*** JOHN MCCLINTOCK: The Uniting of Nations. An Essay on Global Governance. Presses Interuniversitaires Européennes - Peter Lang (1 av. Maurice, B-1050 Bruxelles. Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). 2007, 281 p.. ISBN 90-5201-049-6.
C'est un fait, le multilatéralisme et la gouvernance à l'échelle planétaire - pour aussi imparfaits qu'ils étaient déjà dans le passé - ont pris de sérieux coups de boutoirs ces dernières années et l'espoir que certains avaient pu entretenir de voir le monde évoluer vers une ère plus pacifique après la fin de la guerre froide a fondu comme neige au soleil. Pourtant, il en est qui veulent continuer à croire qu'un autre monde est possible. John McClintock et Xavier Guigue, qui a collaboré au présent ouvrage, sont de ceux-là. John McClintock, agronome et économiste de formation, a vécu une dizaine d'années en Afrique dans les années 90, dont quatre au service de la Commission européenne en Sierra Leone. "Je pense avoir été témoin de l'enfer dans ce pays à cette époque", explique-t-il en se remémorant les mois de guerre civile dont il a été témoin. Il fut par la suite envoyé en poste pour quatre ans en Pologne dans le cadre de la préparation de ce pays à l'adhésion, ce qui l'a amené à s'interroger sur le sens des efforts consentis: "J'ai réalisé que la Pologne travaillait pour ne pas être happée par ce qui a happé la Sierra Leone", commente-t-il. De là est née une réflexion sur la place unique de l'Union européenne dans le monde et sur la gouvernance mondiale car, pour reprendre les mots de l'auteur, "pourquoi ce qui a été offert à la Pologne ne pourrait-il pas être offert au monde?".
Que ceux qui tremblent à l'idée d'une adhésion de la Turquie se rassurent, John McClintock et Xavier Guigue ne plaident pas pour un élargissement tous azimuts de l'Union, mais plutôt pour prendre des éléments de cette dernière comme modèle pour une nouvelle gouvernance mondiale. Pour aller quelque part, mieux savoir d'où l'on part et John McClintock se propose donc, dans un premier temps, de brosser le tableau général de l'état du monde. Un tableau plutôt impressionniste qui ne prétend pas à l'exhaustivité: il s'agit plutôt d'identifier les dysfonctionnements du système de gouvernance mondial actuel et de rappeler les menaces qui pèsent sur l'ensemble de l'humanité, cette humanité où, comme le disait Jean-Paul II, "tous sont responsables pour tous". John McClintock est conscient que ces menaces "sont fréquemment abordées - de fait, certaines d'entre elles ont été discutées, débattues et mastiquées ad infinitum", mais juge qu'elles le sont de manière peu concluante. Le livre continue ensuite le diagnostic en jaugeant notamment la capacité de gouvernance des systèmes internationaux et des Etats (dont les Etats en échec, les "failed States") et en évaluant et en comparant les "performances" de l'Union européenne et de l'Onu.
Ce tour d'horizon accompli, vient l'essentiel de l'ouvrage, c'est-à-dire la formulation de propositions concrètes basées sur les options possibles. En étant très réducteur, disons que l'idée générale est de s'inspirer du succès de l'Union européenne à réguler les relations de ses vingt-sept Etats membres pour mettre sur pied une nouvelle organisation, une union mondiale des démocraties pour répondre aux problèmes mondiaux et encadrer la quête de puissance des nations. En fait, il s'agirait plus précisément d'une union mondiale des entités gouvernantes démocratiques, l'idée étant d'arriver à terme à une sorte d'union des unions, inspirée du modèle de l'Union européenne. Bien entendu, une telle union ne se ferait pas du jour au lendemain et l'auteur ou plutôt les auteurs, en y incluant Xavier Guigue, plaident pour un début modeste, qui pourrait être suivi d'une croissance lente et continue comme celle qu'a connue l'Union européenne au cours de ses près de soixante ans d'existence. Le livre ne se contente pas de jeter cette idée sur la table mais propose, entre autres, une architecture et tente de prédire quelles pourraient être les retombées de ce système en matière de gouvernance mondiale, notamment en "simulant" l'efficacité du concept sur deux thèmes concrets, la lutte contre le réchauffement climatique et la pauvreté endémique dans le monde.
John McClintock et son acolyte ne sont pas les premiers à se pencher sur cette question fondamentale. "Pendant des siècles, la quête de la paix, de la justice et de l'ordre a occupé les esprits des penseurs des affaires internationales, reconnaît John McClintock dans une brève présentation des différents courants de pensée, de l'ensemble desquels il a puisé des éléments, ne voulant pas "se restreindre à quelque perspective théorique unique", même si la proposition de ce livre se base plutôt à la fois sur des éléments constructivistes et fonctionnalistes. Certes, la démarche est ambitieuse, elle pourrait même être qualifiée par certains d'utopique. Mais qui n'essaie rien n'a rien, et bien des idées qui nous paraissent couler de source furent qualifiées d'utopiques en leur temps, même par ceux qui les formulèrent. John McClintock et Xavier Guigue sautent donc le pas en soumettant cette idée à la discussion publique. Et ceux qui n'accrocheraient pas à la solution préconisée trouveront toutefois une analyse intéressante de l'état du monde en cet ouvrage.
Frederik Ronse
*** The Federalist Debate. Papers for Federalists in Europe and the World. Einstein Center for International Studies (26 via Schina, I-10144 Torino. Tél./fax: (+39-011) 4732843 - Courriel: federalist.debate@libero.it - Internet: http://www.federalist.debate.org ). 2007, n° 1, 64 p.
Cette publication fédéraliste s'intéresse notamment, dans ce numéro, à l'Organisation des Nations unies dans la foulée de la nomination du Secrétaire général Ban Ki Moon. Sir Brian Urquhart y plaide pour la création d'une Force d'urgence de l'Onu tandis qu'une autre contribution discerne les bases juridiques qui permettent de revoir en profondeur la Charte de San Francisco en vue de transformer l'Union en "Fédération mondiale des nations". Dans son éditorial, Lucio Levi défend l'idée que l'Union européenne pourrait être "le véhicule pour une réforme de l'Onu" si elle parvenait à parler d'une seule voix en unifiant sa représentation au FMI, à la Banque mondiale et au Conseil de sécurité.
(PBo)
*** CHRISTIAN WICKER: The Concepts of Proportionality and State Crimes in International Law. An Analysis of the Scope of Proportionality in the Right of Self-Defence and in the Regime of International Countermeasures and an Evaluation of the Concept of State Crimes. Peter Lang (1 Moosstrasse, CH-2542 Pieterlen. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.de ). Collection "Schriften zum internationalen und zum öffentlichen recht", n° 69. 2006, 177 p.. ISBN 3-631-55884-8.
Depuis la théorie de la "guerre juste" des penseurs chrétiens du Moyen âge et les règles de la chevalerie jusqu'aux Nations unies de nos jours, des hommes se sont employés à essayer d'encadrer l'usage de la force et à en limiter les dégâts collatéraux (pour employer un terme moderne). Le principe de proportionnalité est un élément important dans ce difficile exercice, tant pour évaluer le droit d'un pays à prendre des mesures de légitime défense ("self-defense") que pour établir le degré de sévérité de celles-ci. La proportionnalité se trouve en effet être un élément central tant du "droit à la guerre" (jus ad bellum) que du "droit de la guerre" (jus in bello). Christian Wicker propose donc, dans ce livre, une analyse détaillée de ce concept, des points incertains de son interprétation et de son application, ainsi que de son évolution au fil du temps. Il explique par exemple que si "traditionnellement, les attaques terroristes n'étaient pas regardées en elles-mêmes comme des attaques armées et ne pouvaient donc pas justifier des réponses militaires contre des Etats souverains", les avis actuels vont de l'acceptation d'une réponse très ciblée et limitée au territoire de l'Etat attaqué à l'acceptation de réponses post facto contre des Etats dont les liens avec les attaquants sont flous. L'ouvrage s'intéresse également au concept de "crimes d'Etat" - dans le sens de "commis" par un Etat - en commençant d'ailleurs par répondre à la question de savoir si le terme de "crime" peut être appliqué à l'action d'un Etat.
(FRo)
*** BORBALA E. BALINT: Determinants of Commercial Orientation and Sustainability of Agricultural Production of the Individual Farms in Romania. Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection "Development Economics and Policy", n° 50. 2006, 145 p., 31,80 €. ISBN 3-631-54653-X.
Certains pays de l'ex-bloc communiste, comme la Roumanie, ont gardé un taux important d'agriculture de subsistance. Faire évoluer ce type d'agriculture vers une certaine forme de commercialisation et améliorer sa compétitivité, tout en opérant dans le cadre du développement durable, est un des buts majeurs du processus d'intégration européenne de la Roumanie. En effet, le pays, qui avait déjà une large population rurale paupérisée, a vu une aggravation de cette situation avec l'exode rural inversé qui a suivi la fermeture des usines d'Etat dans les années 90. Borbala Balint propose ici une analyse économétrique des liens entre l'orientation commerciale et la durabilité écologique de l'agriculture en Roumanie, et ses résultats contredisent quelques idées reçues. L'auteur s'intéresse aussi de près aux facteurs gênant la "commercialisation" de l'agriculture roumaine, comme les coûts transactionnels et de transports ou le manque de coopération entre producteurs.
(FRo)
*** ROMAIN YAKEMTCHOUK: L'Iran face aux puissances. L'Harmattan (5-7 rue de l'Ecole-Polytechnique, F-75005 Paris. Tél.: (33-1) 40467920 - fax: 43258203 - Internet: http://www.editions-harmattan.fr ). 2007, 400 p., 32 €. ISBN 2-296-02768-8.
Pour bien comprendre le présent et, tant que faire se peut, tenter d'appréhender l'avenir possible, il est absolument impératif, même si on l'oublie parfois, de savoir d'où l'on vient. Que l'Iran soit, dans sa configuration politique actuelle, l'un des fauteurs de troubles potentiels les plus prévisibles et les plus inquiétants, personne n'en doute. Mais à la question de savoir pourquoi il en est ainsi, rares sont les personnes capables d'éclairer les lanternes de manière nuancée et circonstanciée. C'est le mérite de Romain Yakemtchouk que de rappeler avec méticulosité, dans cet ouvrage austère s'apparentant un peu à un examen clinique, tous les faits qui, depuis l'Iran féodal du XIXe siècle, peuvent expliquer et décoder - à défaut de justifier - la posture actuelle des dirigeants de Téhéran. Professeur émérite de l'Université de Louvain et ex-rédacteur en chef de la revue Studia Diplomatica, l'auteur - qui a aussi été conseiller scientifique de l'Institut Royal des Relations Internationales à Bruxelles et expert au service du programme Tacis de l'Union européenne - met en lumière différents éléments qui conduisent, entre autres, à appréhender de manière plus argumentée la question du nucléaire.
(MT)
*** ROMAIN YAKEMTCHOUK: Le conflit de Tchétchénie. L'Harmattan (voir coordonnées supra). 2006, 152 p., 14,50 €. ISBN 2-296-00116-5.
De tous les peuples du Caucase, le peuple tchétchène est celui qui, depuis la fin du XVIIIe siècle, s'est opposé de la manière la plus âpre et la plus résolue, la plus persistante aussi, à l'occupation de son pays par la Russie. Le mérite de Romain Yakemtchouk est de remonter, dans cet ouvrage, aux sources historiques et culturelles de ce conflit qui, selon lui, ne peut être vu uniquement sous l'angle du combat antiterroriste dans la mesure où il relève d'un "problème du respect des aspirations nationales des populations caucasiennes, ce qui soulève la question de la légitimité d'une colonisation réalisée par la force", quand bien même celle-ci a aussi apporté des bienfaits à une société "longtemps (…) très arriérée". Pour l'auteur, seule une solution politique pourra mettre un terme aux violences, ce qui constitue une pierre dans le jardin de Vladimir Poutine. Un livre très utile pour comprendre les racines d'un conflit à la fois omniprésent et très lointain…
(MT)
*** ROMAIN H. RAINERO: La politique arabe de Mussolini pendant la Seconde Guerre mondiale. Editions Publisud (15 rue des Cinq-Diamants, F-75013 Paris. Tél.: (33-1) 45807850 - fax: 45899415 - Courriel: publisud.editions@cegetel.net - Internet: http://www.editionspublisud.hautefort.com ). Collection "Espaces Méditerranéens". 2006, 280 p., 32 €. ISBN 2-86600-920-7.
Professeur d'histoire contemporaine à la Faculté de Sciences politiques de l'Université de Milan, l'auteur a plongé dans des documents italiens secrets ou peu connus pour éclairer, dans cet ouvrage, la "politique arabe" de l'Italie fasciste de Mussolini, laquelle a déterminé certains événements au Moyen-Orient, ainsi que les relations inégales nouées par ce régime avec le monde arabe.
(PBo)
*** JEAN-PAUL PANCRACIO: Droit et institutions diplomatiques. Editions Pedone (13 rue Soufflot, F-75005 Paris).Collection "Ouvertures internationales". 2007, 268 p., 28 €. ISBN 2-233-00506-9.
Avec leurs milliers d'agents, les postes diplomatiques et consulaires disséminés dans le monde constituent "le vrai métier à tisser des échanges entre les nations", selon une belle formule nichée à l'entame de cet ouvrage qui présente de manière aussi vivante qu'utile les institutions diplomatiques et le droit qui les régit. Professeur de droit actuellement détaché auprès de la Direction de l'Enseignement militaire supérieur à Paris, l'auteur associe, à cette fin, théorie et pratique, histoire et actualité, en illustrant l'ensemble par des exemples - surtout puisés dans la pratique française, mais aussi dans celle des principaux acteurs des relations diplomatiques - qui rendent le livre accessible aux profanes. Dans un premier temps, Jean-Paul Pancracio passe en revue les différentes catégories de la diplomatie universelle, ce qui lui vaut notamment de relever que les Etats de l'Union ont poussé à ce point leur coopération et leur solidarité qu'ils "ne peuvent plus être considérés comme œuvrant, entre eux, dans un cadre relationnel de politique étrangère, mais plutôt de relations extérieures". Il éclaire aussi les différences existant entre, par exemple, diplomaties bilatérale et multilatérale, activités diplomatique et consulaire, représentation par mission permanente ou spéciale et représentation directe… L'organisation des échanges diplomatiques est étudiée dans la deuxième partie, l'auteur décryptant ensuite les fonctions diplomatiques (représentation, négociation, information, protection…) avant de disséquer, in fine, les privilèges et immunités diplomatiques.
(MT)