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Bulletin Quotidien Europe N° 9398
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Quelques citations de personnalités européennes qui clarifient la situation

Le lecteur ne trouvera aujourd'hui dans cette rubrique ni des opinions de son signataire ni des remarques sur les évolutions de l'UE, mais des bribes de phrases de personnalités européennes qui clarifient certaines des remarques des jours précédents, ou qui leur ajoutent quelque chose.

Rapprochement limité ? La première citation est du père du projet du Traité constitutionnel et elle se réfère aux limites du rapprochement en cours entre les Etats membres à propos du nouveau traité envisagé. Selon Valéry Giscard d'Estaing, ce traité, même s'il aboutit, ne signifiera pas que les opinions sur la nature de la construction européenne sont devenues uniformes. Deux visions de l'Europe continuent à s'opposer: la vision anglo-saxonne (libre marché et démocratie) et la vision continentale, qui y ajoute l'identité européenne et le modèle européen de société. Dans une interview récente, M. Giscard d'Estaing a estimé que « les Britanniques ont atteint leur objectif: à la fois être dans le système européen et empêcher tout progrès de l'intégration ».

En revanche, José Manuel Barroso, président de la Commission, a affirmé, dans son discours de Berlin: « Nous tous ici présents, nous partageons la même volonté de construire une Europe politique » (…). Et à propos des résultats atteints, il a observé: « La réalité de l'Union européenne d'aujourd'hui dépasse de loin le rêve lucide des Monnet, Schuman, Spaak, Adenauer et De Gasperi. Qu'avons-nous fait de nos cinquante ans ? Nous avons conquis la paix, la liberté et la justice, guidés par des valeurs communes. Nous avons reconstruit notre prospérité économique dans la justice sociale, grâce à deux principes fondamentaux: la cohésion économique et sociale et la solidarité régionale». Ce qui rappelle un peu la définition de la «déclaration de Berlin» par un commentateur: «un sursaut d'auto-estime».

Quant aux menaces polonaises de faire jouer le veto à propos des mécanismes de vote au sein du Conseil (voir notre bulletin d'hier), Elmar Brok avait répondu à l'avance (voir notre bulletin n° 9391): si quelqu'un rejette le Traité qui aura été négocié, il n'aura qu'à ne pas participer à l'Union rénovée.

Parlement et parlements. Sur la coopération interparlementaire, Hans-Gert Pöttering a déclaré dans la même cérémonie berlinoise: «Le Parlement européen et les parlements nationaux sont partenaires. Nos travaux se complètent. Ensemble, nous avons pour tâche de façonner l'Europe démocratique ». Pour qui a suivi au cours des années les divergences et les jalousies réciproques entre les parlements nationaux et le PE, il est significatif que ces mots aient été prononcés par le président de ce dernier.

A propos d'une prétendue opposition entre la réforme institutionnelle (qui n'intéresserait pas les gens) et l' «Europe des résultats», le vice-président de la Convention Giuliano Amato a écrit: « Ce n'est pas un dilemme sérieux, c'est une boutade ; l'Europe n'existerait même pas sans ses institutions. En leur absence, il serait impossible de concrétiser les politiques communes ».

L'Eglise ne doit pas diviser les Européens. À propos des racines chrétiennes et des valeurs de l'Europe, le rapport aux Evêques sur la dimension éthique de l'Union européenne (amplement cité dans cette rubrique en début de semaine, bulletin n° 9394) a eu une suite. L'un des auteurs de ce rapport, Mario Monti, a commenté avec fermeté les débats qui se sont déroulés, avec la participation des Evêques et du Pape lui-même, lors de la présentation à Rome de ce document. En substance, Mario Monti reconnaît que les valeurs religieuses, et chrétiennes en particulier, ont façonné la civilisation européenne et modelé sa grandeur civile et culturelle. Mais au cours de ces deux millénaires, des guerres innombrables se sont déroulées entre Européens ; depuis cinquante ans, grâce à l'intégration de l'Europe, elles ont disparu. Le rôle de l'Eglise est maintenant de contribuer à l'unité (enfin réalisée, même si beaucoup reste à faire), en évitant de contribuer à de nouveaux clivages et à des facteurs de division. Si les «racines chrétiennes» sont citées dans le traité révisé qui va être négocié, cette reconnaissance sera la bienvenue. Si ce n'est pas le cas, les forces religieuses ou politiques qui la réclament ne devront pas utiliser leur déception pour discréditer la construction européenne, pour la mettre en mauvaise lumière. Ceci est valable aussi à propos de l'absence de règles européennes dans des domaines liés à la doctrine religieuse (divorce, avortement, euthanasie), certes importants mais qui - selon la remarque d'un des auteurs du rapport - n'ont rien à voir avec la construction de l'Europe unie.

L'appel de Mario Monti est clair: les chrétiens ne doivent d'aucune manière œuvrer pour diviser ce qu'ils ont tellement contribué à unir au cours des siècles, même si l'Eglise garde évidemment le droit et la faculté d'indiquer sa doctrine et ses vues.

(F.R.)

 

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