Cette rubrique ne commente jamais les résultats d'élections nationales, et elle ne fera pas une exception pour l'Italie. Les peuples choisissent, les majorités changent, les gouvernements se suivent: c'est le fonctionnement normal de la démocratie qui relève essentiellement de la politique interne de chaque pays. L'Agence EUROPE ne connaît qu'un critère d'évaluation: les attitudes à l'égard de la construction européenne. En Italie, le soutien populaire à cette entreprise n'a jamais fait défaut, même si parfois il donne l'impression d'une adhésion sentimentale davantage que d'une participation réfléchie aux disciplines et aux efforts communs. La majorité qui a gouverné le pays pendant cinq ans n'a pas modifié cette orientation de fond, et l'Italie ne s'est éloignée de manière spectaculaire ni de l'esprit communautaire ni de l'application globalement satisfaisante (avec des lacunes, comme presque partout) des règles européennes.
L'euro mal compris. Sur un point toutefois Silvio Berlusconi a faussé, à mon avis, la perception correcte de l'intérêt national: la monnaie unique. Les accusations à l'euro et à sa prétendue responsabilité dans l'augmentation du coût de la vie ignorent les avantages incommensurables que l'Italie a retirés et retire de sa participation à l'union monétaire. Sans l'euro, l'Italie ne pourrait pas soutenir le poids de la dette publique, car les taux d'intérêt nationaux imposeraient des dévaluations périodiques et croissantes qui conduiraient le pays à la banqueroute. Dans l'intermède actuel entre l'ancien et le nouveau gouvernement, les milieux financiers (dont le «Financial Times» s'est fait une fois de plus l'écho) ont relancé la thèse de la sortie italienne, à terme, de la monnaie commune. Selon plusieurs observateurs, l'objectif réel de cette campagne serait la fin de l'euro, rêve permanent des milieux financiers de Londres et de New York. J'estime que les médias et les milieux politiques italiens ont eu tort de donner tellement de poids à l'article du quotidien rose de Londres: le Financial Times mérite sans doute d'être pris en considération, à la condition de ne jamais oublier que, pour les questions financières, il est le porte-parole de la City. Ce qu'il a écrit doit être considéré comme un avertissement sur la nécessité pour l'Italie de respecter le Pacte de stabilité et de réduire la dette de l'Etat (dont la moitié reste quand même dans les mains de citoyens italiens).
D'autres prises de position de M. Berlusconi sur les affaires européennes ont suscité des perplexités, par exemple les affirmations réitérées en faveur de l'adhésion de la Russie à l'UE (M. Poutine n'était pas le moins étonné), mais la plupart des contestations à son égard avaient une portée essentiellement interne, y compris le problème du conflit d'intérêts. Et certains membres de son gouvernement faisaient preuve d'une maîtrise progressive de la problématique européenne, par exemple le ministre des Affaires étrangères Gianfranco Fini en tant que représentant de l'Italie au sein de la Convention qui a élaboré le projet de traité constitutionnel. Globalement, du point de vue européen, ces cinq dernières années ont représenté une période d'attente, sans que les orientations nationales traditionnelles aient été renversées (ce qui a été en partie constaté dans d'autres Etats membres comme les Pays-Bas ou la Pologne).
Les initiatives dont on parle. Si le président de la République Carlo Azeglio Ciampi (dont l'appui vigoureux à la construction européenne ne s'est jamais affaibli) confirme les prévisions en confiant à Romano Prodi la responsabilité de former le nouveau gouvernement, des initiatives de Rome pour relancer la construction européenne paraissent probables. M. Prodi s'est déclaré favorable à la formule d'un «noyau dur» entre les Etats membres qui sont décidés à avancer, et il s'est prononcé pour le maintien du traité constitutionnel dans une forme allégée, en vue, le moment venu, d'un «référendum européen» (voir notre bulletin n° 9174). Le représentant permanent italien auprès de l'UE, l'ambassadeur Rocco Cangelosi, vient d'évoquer l'hypothèse d'une «forte initiative italo-allemande» pour une relance générale du processus d'intégration européenne. Parallèlement, certains cercles informels qui n'avaient jamais cessé d'œuvrer de manière plus ou moins ouverte («comité des Dix» animé notamment par Flavio Mondello, interventions écrites de l'ancien Représentant permanent à Bruxelles Piero Calamia dans la revue Affari Esteri, etc.) reprennent vigueur et visibilité, avec des idées nouvelles sur les voies à suivre pour relancer la Constitution. J'y reviendrai la semaine prochaine lorsque je rendrai compte globalement des derniers développements de la «réflexion» sur l'avenir de l'Europe et sur la relance constitutionnelle en particulier.
(F.R.)