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Bulletin Quotidien Europe N° 9615
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Points forts et faiblesses des partenariats que l'UE propose à l'Afrique

La relance annoncée du dialogue sur les relations futures entre l'UE et l'Afrique doit tenir compte des bouleversements profonds qui agitent et continueront à agiter ce continent. L'Afrique est devenue le théâtre privilégié de la bataille mondiale pour les ressources énergétiques et les minerais, avec la participation de la Chine, des Etats-Unis et bientôt aussi de la Russie. Pour certains grands pays africains, les relations avec l'Europe pourraient perdre progressivement de leur importance. Les prochaines négociations sur les Accords de partenariat économique (APE) ne peuvent pas ignorer ces évolutions. Les informations disponibles offrent déjà large matière à réflexion. La plupart des conflits qui continuent à endeuiller certaines zones sont plus ou moins liés directement au contrôle du pétrole ou du gaz ou d'autres ressources naturelles; en comparaison, les appels aux règles démocratiques et aux droits de l'Homme peuvent parfois paraître rhétoriques ou ingénus. Les négociations sur les APE risquent-elles de devenir un exercice théorique ?

La Chine et le cuivre du Congo. Considérons les accords de la République du Congo (RDC) avec la Chine. Paul Fortin, président de la Gécamines, la société d'Etat congolaise qui a conclu l'accord le plus spectaculaire, s'est expliqué dans une interview à la journaliste belge Colette Braeckman. Il a confirmé que les Chinois se sont engagés à prêter à l'entreprise qu'il dirige neuf milliards de dollars, dont trois tout de suite, en expliquant: «qui aurait pu aujourd'hui prêter à la RDC trois milliards de dollars à un taux préférentiel, pour construire des infrastructures indispensables ? Ni la Banque mondiale, ni l'UE, ni d'autres. Seule la Chine a une telle accumulation de dollars à recycler». En échange, la Gécamines s'est engagée à fournir dix millions de tonnes de cuivre ! Des équipes chinoises sont déjà sur place, une grosse mine sera bientôt mise en exploitation sur la base d'un partenariat (68% pour les Chinois, 32% pour Gécamines). Les prêts serviront à construire 3.000 kilomètres de routes et 145 hôpitaux, à réhabiliter des voies ferrées et d'autres infrastructures, et à remettre à neuf les installations minières, opérations que Gécamines, plombée par un milliard de dollars de dettes, ne pourrait pas mener à bien. Et M. Fortin de conclure que cette opération, définie pendant une négociation de deux mois sans répit conduite en Chine même, «a épaté le monde entier. Tout va aller très vite pour que les Congolais puissent rapidement voir les résultats». La production de cuivre devrait atteindre un million de tonnes d'ici cinq ans, faisant du Congo le deuxième producteur mondial (après le Chili).

Pétrole africain pour les Américains. Deuxième exemple, le pétrole. Ce ne sont pas seulement les pays grands producteurs comme le Nigeria et le Soudan qui sont impliqués. Les Etats-Unis prévoient que d'ici quelques années le pétrole africain couvrira 25% de leurs besoins. Ils s'intéressent au Kenya en tant que pays de transit et centre commercial. Ils avaient envisagé d'y installer le quartier général de leur présence armée en Afrique (African Command). Les conflits internes kenyans, qui ont fait tellement de bruit, auraient opposé les forces politiques favorables ou hostiles à cette installation. Le Kenya aspire à devenir un hub pour le traitement et l'exportation des ressources en pétrole et minerais de toute la zone, et le centre pour les services financiers. En particulier, le pétrole du Soudan du Sud passerait par le Kenya en direction de Mombasa (en concurrence avec Port-Soudan), avec des dérivations vers Ouganda, Rwanda et Congo. L'indépendance éventuelle de la partie méridionale du Soudan pourrait faire partie d'une stratégie américaine à l'égard de la Chine, laquelle a pratiquement pris le contrôle de tout le pétrole du Soudan du Nord.

Le «partenariat» chinois. La présence croissante de la Chine en Afrique, tout le monde en parle. En plus des prêts et des investissements, elle se fonde aussi sur la fourniture de produits de consommation à bas prix. L'ambassadeur de Pékin au Sénégal, en s'exprimant récemment à une conférence organisée à Dakar par la Fondation Gabriel Péri, a affirmé: « Désormais, les Africains ont de nouveaux partenaires», en mettant l'accent sur les investissements et les prêts mais aussi sur l'arrivée croissante de produits chinois de grande consommation à des prix qui défient toute concurrence (80 centimes d'euro pour des chaussures pour enfants). Certains observateurs ont souligné les aspects négatifs de cette omniprésence chinoise: les prêts relancent la dette africaine, les produits à bas prix annulent les efforts de productions locales, le soutien sans conditions est souvent dirigé vers des régimes dictatoriaux, la coopération prend parfois une forme militaire ou de fourniture d'armes, l'aspect environnemental est négligé. J'entends y revenir.

Mais les faits sont là et certains pays africains peuvent estimer que les accords compliqués et assortis de conditions proposés par l'UE ne pèsent pas lourd face aux initiatives chinoises. (F.R.)

 

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