Il faut avoir confiance dans la créativité européenne. De nombreux signes et informations indiquent que l'Europe bouillonne d'idées en vue de rendre l'énergie moins polluante, plus abondante et moins chère. Ceci est vrai aussi bien sur le plan scientifique et technique que sur le plan politique et administratif. Ce qui est annoncé par les inventeurs et par les savants est parfois mirobolant, et il faut sans doute appliquer le principe de précaution et tenir compte du pourcentage de rêveurs, d'ambitieux qui échoueront, et même de tricheurs. Mais de nombreux projets et initiatives méritent confiance. Le niveau ahurissant (et injustifié) du prix du pétrole ouvre la voie à des réalisations qui autrefois paraissaient trop coûteuses, et quelques domaines qui étaient marginaux connaissent aujourd'hui des développements significatifs et prometteurs.
Pour une attitude positive. Les forces politiques devraient elles aussi faire preuve de confiance. Par exemple, l'attitude des verts (y compris leur groupe politique au sein du Parlement européen) laisse parfois perplexe. Leurs mérites sont indiscutables: ils ont joué et continuent à jouer un rôle essentiel dans la prise de conscience des enjeux réels (défense de la nature, lutte contre les pollutions et les abus de certaines industries, batailles pour la santé) et leur action continue à être indispensable. S'ils ne sont pas plus puissants dans la réalité politique, c'est tout simplement parce que leurs thèmes et leurs revendications sont repris, parfois volés, par les autres forces politiques. Toutefois, actuellement l'attitude des verts dans le domaine énergétique donne l'impression d'une opposition systématique: dans les sources alternatives, ils ne voient que les aspects négatifs. Dénoncer les lacunes et les dangers, c'est nécessaire. Il faut combattre les déviations des biocarburants lorsqu'ils risquent de remplacer une production alimentaire indispensable, mais sans rejeter la filière en elle-même ni l'accuser de provoquer la faim dans le monde ! Il faudrait plutôt soutenir le passage à la «seconde génération», qui n'utilise pas de matières premières alimentaires mais le lisier, les copeaux, la paille. Les projets existent, fondés sur des critères «durables»: pas de déforestation ; production et transport ayant un bilan CO2 positif ; développement de cultures purement énergétiques, ayant de bons rendements par hectare et économes en eau, engrais et pesticides et qui ne remplacent pas les cultures alimentaires. En Europe, les responsables des difficultés alimentaires annoncées ne sont pas les biocarburants, mais les attitudes qui ont abouti à réduire l'activité agricole pour ouvrir les frontières aux produits agricoles du monde entier, sous le prétexte (fallacieux) d'aider les exportations des pays pauvres. Il en est résulté la jachère obligatoire, la réduction des surfaces cultivées, l'obsession de la productivité (qui provoque la vache folle et l'empoisonnement de l'eau). Ici, les verts aussi ont leurs responsabilités.
Idem pour l'énergie éolienne: au lieu de la condamner en général, il vaudrait mieux en souligner les aspects positifs, tout en réclamant qu'elle soit développée exclusivement là où elle ne détruit pas d'autres activités utiles et ne détériore pas les paysages.
En une phrase: l'attitude à l'égard des énergies alternatives devrait être vigilante mais positive.
Le débat nucléaire. La situation est plus complexe pour l'énergie nucléaire. Les arguments pour ou contre sont, les uns comme les autres, sérieux et en partie justifiés ; on ne peut pas les écarter par un haussement d'épaule. Le débat doit se poursuivre, mais un compromis politique sur une attitude uniforme de l'UE est pour le moment impensable, il faut accepter que les positions diffèrent d'un Etat membre à l'autre. Ce n'est pas une solution définitive. J'attends avec beaucoup d'intérêt les conclusions auxquelles aboutira le colloque international (y participera aussi la Russie) que l'association Confrontations Europe organise les 27 et 28 mars à Paris sur le thème: « La renaissance du nucléaire: un enjeu pour l'Europe ». Sans prétendre dicter des solutions, Philippe Herzog et Claude Fischer entendent par leur initiative relancer le débat au sein du Conseil de l'Union. Entre-temps, chaque pays suit sa voie. Ce n'est pas l'idéal, mais c'est ainsi.
Les sources alternatives sont au nombre de quatre. Les sources d'énergie citées se trouvent, toutes les trois, dans une période de progrès et d'innovations. La filière des biocarburants est engagée dans sa «deuxième génération» ; le résultat sera très largement déterminé par les disciplines, les modalités et les soutiens qui seront décidés au niveau politique. L'énergie éolienne parle elle aussi de deuxième génération et elle annonce La porte d'entrée vers la génération du vent (titre de la conférence que l'EWEA organise à Bruxelles du 31 mars au 3 avril). Les fabricants de centrales nucléaires en sont aux réacteurs de la troisième et quatrième génération. Et il ne faut jamais oublier que pour l'Europe la principale source supplémentaire est la quatrième: les économies d'énergie, qui peuvent correspondre à un tiers de la consommation actuelle.
(F.R.)