Bruxelles, 09/02/2007 (Agence Europe) - Lors d'un discours prononcé vendredi 9 février à Washington, Mariann Fischer Boel, la Commissaire à l'Agriculture et au développement rural, a appelé les Etats-Unis à redoubler d'efforts en vue de garantir le succès du cycle de Doha de l'OMC sur la libéralisation des échanges. Elle a défendu le long chemin parcouru par l'UE pour assurer le succès de ces négociations et a demandé aux Etats-Unis de ne pas adopter une loi d'orientation agricole (Farm Bill) qui irait à l'encontre de cet objectif.
Le cycle de Doha représente « une occasion formidable pour amasser une meilleure moisson de la mondialisation et ainsi distribuer une plus grande part de la récolte aux personnes les plus démunies dans le monde ». En cas d'échec du cycle multilatéral de Doha, le principal moteur pour faire progresser les échanges seront les accords bilatéraux, a rappelé la Commissaire, qui estime toutefois que cette stratégie risque d'être moins payante pour les pays les plus pauvres de la planète qu'un accord global à l'OMC. De plus, contrairement au cycle de Doha, ces accords bilatéraux ne traitent pas des niveaux de soutien interne et de la concurrence à l'exportation. « Si nous souhaitons mettre la mondialisation au service des plus pauvres, le cadre multilatéral doit être le fondement de notre approche », fait valoir Mme Fischer Boel.
La Commissaire a ensuite énuméré les points communs entre les Etats-Unis et l'Europe dans la recherche d'une politique agricole durable: - une reconnaissance accrue des rôles variés que joue l'agriculture dans les sociétés modernes (la Commissaire note que le langage américain est en train d'évoluer positivement) ; - la mise en place d'actions pour développer l'utilisation des bioénergies, dont les biocarburants (mais l'Europe ne considère pas les bioénergies comme une « mine d'or sans risque » pour notre agriculture, a souligné toutefois la Commissaire) ; - les politiques pour le sucre et les produits laitiers constituent deux défis importants.
Mme Fischer Boel a reconnu que l'UE et les Etats-Unis avaient bien entendu des désaccords sur l'agriculture. Dans ce contexte, elle a appelé le Congrès américain à ne pas écrire une loi agricole (« Farm Bill ») qui soit « nuisible » au cycle de Doha. Le « Farm Bill » de 2002 avait été très critiqué partout dans le monde, a rappelé la Commissaire, pour qui l'édition 2007 de cette politique américaine devrait « corriger les erreurs du passé au lieu de les renforcer ». « Le monde attend un geste clair des Etats-Unis dans ce domaine », a déclaré Mme Fischer Boel.
La Commissaire a ensuite défendu les vertus de l'agriculture européenne dans le monde d'aujourd'hui: - elle importe près de 80 milliards de dollars par an de biens agricoles, « plus que quiconque dans le monde » ; - elle importe des pays en développement plus de produits agricoles que ne le font ensemble les Etats-Unis, le Canada, l'Australie et la Nouvelle-Zélande ; - l'UE est très active en matière d'exportations (en particulier de produits de haute valeur) ; - le régime de paiement unique introduit en 2005 permet de remplacer progressivement 90% des paiements directs versés aux agriculteurs européens ; - la réforme du secteur du sucre doit aboutir à une réduction de 6 millions de tonnes de la production interne de l'UE, ce qui fera de l'Europe un importateur net de ce produit (et non plus un exportateur net) ; - l'accent est mis sur les politiques de développement rural (pour « aider la restructuration du secteur agricole, encourager une gestion plus écologiste des terres et diversifier les économies dans les zones rurales »). La Commissaire a promis que la Commission ne comptait pas mettre un coup d'arrêt aux réformes de l'agriculture européenne (EUROPE n° 9359 sur les propos de Mme Fischer Boel sur les quotas laitiers, le gel des terres, le découplage et la modulation des aides).
En outre, Mme Fischer Boel a tenu à rappeler et à défendre l'offre « généreuse » de l'UE dans la négociation du volet agricole du cycle de Doha: - soutien interne: l'UE met sur la table une baisse « immense » des subventions qui faussent les échanges, à la faveur du régime de paiement unique qui entre dans la catégorie de la « boîte verte » des soutiens les moins porteurs de distorsion de concurrence. ; - concurrence à l'exportation: l'UE est prête à supprimer progressivement, d'ici à 2013, ses restitutions à l'exportation. Selon Mme Fischer Boel, aucun des autres partenaires de l'UE à l'OMC n'est allé aussi loin dans ce domaine. Elle a appelé à éliminer les éléments les plus négatifs des entreprises commerciales d'Etat (australiennes, canadiennes et néo-zélandaises: NDLR), restaurer des règles de marché libre pour les crédits à l'exportation (américains: NDLR) et à éviter que l'aide alimentaire (américaine: NDLR) ne serve de débouchés à la surproduction ; - accès au marché: selon l'offre formellement sur la table actuellement, l'UE accepterait de « réduire de moitié » la moyenne des droits de douane agricoles, soit de 23% actuellement, à 12% (après les baisses tarifaires concédées). La Commissaire a rappelé que certains membres de l'OMC ont critiqué le manque d'ambition de cette offre sur l'accès au marché. L'UE a certes demandé (comme d'autres) que des baisses moins fortes soient appliquées à une liste de « produits sensibles ». Mais, selon Mme Fischer Boel, le statut conféré à ces produits sensibles « ne les exclut pas d'engagements à un accès au marché supplémentaire ». La Commissaire a précisé que ce que l'UE est prête à accepter aujourd'hui sur les droits agricoles est « deux à trois fois plus ambitieux que ce qui avait été concédé lors du cycle d'Uruguay ». Elle a appelé à la raison les pays tiers qui demandent des efforts supplémentaires de la part de l'UE sur ce volet. « On peut accepter de réduire de manière drastique les tarifs agricoles, mais il ne faut pas nous demander d'aller jusqu'à supprimer la protection aux frontières », a lancé la Commissaire, en ajoutant que les agriculteurs sont « endurants, mais ils ont leurs limites ». En conclusion, Mme Fischer Boel a averti que l'UE n'accepterait pas un résultat à l'OMC qui l'obligerait à refaire une réforme agricole interne. (lc)