée en 2003 est en cours de révision (pour les détails, voir notre bulletin spécialisé Europe Diplomatie & Défense). Le professeur Jolyon M. Howorth a commencé par souligner la nécessité pour l'Union de définir son rapport stratégique avec les États-Unis. Elle devrait également réfléchir à la structuration de ses relations avec ses voisins et définir son approche du monde musulman. Elle doit enfin définir ses relations avec les puissances émergentes, notamment pour leur permettre de s'insérer dans l'organisation du monde. Pour Jolyon Howorth, quel que soit le vainqueur de l'élection présidentielle aux États-Unis, les Américains vont venir très rapidement au printemps 2009 avec « une liste impressionnante de demandes » adressée aux Européens, et c'est maintenant qu'il faut commencer à préparer la réponse. S'il juge normal le « retour » de la France dans l'OTAN, il estime en revanche que ce serait « dangereux » de laisser les États-Unis gérer leur relation avec l'Europe au travers de l'OTAN. D'où la nécessité, selon lui, de concevoir un « nouveau forum » dans lequel l'UE et les États-Unis pourront travailler ensemble. Il estime enfin que, malgré les divergences qui subsistent (il cite en particulier le renforcement de la capacité de planification et de conduite des opérations de l'UE ainsi que le renseignement), la France et le Royaume-Uni peuvent aujourd'hui trouver une approche commune sur (1) la relation stratégique avec les États-Unis, (2) la gestion des crises en Afrique, (3) le règlement de la crise au Proche-Orient et (4) le dossier Afghanistan-Pakistan. (O.J.)