Deux caractéristiques uniques. C'est une chance pour l'Europe que ce soit maintenant le tour de la Finlande de présider le Conseil communautaire. Ce pays réunit deux caractéristiques dont l'UE a en ce moment particulièrement besoin: se situer à l'avant-garde dans la mise en œuvre de la stratégie de Lisbonne, et être immune de l'euroscepticisme à la mode. La Finlande représente la preuve qu'il est possible d'effectuer les réformes économiques, sociales et structurelles imposées par les évolutions mondiales et se situer à l'avant-garde dans la création de la mythique «économie de la connaissance», tout en restant confiant dans la construction de l'Europe unie et en partageant les ambitions politiques qui y sont liées. La Finlande est le seul pays scandinave qui fasse partie de la zone euro, et il est même positif à l'égard du projet constitutionnel ! Une rareté, je vous dis.
Je ne vais pas rentrer dans le détail des orientations de la nouvelle présidence, car à Helsinki on pratique la transparence, et le gouvernement est en train de faire connaître son programme européen bien mieux que je ne pourrais le faire. L'ambassadeur Représentant permanent en a parlé informellement avec les journalistes (voir notre bulletin n. 9220), le ministre des Affaires étrangères a tenu une conférence de presse substantielle à Bruxelles (voir notre bulletin n. 9222), le Premier ministre en a fait autant dans sa capitale. Le Parlement européen est informé directement ces jours-ci à Strasbourg et il va avoir un débat où chaque groupe politique s'exprimera et aura l'occasion de critiquer les aspects qu'il n'aime pas. Je me limiterai donc a quelques remarques sur deux points essentiels.
La relance constitutionnelle. Ce n'est pas par des phrases rhétoriques plus ou moins bien tournées que la Finlande exprime son appui au projet de doter l'Europe d'un traité constitutionnel, mais par des actes concrets et réalistes. Le réalisme consiste à reconnaître que le traité souhaité ne pourra pas correspondre, mot par mot, au projet actuel: des adaptations seront nécessaires Mais, contrairement à certains de ses collègues, le ministre Erkki Tuomioja ne déduit pas de cette constatation qu'il faut renoncer à ratifier ce traité tel qu'il existe. Au contraire, le gouvernement finlandais a invité le Parlement national à le ratifier en septembre, et il prévoit entre 80 et 90% de voix favorables. Le but des nouvelles ratifications est de « maintenir en vie le processus ». C'est pourquoi M. Tuomioja souhaite que le processus soit repris dans les Etats membres qui l'ont suspendu, le but étant que le traité constitutionnel soit en place en 2008. D'ici là, l'UE doit agir dans le cadre du traité actuel (plusieurs actions et plusieurs progrès sont possibles), sans essayer d'anticiper telle ou telle disposition du traité constitutionnel, qui doit conserver son unité et sa cohérence, fruits d'un équilibre difficilement atteint entre les positions nationales de départ.
Un détail de la conférence de presse du ministre m'a frappé: il est indispensable, à son avis, de se débarrasser du terme «Constitution» qui ne correspond pas à l'objectif poursuivi et qui, dans certains Etats membres, a influencé négativement une partie de la population. Depuis combien de temps Jacques Delors dénonce-t-il cette erreur de dénomination ? Il est positif que la présidence soit d'accord.
En tant que présidence, en plus de donner l'exemple, la Finlande accomplira la tâche qui lui a été confiée: consulter les institutions européennes et les Etats membres sur les différentes options de «sortie de crise» afin de préparer la voie à la Présidence allemande qui présentera des « options » en 2007.
L'élargissement et la « capacité d'absorption ». La Finlande a pris très au sérieux la responsabilité de lancer le débat sur la capacité de l'UE à «absorber/assimiler» d'autres Etats membres à l'avenir, même si elle doit attendre le rapport que la Commission présentera à ce sujet à l'automne. Les conclusions du Sommet de juin étaient claires à ce sujet: toute adhésion ultérieure après celles de la Roumanie, de la Bulgarie et de la Croatie (qui, selon M. Tuomioja, ne posera pas de problèmes particuliers) devra être évaluée en tenant compte des indications du Sommet de juin (paragraphe 53): « Veiller à ce que l'Union soit en mesure de fonctionner politiquement, financièrement et institutionnellement lorsqu'elle s'élargit et d'approfondir encore le projet commun européen » (voir cette rubrique dans le bulletin n.9217). Le débat à ce sujet au niveau des chefs de gouvernement se déroulera au Sommet des 14/15 décembre prochains. On fait entièrement confiance à la présidence pour veiller à ce que les principes cités soient respectés.
(F.R.)