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Bulletin Quotidien Europe N° 9610
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

UE/Kosovo: quelques constatations dépassant les affirmations officielles

Il est facile de critiquer la position européenne dans l'affaire du Kosovo, beaucoup plus difficile d'indiquer objectivement ce que l'UE aurait pu faire d'autre. La situation était douloureusement simple: les 90% de la population du Kosovo refusent d'appartenir à la République serbe ; il y a quelques années, Serbes et Kosovars se battaient dans une guerre cruelle dont les responsabilités étaient partagées ; il a fallu l'intervention armée de l'Occident (elle aussi excessive quant à certains aspects) pour y mettre fin ; les longs et patients efforts pour organiser une coexistence ont échoué. On peut rejeter l'attitude de l'UE, à la condition d'indiquer au moins les grandes lignes d'une solution alternative raisonnable et viable. L'UE a fait le maximum en s'engageant à accueillir l'un et l'autre des Etats désormais séparés comme de futurs membres. En une phrase: l'attitude de l'UE est positive et constructive malgré les divergences entre ses Etats membres.

Cette constatation globale ne doit toutefois pas conduire à négliger les objections et les mises en garde, aussi bien dans quelques capitales qu'au sein du Parlement européen (voir cette rubrique d'hier), ainsi que les remarques d'observateurs et commentateurs. J'ai consacré quelques jours à me documenter et cette rubrique va s'efforcer de résumer les constatations et enseignements qui en résultent.

1. Les répercussions ailleurs sont inévitables. Il est irréaliste ou ingénu de prétendre que la reconnaissance d'un nouvel Etat proclamé à l'initiative de la population concernée n'aura pas de répercussions dans d'autres régions du monde. Certes, selon le texte officiel de l'UE, le Kosovo représente un cas unique qui ne constitue en aucun cas un précédent ; mais c'est un espoir, un souhait, pas une réalité. Devant les parlementaires européens, le ministre serbe des Affaires étrangères a dénoncé la gravité d'un «acte de sécession pour raisons ethniques». En reconnaissant que, par le passé, les Kosovars avaient été opprimés, il a établi un rapprochement entre les Kurdes d'Irak sous Saddam Hussein et les Kosovars sous Milosevic, en constatant que, dans les deux cas, l'oppression a pris fin et que pourtant la communauté internationale ne reconnaît pas l'indépendance du Kurdistan irakien. En Espagne, El País a confirmé que les autorités basques et le parti PNV réuniront d'ici 8 mois l'organisme (consulta) d'autodétermination. L'Ossétie et l'Abkhazie estiment avoir davantage de raisons que le Kosovo pour décider de leur destin. Ce n'est qu'un commencement.

2. Les intellectuels s'interrogent. Claudio Magris, auteur de Danube, chef-d'œuvre irremplaçable pour comprendre la réalité historique et la mentalité des populations du vaste bassin de ce fleuve, a posé la question de départ: quelle est la dimension qui attribue à un groupe national le droit de devenir un Etat ? Il dénonce «la prétention délirante de faire de toute nationalité un Etat» l'assimilant à «une barbarie, un appel de la forêt». Timothy Garton Ash a rappelé que les membres de l'UNPO (Organisation des peuples et nations qui n'ont pas de représentation officielle au niveau international) sont au nombre de 69 (de l'Abkhazie à Zanzibar par ordre alphabétique) et que chacun d'eux se considère comme un cas particulier. Il n'existe pas de critère pour déterminer quel groupe peut réclamer le droit à l'autodétermination, et M. Garton Ash de conclure: «bien sûr le Kosovo constitue un précédent ! »

J'ai cité deux personnalités ayant une audience internationale ; je pourrais en citer d'autres ayant les mêmes perplexités et aboutissant, chacun avec son accent spécifique, à des conclusions analogues.

3. Les raisons de l'attentisme serbe. Les populations d'origine serbe dans les pays voisins (surtout au Kosovo même et en Bosnie-Herzégovine) sont devenues les premières à avoir droit à l'autodétermination, pour des raisons évidentes. Si elles se taisent pour le moment et si, à Belgrade, aucune revendication n'est avancée en ce sens, c'est simplement parce que la position officielle est que «tout le Kosovo est serbe et doit le rester». Un leader des Serbes de Mitrovica a déclaré: « Nous continuerons à vivre comme avant, en suivant les lois de la Serbie, avec nos propres institutions et en votant aux élections serbes». Mais lorsque la situation se sera clarifiée (et elle ne pourra l'être que dans le sens de l'indépendance du Kosovo), qui pourra contester aux Serbes cités la même liberté de décision ? C'est plutôt le Premier ministre kosovar Hashim Thaçi qui semble en dehors de la réalité lorsqu'il affirme: «Le Kosovo est un et indivisible, son territoire est reconnu et garanti au niveau international». Or, il est exactement reconnu et garanti comme le territoire de la République serbe ; qui peut de bonne foi déclarer intouchable une frontière et pas l'autre ?

D'autres éléments sont à prendre en considération, notamment la viabilité économique en tant qu'élément indispensable d'une indépendance véritable. Cette rubrique y reviendra.

(F.R.)

 

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