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Bulletin Quotidien Europe N° 9612
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Kosovo: respecter les conditions d'une évolution inéluctable

L'évolution en cours au Kosovo est peut-être inéluctable. L'histoire prouve que ce sont les populations qui habitent un territoire qui, en définitive, en déterminent le sort, sauf à intervenir par la force. Or, heureusement, personne ne recherche un nouveau conflit armé. Il est vrai que le Kosovo a été le berceau de la nation serbe et que les témoignages notamment religieux subsistent sur place ; mais les 90% de la population actuelle ont d'autres origines, une autre culture, une autre religion. C'est ainsi que l'histoire a tourné. On pourrait citer des exemples analogues partout. Les témoignages peut-être les plus splendides de l'art arabe sont en Espagne et en Sicile, où aujourd'hui d'autres populations résident avec leur culture, leurs langues et leurs croyances. En même temps, des populations arabes résident aujourd'hui dans le territoire où l'Egypte ancienne a laissé les témoignages d'une civilisation qui fleurissaient quelques millénaires auparavant ; elles en sont devenues orgueilleuses. Lorsque ces bouleversements se produisent, les civilisations successives doivent respecter celles qui les ont précédées et leurs représentants ; le fanatisme qui a amené les Talibans à détruire, en Afghanistan, les sculptures millénaires des Bouddhas anciens est inacceptable. Conclusion: l'évolution est inévitable mais les conditions doivent être précisées et respectées.

Les conditions de l'indépendance. Le Kosovo indépendant doit respecter à la fois la civilisation précédente et ses vestiges, les minorités ethniques actuelles et aussi, à mon avis, le droit pour les Serbes qui occupent la zone frontalière à choisir eux-mêmes leur avenir (voir cette rubrique d'avant-hier). En outre, le Kosovo en tant qu'Etat doit avoir l'ambition et la dignité de devenir un pays autosuffisant, vivant de son travail et de son organisation et non de subventions ou de trafics illicites. Sous l'angle économique, tout est à faire. Le soutien de l'UE est assuré et celui d'autres donateurs est prévu, mais l'effort doit être d'abord national. L'UE va déployer au Kosovo la principale mission externe de son histoire, en fournissant et en finançant des forces de police, des juges, des douaniers, des experts fiscaux. Les ressources et les instruments dont Javier Solana dispose en tant que Haut représentant de la PESC et de la PESD sont loin d'être suffisants ; les ressources budgétaires de l'aide au développement, dont la Commission européenne a la responsabilité, ainsi que les budgets des Etats membres, devront largement intervenir. C'est normal, la solidarité doit jouer.

Mais il faudra prévoir des délais et des limites, en tenant compte des efforts et des progrès des autorités et de la population kosovares. La Bosnie-Herzégovine n'est pas un exemple à suivre, ni du point de vue des résultats, ni de la durée du soutien de l'UE. Les analyses de la situation au Kosovo indiquent l'ampleur du chemin à parcourir. Je cite d'après les analyses: le pays importe quatorze fois plus de marchandises qu'il n'en exporte et l'économie est largement souterraine, voire mafieuse; il n'exploite qu'une petite partie de ses réserves de lignite, bauxite et nickel et de ses ressources hydro-électriques potentielles. Le chômage correspond à la moitié de la population active, l'électricité est régulièrement coupée. Une telle description est à la fois déprimante et encourageante: déprimante car aucun progrès significatif n'a été constaté depuis que l'aide de l'UE se déploie amplement (1999) ; encourageante parce que les ressources naturelles et humaines existent. Un large soutien sera assuré pendant plusieurs années. Une «conférence des donateurs» sera organisée en été par la Commission européenne et la Banque mondiale afin que d'autres pays et organismes participent à l'effort. Mais des plafonds et des échéances (la mission EULEX est prévue pour trois ans) devraient être introduits ; les investissements privés, il faudra les mériter. Et la lutte contre le trafic de drogue (selon une source de haut niveau, 90% de l'héroïne qui arrive en Italie passe par le Kosovo) doit être sérieuse.

Un exemple de dialogue des cultures ? L'adhésion envisagée du Kosovo à l'UE en tant que membre de plein droit pourrait représenter un tournant historique en tant que premier Etat musulman membre de l'Union. Il est évident que l'adhésion présuppose, comme pour tout autre candidat, le respect des principes européens notamment en matière de liberté d'expression, liberté religieuse, respect de tous les cultes.

Ce serait une révolution bienvenue par rapport à la situation que l'on constate souvent dans les pays qui se proclament eux-mêmes musulmans. Ces pays ont droit de se comporter chez eux à leur guise. Mais je doute que des lois ou des pratiques, comme la peine de mort pour l'apostasie ou les réactions violentes contre un Etat membre dont la presse a publié des caricatures, seraient compatibles avec les principes européens. Le Kosovo pourrait apporter la preuve qu'une population musulmane à 90% accepte et pratique la liberté d'expression, la liberté religieuse et la liberté tout court. Ce serait, pour le « dialogue des cultures » que l'on invoque, bien plus efficace et réel que certaines conférences ou débats universitaires. (F.R.)

 

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