Bremen, 30/03/2007 (Agence Europe) - Soutenant les propositions de Martti Ahtisaari sur le statut du Kosovo, dont ils espèrent qu'elles seront reprises dans une résolution du Conseil de sécurité des Nations Unies, les Européens se préparent à gérer la transition. A Brême, en Allemagne, lors de leur réunion informelle, les ministres des Affaires étrangères des Vingt-sept ont cherché vendredi à s'unir derrière le plan de l'envoyé spécial de l'ONU, qui préconise une indépendance sous supervision internationale de l'actuelle province serbe. « Nous maintenons notre position, nous allons continuer à soutenir les propositions d'Ahtisaari », a répété vendredi Frank-Walter Steinmeier, ministre allemand des Affaires étrangères, qui préside le Gymnich. Certains Etats membres, comme la Grèce ou l'Espagne, ont jusqu'à présent fait part de leur souci de parvenir à une solution négociée entre Belgrade et Pristina et ne seraient pas contre une prolongation des pourparlers. « Ce n'est pas grave si on prolonge de quelques mois les négociations », a ainsi déclaré le secrétaire d'Etat espagnol aux Affaires européennes, Alberto Navarro, qui ne souhaite toutefois pas « rompre l'unité de l'UE ».
Dans l'attente d'une solution finale claire, les préparatifs de la future présence internationale au Kosovo vont bon train. L'UE y aura un rôle de chef de file, prenant le relais de la mission de l'ONU (la MINUK) et cherchant à assurer la bonne mise en œuvre du futur statut. Vendredi, Olli Rehn et Javier Solana ont ainsi présenté aux ministres leur rapport conjoint faisant le point sur l'état d'avancement de la future mission civile internationale, confirmant au passage l'avenir européen du Kosovo et des pays des Balkans.
Le bureau du représentant civil international (ICO) sera dirigé par un Européen, qui assumera aussi le rôle de représentant spécial de l'UE au Kosovo et disposera des pouvoirs exécutifs nécessaires à la bonne application du statut, ont rappelé MM. Rehn et Solana. L'ICO intégrera d'autres partenaires, dont les Etats-Unis, ajoutent-ils dans leur document. La future mission PESD, qui porte sur l'Etat de droit, permettra d'assister les organes judiciaires et les forces de l'ordre et d'assurer la mise en place d'un système durable et responsable. A cette fin, le Conseil de sécurité de l'Onu devrait accorder à la mission européenne des pouvoirs exécutifs dans le secteur judiciaire (poursuite des cas de criminalité organisée, droits de propriété, etc.) et de police (crime organisé, crimes de guerre, crimes interethniques, enquêtes financières, contrôle de la corruption et des frontières notamment).
Dans le même temps, le Kosovo se voit confirmer sa perspective européenne, avec d'abord la possibilité de s'engager dans un processus de stabilisation et d'association. Le rapprochement du Kosovo de l'UE se fera dans les mêmes conditions que pour les autres pays de la région et la Commission est prête, lorsque les conditions seront réunies (notamment en termes de mise en œuvre du statut, d'Etat de droit, de lutte contre la corruption, de bonne gouvernance et de réforme de l'administration publique), à préparer une étude de faisabilité sur la capacité du Kosovo à s'engager dans des relations contractuelles. 200 millions d'euros ont été alloués au Kosovo pour les trois prochaines années, rappelle le rapport.
La mise en œuvre du statut du Kosovo ne se fera pas gratuitement et les Etats membres, comme la communauté internationale dans son ensemble, doivent être prêts à participer à son financement. La Commission indique qu'elle préparera une évaluation plus précise d'un paquet financier à soumettre lors d'une future conférence des donateurs. Il s'agira de couvrir aussi bien le coût de la présence internationale sur place que le transfert d'une partie de la dette de la Serbie, les dépenses encourues pour assurer les conditions définies dans le statut ou le développement économique du pays. Les premiers chiffres avancés se situent autour de 1,5 milliard d'euros pour les trois premières années 2008-2010. (ab)