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Bulletin Quotidien Europe N° 9225
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L'échec de Genève engendre déception et frustration

Bruxelles, 04/07/2006 (Agence Europe) - L'échec de la réunion de Genève, où se sont retrouvés, du 29 juin au 1er juillet, une trentaine de ministres du Commerce de l'OMC pour tenter de parvenir à un compromis sur les modalités (chiffres et autres dispositions) de libéralisation en agriculture et sur les biens manufacturés (NAMA) a engendré beaucoup de déception et de frustration.

Lors d'une conférence de presse lundi à Helsinki avec le président du Conseil européen, Matti Vanhanen, le président de la Commission, José Manuel Barroso, a regretté que la réunion de Genève n'ait permis « aucune percée ». « Tout ce dont nous avons besoin, c'est un succès du round de Doha. Et pour y arriver, il faut un compromis sur les chiffres, en termes de semaines, pas de mois », a insisté M. Barroso, avant de poursuivre: « Cela nécessite un compromis sur des baisses réelles des droits de douane agricoles et industriels ainsi que des réductions effectives des subventions agricoles qui engendrent des distorsions des échanges, ce que l'Union européenne consent à offrir ». « L'Europe va continuer à être constructive dans les consultations que Pascal Lamy va entreprendre. Chacun doit faire la même chose, être constructif, offrir des coupes réelles et œuvrer en faveur d'un round qui soutienne réellement le développement », a ajouté
M. Barroso, qui a appelé les Etats-Unis à faire de nouveaux efforts en matière de soutiens internes, et les pays émergents (G-20) à faire davantage de concessions en matière de tarifs industriels et d'ouverture des marchés des services. « Pour que le multilatéralisme fonctionne, il faut que chacun contribue. L'Union a donné plus que quiconque dans ce round, nous voulons voir les autres contribuer eux aussi », a-t-il conclu.

Visiblement frustré par le fait que les discussions sur l'agriculture et sur les biens manufacturés bloquent tout progrès sur les autres volets des pourparlers, en particulier celui des services, le Commissaire au Commerce Peter Mandelson s'était toutefois félicité samedi dernier, à l'issue de la réunion de Genève, des résultats d'une réunion de bilan sur les négociations sur les services, à laquelle avaient pris part une vingtaine de ministres présents. « Ces discussions ont été une des seules satisfactions d'une réunion largement infructueuse », avait estimé M. Mandelson devant la presse, expliquant que les ministres s'étaient davantage concentrés sur les « possibilités » (can-do) que sur les « lignes rouges ». Les négociations plurilatérales sur les services, auxquelles participent une quarantaine de pays membres seulement, sont conduites par un système d'échange de « requêtes » individuelles (d'un pays à un autre) ou collectives (d'un groupe de pays à un autre) en matière d'accès au marché et d' « offres » traduisant le degré de réciprocité qu'un pays ou un groupe de pays est prêt à consentir. Suivant le calendrier convenu en décembre dernier à Hong-Kong, les dernières requêtes ont été déposées fin février, tandis que les offres révisées devront être mises sur la table avant la fin du mois de juillet. Or, craignant qu'une libéralisation de leurs marchés des services au bénéfice d'une concurrence agressive en provenance des pays riches soit le prix à payer pour une grande réforme agricole dans les pays développés, de nombreux pays en développement restent réticents à réviser leurs offres de manière ambitieuse. « Les progrès dans les discussions en agriculture auront sans aucun doute un impact et ralentiront les négociations sur les services », explique Hamid Mamdouh, directeur de la division services à l'OMC, au Financial Times du 4 juillet (qui souligne la frustration du secteur des services, en Europe comme aux Etats-Unis, devant le fait que un volet des discussions - l'agriculture - qui représente seulement 2% de leurs économies retarde les négociations d'un volet qui représente 70% de leurs économies).

En voyage au Brésil, la ministre britannique des Affaires étrangères, Margaret Beckett, qui s'est dite « profondément déçue » de l'échec de Genève, a plaidé en faveur d'un nouveau geste de l'UE en matière agricole pour débloquer la situation. « La clé d'un accord est claire, l'Union doit permettre à des pays plus compétitifs d'avoir un accès élargi à son marché agricole », a estimé Mme Beckett, qui s'est félicitée des signaux de flexibilité conditionnelle en matière d'accès au marché agricole donnés par M. Mandelson. Mme Beckett a aussi indiqué qu'elle suggérerait au président brésilien Lula d'organiser, en marge du sommet de Saint-Pétersbourg (15-17 juillet), une réunion des chefs d'Etat et de gouvernement du G-8 et des pays du G-20 (Afrique du Sud, Brésil, Chine, Inde et Mexique) pour donner une impulsion politique aux négociations de l'OMC.

Aux Etats-Unis, où on craint qu'un accord ne soit pas conclu avant l'expiration du mandat de négociation donné par le Congrès à l'Administration américaine, la Trade Promotion Authority, le Président Bush et le Secrétaire général de l'ONU Kofi Annan ont convenu lundi soir lors d'un entretien téléphonique que les négociations de Doha étaient « à un stade critique » et que leur « réussite » constituait une « priorité ». Les Américains n'ont d'ailleurs pas vraiment apprécié de se retrouver sur le banc des accusés à Genève, confrontés au refus des pays en développement d'accorder un plus grand accès aux produits américains et à leurs fortes exigences en matière de réduction des soutiens internes. Influent sénateur de l'Iowa et président de la commission des Finances (chargé du commerce international), Chuck Grassley, s'est dit « déçu » des résultats de Genève mais s'est félicité que la représentante au Commerce, Susan Schwab ait « tenu bon sur l'accès au marché ».

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