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Bulletin Quotidien Europe N° 9592
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Quelques réflexions préliminaires sur la révision de la politique agricole commune - Calendrier et divergences

Affirmer que l'agriculture représente aujourd'hui pour l'Europe une priorité politique, stratégique et économique (voir cette rubrique d'avant-hier) ne signifie pas méconnaître l'exigence de réviser la politique agricole commune (PAC). Au contraire: au moment où la signification de cette politique aura été reconnue, il sera plus aisé d'en condamner les erreurs, les gaspillages et les abus, et de les supprimer. La réflexion a, en pratique, déjà commencé même si elle ne prendra son caractère formel qu'au second semestre de l'année. La France, qui présidera alors le Conseil, s'y prépare. Michel Barnier, ministre de l'Agriculture, avait la semaine dernière transporté à Bruxelles son cabinet au complet, il avait inclus deux parlementaires nationaux dans la délégation française au Conseil Agriculture, et il avait participé au colloque «Adapter la PAC aux nouvelles réalités» organisé par l'association «Les amis de l'Europe». Il a en même temps souligné le rôle essentiel de la Présidence slovène actuelle, tout aussi importante à ses yeux que celle future de son pays: « Ce que pourra faire la France, se fondera sur les résultats de la Présidence slovène.»

La réflexion budgétaire peut attendre. Il est d'ailleurs impossible de séparer radicalement le débat en cours au titre du bilan de santé de la PAC et le débat sur l'avenir, car les décisions immédiates détermineront en partie les orientations futures. Les mesures résultant du bilan de santé sont attendues pour l'été, ou au début de l'automne, dans la première phase de la Présidence française ; le débat sur la révision de la PAC s'ouvrira au Conseil informel des 20, 21 et 22 septembre à Annecy, avec le regard sur ce que sera la PAC après 2013, lorsque les dispositions financières actuelles auront expiré. M. Barnier a annoncé qu'il présentera à Annecy un «document d'orientation». Il souhaite que la réflexion porte d'abord sur le contenu et les objectifs de la nouvelle PAC, et que l'aspect «financement» soit abordé plus tard, à la lumière des objectifs qui auront été retenus (voir notre bulletin n° 9587). Le volet financier ne sera donc pas négocié sous présidence française mais vraisemblablement lorsque le nouveau Parlement et la nouvelle Commission auront pris leurs fonctions, à partir de 2009. Ce qui a permis à M. Barnier d'anticiper que son pays s'opposera à ce moment-là à une baisse des crédits affectés à la PAC et à la renationalisation des dépenses.

Les points de départ… Il ne revient évidemment pas à la présidence d'anticiper les résultats de la réflexion du Conseil, dont tous les Etats membres seront protagonistes. Et les rôles de la Commission et du Parlement seront essentiels. Dans son intervention au colloque des Amis de l'Europe, Michel Barnier a rappelé ce qui devrait représenter, à son avis, le point de départ de la réflexion, à savoir: la production alimentaire mondiale devrait doubler d'ici 2050 pour nourrir l'humanité future et faire face à la transformation des habitudes alimentaires ; à l'heure actuelle, la production alimentaire est inférieure à la demande et les réserves se situent au niveau le plus bas ; l'expansion de la production devra respecter les exigences de la durabilité, de la sécurité et de la qualité. En Europe, l'activité agricole ne devra pas être concentrée dans certaines zones ou régions, comme elle l'est aux Etats-Unis, mais répartie dans l'ensemble du territoire, et une «structure institutionnelle» restera indispensable. Certes, la PAC sera sensiblement révisée, pour devenir plus équitable et plus durable, mais elle représentera un pilier de l'activité européenne, ensemble avec les nouvelles politiques en gestation de l'énergie, de la recherche et de l'immigration.

… qui ne sont pas admis par tous. Les points de départ cités sont-ils vraiment partagés ? Rien n'est moins sûr, car, dans la même réunion des Amis de l'Europe, le représentant du gouvernement suédois a exposé des opinions radicalement différentes. Á son avis, la hausse actuelle des prix agricoles doit permettre de réduire les dépenses de la PAC: les agriculteurs gagnent de l'argent et ils peuvent investir. De toute manière, il faut poursuivre les efforts pour améliorer la compétitivité de l'agriculture européenne, et supprimer non seulement les restitutions à l'exportation mais aussi les subventions à la production, en direction du «niveau zéro», car l'agriculture est une activité économique comme les autres et les producteurs agricoles sont des hommes d'affaires comme tous les autres. L'idée que la compétitivité à tout prix ait déjà provoqué l'abandon de milliers de variétés végétales en Europe et qu'elle soit à l'origine de la vache folle (il est «plus compétitif» de nourrir les veaux avec des farines animales qu'avec le lait maternel) et de l'empoisonnement de l'eau par les nitrates, ne semble pas déranger le responsable suédois.

On le voit, les positions de départ sont claires. Le débat peut commencer.

(F.R.)

 

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