Bruxelles, 16/05/2008 (Agence Europe) - Les vingt-six plus grandes sociétés impliquées dans le marché de la sécurité en Europe ont officiellement lancé, mercredi 14 mai, EOS « European Organisation for Security » avec comme objectif de structurer un marché encore trop fragmenté en Europe, si on le compare notamment à celui de la Défense, et d'apporter une protection efficace aux citoyens et aux entreprises contre les menaces actuelles telles que le terrorisme, la criminalité, les catastrophes naturelles. Le marché mondial de la sécurité était de 350 milliards d'euros en 2006. A elles seules, les industries américaines représentaient 45 % de ce total, l'EUROPE 31 %, l'Asie 17 % et le reste du monde 7 %. Durant les cinq prochaines années, le marché de l'UE pour la sécurité pourrait représenter quelque 64 milliards d'euros.
Pour le lancement d'EOS, plus de 300 représentants des gouvernements et de l'industrie se sont réunis au cours d'une conférence de deux jours, les membres de l'industrie étant bien décidés à faire passer le message du besoin réel d'un marché de la sécurité beaucoup plus intégré. « Les pays européens et l'Union européenne doivent désormais tout faire pour mettre fin aux nombreuses différentes approches et solutions qui empêchent une coopération constructive à travers les applications et les pays », a déclaré, Luigi Rebuffi, président d'EOS, à l'occasion de l'ouverture de la conférence. Denis Ranque, le président de Thalès, un des membres fondateurs d'EOS, a de son côté déclaré que cette nouvelle organisation européenne permettait de montrer à quel point les industries européennes étaient vouées à remplir les conditions d'une sécurité européenne de haut niveau. « Chacun de nos membres apporte une pièce indispensable au puzzle de la sécurité pour assurer une protection adéquate de nos frontières, transports et infrastructures critiques », a-t-il ajouté. « EOS aidera à construire un marché cohérent de la sécurité dans l'UE grâce aux liens essentiels entre les fournisseurs, les utilisateurs, les décideurs politiques et les chercheurs », a indiqué Hervé Guillou, président de la branche Défense et Systèmes de communications d'EADS. Celui-ci a fait différentes recommandations destinées à soutenir le marché de la sécurité: - le développement de concepts opérationnels et de stratégies pour guider l'investissement dans la bonne direction ; - l'harmonisation des politiques comme pré-requis de la création d'un plus grand marché européen ; - et la nécessité d'une approche réfléchie en termes de contrôles aux frontières, de coopération policière, de douanes de manière à anticiper des événements comme l'arrivée en masse d'immigrants clandestins. Par rapport aux Etats-Unis, l'UE n'a pas encore su s'imposer en matière de normes réglementaires et techniques. « Nous avons besoin que les gouvernants impulsent des réglementations, des standards, pour nous permettre de développer un marché de la sécurité », a encore dit Olivier Houssin, directeur général, en charge de la division Solutions de Sécurité et Services chez Thalès.
Du côté des pouvoirs publics, le secrétaire d'Etat auprès du ministère de l'Intérieur slovène a reconnu que « la coopération entre les secteurs public et privé en matière de sécurité devient de plus en plus étroite et les technologies de pointe développées par le secteur privé seront très sollicitées à l'avenir ». Ce dernier a notamment fait allusion à l'adoption, le mois prochain, de la décision incorporant une partie du Traité de Prüm (échange de données biométriques entre les polices) dans l'acquis communautaire (EUROPE n° 9650). Le coordinateur européen de lutte contre le terrorisme, Gilles de Kerchove, a estimé qu'avec la perspective de l'entrée en vigueur du Traité de Lisbonne, le secteur de la sécurité allait gagner en légitimité, grâce notamment à la suppression de la structure en piliers. « Il n'y aura plus l'addition de 27 systèmes de sécurité différents», a-t-il souligné.
Même si la sécurité européenne était à l'honneur, force est de constater que la thématique Défense fait partie intégrante de la problématique posée. « Nous avons besoin d'une approche transversale en termes de technologie dans la défense et la sécurité », a insisté M. Ranque. Le conseiller en Armement de la représentation française auprès de l'UE, Jean-René Le Goff, a quant à lui jugé essentielle l'interopérabilité entre les réseaux des deux domaines. Le Livre blanc français sur la Défense, qui devrait être présenté le 11 juin prochain, couvre un champ beaucoup plus large que la Défense (terrorisme international, crises sanitaires majeures), a souligné M. Le Goff. De son côté, le ministre polonais de la Défense, Bogdan Klich, a constaté qu'il fallait nécessairement une coopération internationale de l'UE avec d'autres organisations, notamment l'OTAN, pour pouvoir disposer d'un espace de sécurité en Europe. M. Rebuffi a néanmoins jugé « prématuré » de contacter l'OTAN à ce stade.
Comment structurer davantage le domaine de la Sécurité dans l'UE ? Pour Christian Sommade, directeur exécutif du Haut comité français pour la défense civile, trois idées sont à développer. Tout d'abord, la création d'un réseau européen des forums nationaux de sécurité composés, par exemple, de l'ECSA ( European Corporate Security Association) en Belgique et du Haut comité français pour la défense civile. Ensuite, mettre en place un forum des utilisateurs européens de sécurité, qui serait en lien avec le premier. Enfin, se servir de l'Association européenne de sécurité intérieure, créée en 2005, en tant que plateforme externe de discussion avec des acteurs tels que les Etats-Unis, l'OTAN et les Nations unies. (B.C.)