Bruxelles, 04/03/2008 (Agence Europe) - L'Eurogroupe a fait siennes, lundi 3 mars, les prévisions de croissance de la Commission européenne, qui table sur une hausse de l'activité économique de la zone euro de 1,8% en 2008 (EUROPE n° 9607). Devant la presse, Jean-Claude Juncker a surtout montré quelques signes d'inquiétude concernant l'évolution des marchés de changes, se disant « préoccupé » par la forte appréciation de la devise européenne face au dollar.
« Nous sommes d'accord avec les prévisions publiées par la Commission », a déclaré M. Juncker à l'issue de la réunion qu'il présidait, en s'attendant à un « léger ralentissement en 2008 » de la croissance mondiale. Le chiffre pour la zone euro, légèrement inférieur au potentiel de croissance, est en retrait de 0,5 point de pourcentage par rapport aux prévisions d'automne, mais « nous pensons toujours que les données fondamentales de la zone euro sont bonnes », a souligné le Premier ministre et ministre des Finances luxembourgeois. « La croissance économique reste suffisamment robuste pour nous inspirer confiance et nous voudrions que les consommateurs soient gagnés par la même confiance », a-t-il espéré, alors que les dépenses des ménages reculent dans plusieurs pays de la zone euro. Dans ce contexte, le message de l'Eurogroupe reste le même: poursuivre l'assainissement budgétaire et faire en sorte que les Etats membres de la zone euro arrivent à leurs OMT en 2010. Dans le même temps, M. Juncker a de nouveau écarté l'idée d'un plan de relance budgétaire dans la zone euro. « Nous n'avons pas besoin en Europe d'un plan de relance à l'américaine », car l'Europe fait toujours preuve d'une assez bonne résistance aux chocs externes. « Nous n'allons pas être totalement imperméables à l'influence négative de l'économie américaine mais, en même temps, il y a une grande résilience de nos économies », confirme le commissaire aux Affaires économiques et monétaires, Joaquín Almunia, qui note que les indicateurs lancent actuellement des « signaux mitigés ».
Confrontée à la forte inflation (encore 3,2% en février), la zone euro devra quoi qu'il en soit éviter les effets de second tour, a martelé M. Juncker. Assurant avoir « beaucoup de compréhension » pour les soucis dont la Confédération européenne des syndicats (CES) se fait l'écho, en appelant à une réévaluation des salaires en Europe pour faire face à la hausse des prix des produits pétroliers et alimentaires, M. Juncker rappelle fermement que « la modération salariale reste de mise ». Il n'est pas possible d'émettre des recommandations sans nuances pour l'ensemble de l'économie de la zone euro, de sorte que si les salaires peuvent augmenter, au terme d'une évaluation secteur par secteur, cette hausse doit rester en ligne avec les gains de productivité réalisés, explique-t-il.
Alors que l'euro a atteint un nouveau sommet historique lundi et que le dollar reste au-delà de 1,52 euro, le président de l'Eurogroupe a répété le message habituel des instances du G7 sur les changes, avec toutefois une pointe d'inquiétude supplémentaire. Une volatilité excessive et des mouvements désordonnés ne sont pas profitables à la croissance économique, mais « pour la première fois, nous disons que dans les circonstances actuelles nous sommes préoccupés par les mouvements de change excessifs », a reconnu
M. Juncker. « Nous avons constaté que les marchés « surréagissent » par rapport aux indicateurs de court terme » et qu'ils devraient accorder plus de crédit aux fondamentaux économiques, a-t-il insisté, estimant que « les taux de change actuels ne reflètent pas à suffisance les données fondamentales ». Et de montrer une certaine impatience face à la dégringolade de la monnaie américaine. « Nous avons noté dans les propos des autorités américaines la phrase significative, répétée à intervalles réguliers, qu'un dollar fort est dans l'intérêt de leur économie », ajoute en effet M. Juncker. Une façon d'appeler les Etats-Unis à agir plus activement en faveur d'une appréciation du dollar, qui semble partagée par le président de la Banque centrale européenne, Jean-Claude Trichet, qui, s'exprimant avant la réunion, a jugé « très important ce qui a été affirmé et réaffirmé par les autorités américaines ».
Enfin, passant en revue les programmes de stabilité de huit pays de la zone euro concernés par cet exercice lors de l'Ecofin du lendemain, M. Juncker n'a pas observé de risques particuliers pour leur trajectoire d'ajustement budgétaire. Et de reconfirmer « pour tous les pays examinés aujourd'hui la nécessité qu'il y a pour eux d'arriver à leur objectif à moyen terme en 2010 ». L'avis du commissaire Almunia est le même. Il recommande à ceux qui sont déjà parvenus à leur OMT (Irlande, Espagne, Slovénie, Allemagne) de s'y maintenir pour assurer la viabilité à long terme de leurs finances publiques et semble satisfait de ceux qui s'orientent vers l'OMT avant fin 2010 (Portugal, Malte, Autriche), malgré certains risques et un manque d'ambition parfois (EUROPE n° 9601). Dans le cas de la Grèce, les autorités ont été invitées à accélérer au plus vite l'assainissement budgétaire pour parvenir à l'OMT avant la fin 2010. Alors que les autorités grecques prévoient de réduire le déficit à 1,6% du PIB en 2008 (contre 2,7% en 2007), la Commission avait constaté certains risques pour cette trajectoire (EUROPE n° 9605). Si des changements intervenaient, nos prévisions de printemps les reflèteront, a précisé le commissaire. (A.B.)