Bruxelles, 22/06/2007 (Agence Europe) - Pascal Lamy a cherché vendredi à ranimer l'espoir d'un accord multilatéral sur le commerce mondial au lendemain de la réunion de Potsdam où les négociateurs du G-4 (Union, Etats-Unis, Brésil et Inde) ne sont pas parvenus à surmonter leurs divisions et ont prématurément quitté la table des négociations (EUROPE n° 9451). « Une convergence préalable entre [les membres du G-4] aurait été utile pour ouvrir la voie à une convergence multilatérale. Mais 'utile' ne signifie pas 'indispensable'. Cette négociation est un effort entre 150 membres de l'OMC », a souligné le directeur général de l'OMC, avant de poursuivre: « le processus de négociation est conduit par les présidents de Comité de négociations, qui ont la responsabilité de mettre sur la table des projets de compromis dans leurs domaines respectifs ». « J'appelle maintenant les membres du G-4 à contribuer au processus multilatéral qui continuera dès aujourd'hui à Genève », conclut M. Lamy. Les présidents du Comité de négociations agricoles et du Comité de négociations sur les produits industriels (NAMA), Crawford Falconer et Don Stephenson, rendront publics, la semaine prochaine, leurs textes de compromis révisés.
Jeudi, les partenaires du G-4 ont réaffirmé leur engagement dans le processus multilatéral. « Nous y croyons et ferons tout pour qu'il fonctionne », a assuré le commissaire au Commerce Peter Mandelson. Sa collègue à l'Agriculture, Mariann Fischer-Boel, s'est montrée plus perplexe. « Nous espérons que ce processus pourra mieux faire, mais, franchement, je ne suis pas optimiste », a-t-elle déclaré. Sans compromis au G-4, il est en effet difficile désormais d'imaginer que les 150 membres de l'OMC parviendront, en juillet, à un compromis sur la base des textes d'accord promis par M. Lamy dans le but de boucler le round d'ici fin 2007. Car ces textes n'empêcheront probablement pas les discussions de se figer au moins jusqu'en 2009, dans l'attente des élections américaines et indiennes.
Divergences sur les causes de l'échec
A l'issue de leur réunion, les membres du G-4 se sont rejeté la responsabilité de l'échec de Potsdam. Responsables américains et européens ont accusé le Brésil et l'Inde de ne pas leur avoir renvoyé l'ascenseur après leurs concessions en matière agricole en refusant d'ouvrir leurs marchés industriels et des services. « Je pense que l'effort que nous demandions aux pays en développement avancé n'était pas déraisonnable. Nous leur demandions de réduire un tarif douanier sur deux frappant les produits industriels de 1,3 point de pourcentage. Ce sont des économies à croissance rapide et compétitive dans beaucoup de secteurs - l'automobile, les textiles et l'aviation par exemple. Dans le cas de la plupart de ces économies, ce qui est envisagé est juste de poursuivre la libéralisation qu'ils ont eux-mêmes entreprise depuis une décennie », a expliqué jeudi M. Mandelson. « Le paquet sur la table n'aurait pas suffi à générer des flux commerciaux, à soutenir le développement et à faire reculer la pauvreté », a pour sa part estimé l'Américaine Susan Schwab. « L'effort demandé au Brésil et à l'Inde sur les NAMA est minimal par rapport aux protections dont ces pays disposent », a-t-elle ajouté, en référence aux exemptions (produits spéciaux et mécanismes de sauvegarde spéciale) à un accès au marché agricole accru demandées par le G-20. Le secrétaire américain à l'Agriculture, Mike Johanns, a quant à lui accusé Brésiliens et Indiens d'avoir « déplacé les buts de la négociation au moment où une issue était en vue », en augmentant leurs exigences sur les NAMA. « L'Union ne peut négocier avec trois fois rien en retour », a insisté M. Mandelson, qui a pourtant fait part de la flexibilité européenne en matière agricole. « Nous étions disposés à mettre sur la table notre dernière carte », a-t-il assuré. Cette ultime offre aurait reposé sur une plus forte réduction des droits de douane agricoles européens les plus élevés. Outre une réduction moyenne « de plus de moitié » de ses tarifs, l'élimination de ses subventions à l'exportation d'ici à 2013 et une réduction de plus de 70% de ses soutiens internes, « l'Union a aussi mis sur la table ses produits sensibles comme le bœuf, en offrant à l'Argentine de nouvelles possibilités d'exporter sa viande bovine », a expliqué Mme Fischer-Boel. « Mais nous avons renoncé à abattre cette carte après avoir constaté qu'un tel geste n'aurait suscité aucune concession de nos partenaires », a conclu M. Mandelson.
Les négociateurs brésilien et indien ont pour leur part accusé leurs partenaires du Nord de vouloir perpétuer les déséquilibres du commerce mondial. Le Brésilien Celso Amorim a souligné que la libéralisation des marchés agricoles était à l'origine des désaccords. « Il n'y avait ni logique, ni justice » dans les propositions américaines, a déploré son homologue indien Kamal Nath, en référence à l'offre de Washington de limiter à 17 milliards de dollars par an (contre 22 milliards dans son offre initiale) ses soutiens internes. Une concession insuffisante pour le G-20 qui exige un plafond de 12 à 15 milliards. Au-delà des chiffres, « ce que recherchent les pays riches, c'est la perpétuation des inégalités du commerce mondial », a ajouté M. Nath avant de conclure: « Le round de Doha doit créer des flux commerciaux des pays en développement vers les pays développés et non l'inverse ». (eh / lc)