Tampere, 29/11/2006 (Agence Europe) - La Conférence ministérielle EuroMed, qui a réuni le 28 novembre à Tampere les ministres des Affaires étrangères des Etats membres de l'UE et leurs homologues des pays du pourtour méditerranéen, ainsi que des personnalités comme le Haut représentant de la PESC Javier Solana, la Commissaire européenne Ferrero-Waldner et le Secrétaire général de la Ligue arabe Amr Mahmoud Moussa, s'est achevée sur un succès réel pour la Présidence finlandaise (voir aussi EUROPE n°9316). Autant, comme l'a fait observer le ministre finlandais Erkki Tuomioja, parce que c'est la deuxième fois seulement en 11 ans qu'une telle réunion se termine par l'adoption de conclusions communes que parce qu'elle a permis l'amorce d'un dialogue direct entre Israéliens et Palestiniens.
La question palestinienne a été au centre des débats et a occulté le reste des discussions. Tzipi Livni, ministre israélienne, et le Palestinien Nabil Shaat n'ont pas eu, en fait, besoin d'intermédiaires pour entamer leurs entretiens bilatéraux centrés sur les thèmes majeurs en débat (« mécanismes » du cessez-le-feu, canaux de contact et de discussion, perspective d'un gouvernement d'union nationale palestinien, etc.). L' « excellent climat» qui s'est instauré dans les rapports directs entre les deux délégations - Mme Livni poussant même la courtoisie de se lever, lors de la séance d'ouverture, pour aller saluer M. Shaat -, n'a pas été fidèlement reflété dans les propos publics. Mme Livni, qui a « pourtant charmé tous, Arabes et Européens », selon un diplomate arabe de haut rang, a « vite douché l'enthousiasme » par ses propos en plénière dans lesquels elle aurait repris des « propos extrémistes » comme la négation du droit des Palestiniens à une terre. La raideur apparente, sans doute due, selon des observateurs, à l'effet des luttes d'influence internes au sein de la coalition israélienne a eu pour conséquence, en fin de session, un retard dans l'adoption des conclusions. Dans un « baroud d'honneur », Mme Livni a refusé qu'il soit clairement fait mention, parmi les obligations, de respecter les résolutions de l'ONU, citées de façon détaillée et de l'ancien projet arabe appelé « initiative de Beyrouth ». Elle a aussi rejeté d'autres phrases, comme par exemple, dans un chapitre consacré aux engagements dans la lutte contre le terrorisme, celle qui considère comme nécessaire la « fin de l'occupation » ou encore celle de ne pas recourir à l'amalgame entre Islam et terrorisme.
L'évolution positive au Moyen-Orient a été saluée par tous les ministres présents (le Libanais est absent, l'Egyptien, pourtant coordinateur du groupe arabe, n'a fait qu'un bref passage à Tampere, et le Syrien, présent, se serait surtout préoccupé de réagir à la tentation française de l'isoler). Le chef de la diplomatie française a cependant clairement laissé entendre que la reprise de l'aide à l'autorité palestinienne est désormais envisageable. De « fortes » intentions sont prêtées à la Présidence allemande (au premier semestre 2007) qui voudrait, comme l'a illustré la récente tournée sur la rive sud du futur Président du Conseil, imprimer de sa marque l'évolution du dossier. Mais elle suscite des interrogations quant aux intentions qui lui sont prêtées de séparer, dans la « politique de voisinage », les pays de l'Est et ceux de la Méditerranée. Une intention qui s'ajoute à celle, annoncée par Malte, qui a adressé une lettre formelle en ce sens au président en exercice de l'UE, demandant de glisser, progressivement, du processus EuroMed vers un dialogue euro-arabe.
Pour le reste, la longue déclaration finale répertorie de façon classique les différents acquis et projets en cours dans tous les domaines d'activité y compris l'immigration, l'éducation (vers la création d'un Erasmus EuroMed), le renforcement du rôle de la « société civile », les droits des femmes, et surtout les progrès réels enregistrés dans des secteurs essentiels comme les transports, l'énergie et en particulier le financement de la coopération. Le vice-président de la BEI, Philippe de Fontaine Vive, a souhaité que l'UE accorde à l'institution bancaire, qui gère la FEMIP (instrument de financement voué à la coopération EuroMed) un « soutien à la hauteur des enjeux politiques ». Un vœu réalisé le jour même à Bruxelles par le Conseil des ministres de l'Economie et des Finances qui a fixé une enveloppe de 8,7 milliards euros (2007-2013) en dotation de la FEMIP renforcée.
Une note critique est cependant venue du ministre algérien Mohamed Bedjaoui, pays qui refuse de s'engager dans la politique de voisinage. Selon la presse de son pays, le ministre des Affaires étrangères a mis en avant le « bilan peu reluisant du partenariat euroméditerranéen » et appelé à « l'organisation d'une conférence euroméditerranéenne de haut niveau consacrée 'exclusivement' au développement, pour donner au partenariat en question ' une plate-forme novatrice' ». Mohamed Bedjaoui a estimé « pour le moins paradoxal » que le projet « d'instauration d'une vaste zone de libre-échange et d'une prospérité partagée, n'ait consacré à la question du développement, en onze années d'existence, aucune rencontre ministérielle ». Il a souligné la nécessité d'un « signal fort » pour la visibilité du processus. Une absence de perspective stratégique également soulignée par la Tunisie: « Il devient urgent de hisser le partenariat EuroMed à un niveau qui réponde aux nouveaux défis géostratégiques ». Miguel Moratinos, qui a de nouveau confirmé l'attention particulière que porte son pays, l'Espagne, à la coopération avec la Méditerranée, à une « alliance des civilisations » et à une action plus vigoureuse et solidaire en matière d'immigration, a estimé que la tâche essentielle devra être d'assurer plus de « visibilité » au processus de Barcelone. (fb)