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Bulletin Quotidien Europe N° 9372
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Il faut garder le cap des réformes, plaide Michael Deppler

Bruxelles, 22/02/2007 (Agence Europe) - Souscrivant aux récentes prévisions de la Commission européenne (EUROPE n° 9368), Michael Deppler s'est montré optimiste pour la croissance économique en Europe. Dans un entretien à EUROPE, le Directeur du département européen du Fonds monétaire international a présenté jeudi sa vision de la situation de la zone euro, appelant les Etats membres à poursuivre les réformes structurelles et à une évolution modérée des salaires. Ne voulant pas s'immiscer dans des débats qui concernent avant tout les Européens en interne, il n'a pas souhaité commenter l'éventualité pour le Conseil d'intervenir de manière plus appuyée dans la formulation des orientations de la politique de change de l'Union économique et monétaire (article 111 des Traités), pas plus que les moyens d'améliorer le dialogue entre les ministres et la Banque centrale européenne (BCE). Prudent également sur la représentation extérieure de la zone euro, il laisse le soin aux Etats membres de l'UE de faire entre eux les ajustements nécessaires pour se fondre dans la réforme du FMI, qui doit mener à une meilleure prise en compte des économies émergentes.

Agence Europe: Quelle analyse fait le FMI de la situation économique au sein de la zone euro ?

Michael Deppler: Clairement les choses vont bien. On s'attendait à ce que la reprise, qui a été très forte en 2006, se ralentisse très significativement au tournant de l'année, mais il n'y a pas de preuve à l'appui actuellement. Le FMI prépare ses prévisions, mais les prévisions de la Commission sont fondamentalement ce que l'on prédirait nous-même en ce moment. J'ai toujours pensé qu'une fois la reprise lancée, elle continuerait et que les risques seraient orientés à la hausse. Je n'étais pas trop inquiet d'un ralentissement modéré aux Etats-Unis. Il s'agit d'un processus cyclique, qui doit se poursuivre sans chocs énormes.

AE: A quel point ces perspectives s'expliquent-elles par les réformes dans les Etats membres ?

MD: Les réformes en Europe ont payé et on peut le voir de manière très nette dans les statistiques sur l'emploi. A titre d'exemple, l'emploi du secteur des affaires a augmenté plus en Europe qu'aux Etats-Unis au cours des dix dernières années. Ce que l'on voit aujourd'hui est en fait une reprise qui est basée sur l'emploi. Nous devons être prudents en pensant trop que cela est dû aux réformes. Il y a un élément de réformes, mais aussi un élément important qui est simplement cyclique et il faut être prudent pour analyser la part exacte de chacun. Mais je pense que l'UE a fait des réformes, qui ont payé et continuent de payer. La vraie question est: est-ce que cet élan de réforme va continuer ? Et là je pense que l'on peut s'inquiéter de la dynamique politique à l'oeuvre aujourd'hui et si l'engagement en faveur des réformes, en particulier dans les domaines les plus sensibles politiquement, reste le même.

AE: Les différentiels de croissance et d'inflation affectent-ils le bon fonctionnement de la zone euro ?

MD: Il y a clairement des éléments d'inquiétude à ce sujet, car les pays de la zone euro ont des cycles économiques longs. On a vu ça en France dans les années 80 et 90 et en Allemagne durant la même période mais dans un sens opposé et qui, après dix mauvaises années, est en train de rebondir et dont je m'attends qu'elle aille plutôt bien. Le problème pour tous les pays de la zone euro est de se projeter vers l'avenir et de mettre en oeuvre des politiques avec l'idée de soutenir la croissance. Prenez par exemple les Pays-Bas, un pays qui a très bien fait mais qui a clairement relâché sa garde, disons à la fin des années 90 début des années 2000, et qui a ensuite fait face à un choc baissier, avant de retomber sur ses pieds maintenant. Il est donc très important que les politiques soient orientées vers l'avenir et je m'inquiète de savoir si, dans un environnement où les choses vont bien, elles conserveront cette perspective.

AE: Quel est l'impact des salaires sur les différentiels d'inflation et l'évolution des salaires est-elle en ligne avec le niveau de productivité et de compétitivité actuel dans la zone euro ?

MD: Dans la plupart des pays je dirais que c'est le cas. L'Espagne va plutôt bien et nous avons des interrogations à propos de l'Espagne, particulièrement car, à la différence d'autres pays qui réussissent très bien et dont les exportations sont une forte composante de la performance, il y a en Espagne une balance des paiements largement déficitaire. Mais plus généralement, les salaires en Europe ont surpris par leur comportement modéré et je pense que c'est une des raisons qui fait que nous observons une reprise basée sur l'emploi. Selon moi, aussi longtemps que l'on poursuivra ainsi les choses iront bien.

AE: A propos des taux de change, la zone euro souffre-t-elle de la force de sa monnaie ?

MD: L'euro est évalué comme proche de sa valeur (“fairly valued”) dans une perspective à moyen terme. Nous ne regardons pas seulement les taux de change bilatéraux avec le yen ou le dollar, mais une moyenne des taux de change. Nous voyons que la zone euro est de retour plus ou moins à un taux de change effectif réel moyen historique. Nous regardons les comptes courants. Ils sont proches de zéro. Nous regardons les exportations. Elles vont bien, et nous ne voyons dès lors pas vraiment où serait le problème.

AE: Les pays de la zone euro devraient-ils opter pour une représentation unique au FMI ?

MD: Nous pensons que l'Europe a besoin d'une vision sur ce que la réforme du FMI doit être. En général l'Europe est très positive sur cette réforme. Cela a des répercussions pour l'Europe, mais il lui importe de les résoudre, et ce n'est pas le problème du FMI. Nous pensons que le FMI a un problème de légitimité au plan de la représentation des économies émergentes et cela requiert des ajustements ailleurs, mais la façon dont ces ajustements sont menés, en particulier en Europe, n'est pas une question à commenter pour nous. (ab)

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