*** BAUDOUIN BOLLAERT: Angela Merkel. Portrait. Editions du Rocher (6 place Saint-Sulpice, F-75006 Paris. Tél.: (33-1) 40465400 - fax: 40469136). 2006,304 p., 19 €. ISBN 2-268-06029-2.
"Au physique, il serait exagéré d'affirmer qu'Angela Merkel accroche la lumière comme Claudia Schiffer…" Baudouin Bollaert a laissé, dans le microcosme bruxello-européen qu'il a couvert plusieurs années, le souvenir d'un journaliste et d'un homme élégant. Ce livre est à son image. C'est un livre de journaliste, à la fois sérieux et léger, pétillant comme peut l'être un bon champagne, qui se lit d'une traite sans qu'il soit nécessaire de "se prendre la tête". Merkel n'est pas Schiffer ? Quelques rares personnes savent aussi, d'expérience, que cette plume journalistique peut se transformer, à l'occasion, en fusain de caricaturiste au regard acéré. Ce récent ancien du Figaro n'a pas succombé, cette fois, à cette tentation: c'est un "portrait" tout en retenue qu'il consacre à celle que, hier encore, Helmut Kohl appelait "Das Mädchen" - autrement dit, "la gamine"…
Qui est Angela Merkel ? Tous les Européens savent, désormais, qu'elle est la première femme à avoir accédé à la chancellerie en Allemagne, très précisément le 22 novembre de l'année dernière. Mais encore ? Quel a été le parcours qui l'a conduite au sommet politique ? Comment s'est forgée cette personnalité "énigmatique et humaine à la fois", cette femme de tête et de convictions - "Angela Merkel ? C'est le seul homme de la CDU qui en a !", a été jusqu'à écrire le magazine allemand "Stern" - qui a démontré, "à chaque marche de son ascension politique, une aptitude exceptionnelle à capter l'air du temps et, sans rien renier de son credo personnel, à anticiper les événements pour mieux les comprendre, les façonner ou s'y adapter" ? Voilà ce que nous permet de découvrir cet ouvrage qui, au fil des pages, retrace la vie de celle qui, aujourd'hui, collectionne les surnoms, à la "Mädchen" ayant succédé, entre autres, "Angie" ou "Maggie Merkel". On découvre ainsi la fille de "l'archétype du théologien allemand" qui passe "à l'Est" en 1954 pour cause d'évangélisation paternelle. Là où son protestant de père compose avec le régime au nom du concept d'une "Eglise dans le socialisme" - et également, sans nul doute, de certaines idées politiques puisqu'il déclarera un jour, après la réunification: "J'appelais de mes vœux une Allemagne de l'Est démocratique. Mais le peuple a voulu le deutsche Mark et il l'a eu"… -, Angela Merkel, elle, se forme et se construit en réaction au système en place, s'accommodant du régime (elle fera partie des "Jeunes pionniers", puis du mouvement de la "Jeunesse allemande libre" affilié au parti communiste) "par instinct de conservation et sans jamais franchir la ligne jaune". Après une maîtrise de physique avec la mention "très bien", on la retrouve à Berlin-Est où elle passe la soirée du 9 novembre 1989 au… sauna. "Je ne pensais pas que le Mur tomberait le soir même", dira-t-elle plus tard. Viennent ensuite son entrée en politique, à l'occasion du premier scrutin démocratique en RDA, sa première fonction gouvernementale (elle fut porte-parole adjointe de l'éphémère gouvernement de Lothar de Maizière), la réunification allemande, sa rencontre avec Helmut Kohl et sa première élection au Bundestag, les diverses étapes de son ascension au sein de la CDU et, in fine, la victoire sur Gerhard Schröder qui fera d'elle la première chancelière d'Allemagne. Le tout est raconté de manière très vivante, sans révélation véritable mais avec une multitude de détails qui permettent de mieux cerner une femme complexe aimant cultiver le secret.
Et sur le plan européen ? C'est peu de dire que beaucoup d'espoirs sont placés dans celle qui occupe, depuis le 1er janvier, la fonction de présidente en exercice du Conseil européen pour sortir l'Union de la sinistrose dans laquelle l'ont plongée les "non" français et néerlandais à la Constitution. Angela Merkel est-elle une militante de l'intégration européenne ? Sa fibre européenne s'est, en tout cas, développée au contact d'Helmut Kohl, ce qui est un gage en soi, et elle n'hésite pas à se profiler publiquement comme "l'une des plus ferventes avocates du projet de Constitution européenne". Héritière d'Adenauer et de Kohl, elle entend, selon l'auteur, "agir et militer pour une Europe solidaire en plaçant l'Allemagne au centre du jeu'". Les Européens que désenchante l'hébétude actuelle de l'Union n'attendent, à vrai dire, rien d'autre ni de plus de cette "pragmatique venue de l'Est" à qui l'on doit cette question: "Que se passera-t-il demain si nous ne faisons rien aujourd'hui ?"
Michel Theys
*** CATHERINE CAZALE, JEANNE PUCHOL: Jean Monnet, bâtisseur d'Europe. Editions de l'An 2 (Internet: http://www.editionsdelan2.com ). 2006, 59 p. in-quarto, 12,50 €. ISBN 2-84856-075-4.
L'Europe à l'Ecole ! Que de questions à ce sujet, pour si peu d'initiatives ! Saluons donc celle qu'a prise la Région (française) Poitou-Charentes avec la publication de cette bande dessinée. Toute la vie de cet illustre Charentais, "bâtisseur de l'Europe", inspirateur, comme l'on sait, de Robert Schuman, est retracée, en termes simples et même familiers, par de jeunes élèves du Lycée Jean Monnet de Cognac, la ville natale de Monnet. Dans sa préface, la présidente de la Région, Ségolène Royal, souligne l'importance historique de l'action de Jean Monnet pour l'avenir des Européens. Un Jean Monnet dont cette déclaration - encore d'actualité - est mise en exergue: "Nous n'avons que le choix entre les changements dans lesquels nous serons entraînés et ceux que nous aurons su vouloir et accomplir" (Strasbourg, 12 mai 1954).
(J-RR)
*** JEAN-PIERRE CHEVENEMENT: La faute de M. Monnet. Fayard (Paris). Collection "L'idée républicaine". 2006, 148 p., 11,20 €. ISBN 2-782213-63083-0.
Ce livre, contrairement au précédent, n'est pas spécialement destiné aux enfants, mais aux citoyens en âge de discerner et de voter. Le lecteur y trouvera la dénonciation de la faute ou, plutôt, des fautes de Jean Monnet. Celui-ci est accusé d'avoir été "prisonnier de son économisme" car "Jean Monnet ne s'arrête guère sur les problèmes politiques". Il l'est simultanément d'avoir "voulu, sans le dire, créer une Fédération". Sans doute l'auteur, vaillant défenseur des souverainetés nationales, aurait-il intérêt à relire les "Mémoires" de Jean Monnet afin de mieux ajuster son réquisitoire… (J-RR)
*** HENRI COMTE, NICOLAS LEVRAT (sous la dir. de): Aux coutures de l'Europe. Défis et enjeux juridiques de la coopération transfrontalière. L'Harmattan (5-7 rue de l'Ecole-Polytechnique, F-75005 Paris. Tél.: (33-1) 40467920 - fax: 43258203 - Courriel: diffusion.harmattan@wanadoo.fr - Internet: http://www.librairieharmattan.com ). Collection "Logiques juridiques". 2006, 365 p., 31 €. ISBN 2-296-00854-3.
Cet ouvrage prolonge le travail qu'une équipe internationale de chercheurs mène depuis plusieurs années sur les activités de coopération transfrontalière autour de la France. Avec, en cœur de cible, une question qui sous-tend une difficulté juridique majeure: par quels mécanismes et selon quelles règles juridiques faire coopérer, par-delà des frontières internationales, des collectivités publiques infra-étatiques, en clair, expliquent les Pr. Comte et Levrat dans l'introduction, "ces acteurs que le droit traditionnellement confine dans des sphères nationales distinctes et exclut de la sphère internationale" ? Dans une première partie, différentes contributions examinent l'état de réalisation des projets transfrontaliers intéressant la France et ses voisins. La seconde partie développe, elle, une réflexion sur la nécessité d'adapter les outils juridiques, financiers et démocratiques afin de permettre le renouvellement de l'approche juridique du phénomène transfrontalier, l'hypothèse sous-tendant le travail des chercheurs étant qu'un "nouveau découpage, distinguant les questions juridiques qui se posent au niveau de l'élaboration de stratégies transfrontalières (véritables politiques transfrontalières) de celles liées à la mise en œuvre de telles stratégies (une forme de gestion transfrontalière), permettrait l'émergence de solutions plus en phase avec les demandes concrètes telles que formulées par les acteurs de terrain". Avec l'apparition au bout du chemin, des modalités d'une gouvernance transfrontalière.
(PBo)
*** L'Europa e il Mediterraneo. Periodico culturale politico per il federalismo. Associazione L'Europa e il Mediterraneo (7 via Sant'Antonio, c/o Studio Martinelli, I-37121 Vérone. Courriel: domus@studiompg.191.it). Octobre 2006.
Le quatrième numéro de ce bimensuel lancé par Andrea Chiti-Batelli et Lino Marinello pour essayer de relancer de manière critique l'idéal fédéraliste européen contient des articles sur des thèmes aussi divers que l'Europe et ses racines chrétiennes, la mission italienne au Liban, l'Union africaine, l'accord Russie-Ukraine sur l'approvisionnement en gaz. Dans un article intitulé "L'Europe vue de Vérone", Chiti-Batelli affirme en particulier que "la construction institutionnelle n'est pas tout ; comme chaque constitution, elle sert à réaliser des politiques, et c'est vers celles-là que les fédéralistes devraient tourner le regard plus souvent et avec plus d'attention" (concrètement, il qualifie de "très, très grave erreur" l'abandon du nucléaire par l'Italie). Lino Martinelli plaide, lui, pour "un fédéralisme réel, qui s'engage à faire face aux problèmes concrets" comme ceux des communications, de la lutte contre la criminalité organisée, la drogue…
(MG)
*** FLORENCE CHALTIEL: Le processus de décision dans l'Union européenne. La Documentation française (29-31 quai Voltaire, F-75344 Paris Cedex 07. Tél.: (33-1) 40157000 - fax: 40157230 - Internet: http://www.ladocumentationfranaise.fr ). Collection "Réflexe Europe". 2006, 165 p., 12 €. ISBN 2-11-006011-5.
Alors que la vie quotidienne des citoyens européens est largement régie par des décisions prises au niveau de l'Union, celle-ci reste, pour ceux-là, un objet politique… très largement non identifié. Dans ce contexte, ce livre répond, explique le Pr. Jean-Luc Sauron dans sa préface, "à une exigence démocratique". En termes simples, précis mais accessibles au plus grand nombre, son auteur, professeur de droit à l'Institut d'études politiques de Grenoble, décrit les chemins institutionnels - largement démocratiques - qui sont empruntés pour parvenir à une décision. Des schémas et tableaux renforcent le caractère utilement pédagogique de cet ouvrage qui, ainsi que le souligne le Pr. Sauron, permettra à celui qui le lit de "comprendre pleinement les enjeux d'une matière qui n'a pas fini de conditionner notre avenir à tous". (PBo)
*** CHRISTIAN JÄGER, ANNA VON RECHENBERG: Stage Europe, Praktika bei den EU-Institutionen, Ein Wegweiser. 3 überarbeitete und erweiterte Ausgabe. Europa-Kontakt Informations- und Verlagsgesellschaft mbH (Breite Str. 29, D-10178 Berlin. Tél.: (49-30) 203084070 - fax: 203084077 - Internet: http://www.europa-kontakt.de ). 2006, 196 p.. ISBN 3-9808024-9-3.
Ce guide de stages dans les institutions de l'Union européenne s'adresse à tous ceux qui envisagent de travailler temporairement dans le cadre européen. Il offre un tableau très complet des multiples services dans lesquels de telles périodes sont possibles, non seulement dans les directions générales de la Commission, les services du Parlement, du Conseil, de la Cour de justice ou des agences spécialisées, mais également dans les représentations diplomatiques de l'Union et des pays membres. Il énumère de façon précise les conditions fnancières disponibles et les règles de participation pour chacun des choix possibles. Pour chaque service mentionné, il y a une description détaillée des tâches, des méthodes de travail, du lieu, de la durée, des conditions d'admission et de travail, ainsi que de l'usage des langues. Tous les détails concernant les contacts à prendre, les adresses, y compris les adresses électroniques, souvent le nom de la personne responsable des stages, ainsi que les calendriers de candidatures pour chacun des services décrits sont présentés de façon claire et systématique, facilitant ainsi grandement la démarche des candidats. C'est un instrument d'information très complet qui couvre non seulement les institutions de l'Union mais présente aussi, dans les dix dernières pages, une liste exhaustive d'autres organisations européennes ou internationales dans lesquelles des stages sont possibles. Publié en allemand par un organismes privé, il serait intéressant de savoir si la Commission elle-même a développé un tel instrument d'information, et ceci dans toutes les langues de l'Union, ce qui serait souhaitable pour mettre tous les jeunes ressortissants des pays membres sur pied d'égalité. (GFr)
*** PENNY RAE, CARL CORDONNIER: Vivre l'Europe. Dialogue avec la société civile. Comité économique et social européen (99 rue Belliard, B-1040 Bruxelles. Internet: http: //http://www.eesc.europa.eu ). 2006, 222 p..
Très belle initiative que celle prise par le Comité économique et social européen - et, en particulier, sa précédente présidente, Anne-Marie Sigmund - de confier à Penny Rae et au photographe Carl Cordonnier le soin de partir à la rencontre d'un représentant de la société civile organisée par Etat membre (Bulgarie et Roumanie incluses) afin de saisir les "ponts" qui les unissent à travers les thèmes abordés: "Saveurs et parfums d'Europe", "Donner un visage humain à la compétitivité", "Façonner un nouveau paysage européen"… Il en résulte un ouvrage plein de poésie et… d'enseignements pour qui veut entendre l'unité passionnée dans la diversité qui peut s'exprimer sur le terrain. (MT)
*** Osons l'avenir… Editions Publisud (15 rue des Cinq Diamants, F-75013 Paris. Tél.: (33-1) 45807850 - fax: 45899415 - Courriel: publisud.editions@cegetel.net). 2006, 215 p., 36 €. ISBN 2-86600-596-8.
Parce qu'il serait "vain et dangereux de considérer que seuls les professionnels de la représentation populaire" sont à même de relever les défis actuels, le Centre d'Etude et de Prospective Stratégique a réuni cent représentants de la société civile française qui, dans cet ouvrage, laissent libre cours à leur créativité et formulent des propositions concrètes sur des sujets tels que la compétitivité, la culture, la défense et la sécurité, l'éducation et la formation, l'emploi, l'énergie et l'environnement, l'intégration et la cohésion sociale, la santé, les médias et les technologies de l'information… Pour ce qui concerne l'Europe, il est notamment proposé de créer un statut juridique pour les PME et des associations, de terminer le marché intérieur sur le plan énergétique, de favoriser l'adoption d'un cadre juridique européen des services publics (de manière à "éviter que les divergences entre réglementations deviennent source de concurrence") et de créer les conditions d'une "implication européenne de la France et des Français autour d'un Acte unique de projets". (PBo)