J'évoquerai aujourd'hui trois sujets intéressant les relations entre l'UE et ses citoyens.
L'initiative de Mme Reding. Des informations européennes positives pour les citoyens ? Il y en a chaque jour. J'avais même envisagé d'en faire un élément périodique de cette rubrique. Mais je doute maintenant de son utilité, car la constance avec laquelle les mérites européens sont ignorés ne cesse de m'étonner. Un exemple ? Pratiquement aucun spectateur des deux films qui racontent les péripéties de jeunes qui font à l'étranger une partie de leurs études grâce à Erasmus ne sait qu'Erasmus est un programme financé par le budget de l'UE.
De la même manière, lorsque les utilisateurs de téléphones portables constateront d'ici quelque temps que les tarifs pour communiquer avec un interlocuteur dans un autre Etat membre auront été radicalement réduits, ils ignoreront qu'ils le devront à une initiative de la Commissaire européenne Viviane Reding. Il y a un an, en examinant les tarifs de la téléphonie mobile pour les appels internationaux (roaming), elle avait constaté des abus incompatibles avec le principe du marché commun. Elle avait alors invité les opérateurs téléphoniques à faire quelque chose. Sans résultat. Certains tarifs avaient même entre-temps augmenté ! Et alors, la Commission a décidé, à l'initiative de Mme Reding, d'intervenir par la voie réglementaire. Le coût de la situation actuelle est énorme pour les petites et moyennes entreprises, pour ne pas parler des jeunes qui renoncent à téléphoner. Les tarifs ne répondent à aucune logique: c'est l'arbitraire qui règne. Si un Maltais va en Lettonie et veut téléphoner chez lui, quatre minutes de conversation lui coûtent 13 euros. Quelques progrès ont été constatés en Irlande et en Belgique, mais globalement, c'est l'abus permanent. Or, dans l'Union européenne, il est inadmissible que le citoyen soit pénalisé chaque fois qu'il traverse une frontière interne. En mettant de l'ordre, les opérateurs encaisseront moins pour chaque communication, mais ils seront compensés par l'expansion du trafic ; et ceci, à l'avantage des citoyens (même si, en principe, l'utilisation excessive ou maniaque du «portable» n'est pas à encourager).
Cette histoire téléphonique n'est qu'un exemple de ce que fait l'UE directement à l'avantage du citoyen. On pourrait citer aussi les initiatives du vice-président Jacques Barrot concernant la «liste noire» des compagnies aériennes et le projet qui vient d'aboutir (même si sa mise en œuvre sera progressive) du permis de conduire européen. Et bien d'autres initiatives d'autres commissaires.
Avec qui les employeurs européens veulent-ils communiquer ? L'événement est connu: au dernier Conseil européen, le président Chirac a quitté la salle parce que le président de l'UNICE (organisation européenne des employeurs) s'exprimait devant les chefs de gouvernement en anglais tout en étant de nationalité française. L'explication donnée par Ernest-Antoine Seillière était simple: « L'anglais, c'est la langue du monde des affaires ». Ce n'est pas à moi de juger les règles et habitudes internes de l'UNICE. La question qui se pose est de savoir à qui les employeurs entendent s'adresser. S'ils veulent dialoguer entre eux, c'est (si on peut dire) leur affaire. Mais s'ils veulent aussi communiquer avec l'extérieur, faire connaître leurs vues aux opinions publiques, alors la phrase de M. Seillière ne tient pas debout. Pour communiquer en Europe, deux langues, c'est le minimum, d'autant plus que le français est l'une des langues officielles du pays où l'UNICE a son siège ; et ceci non seulement pour s'exprimer devant les chefs de gouvernement, mais aussi pour les conférences de presse et pour les communiqués. Quinze ou vingt langues, c'est ingérable ; deux langues, c'est raisonnable et, à mon avis, indispensable.
Aux actionnaires de décider. Les considérations de Jean-Claude Juncker sur l'intervention des autorités dans certaines fusions ou OPA, citées dans cette rubrique datée 29 mars, ne doivent pas laisser l'impression que le Premier ministre luxembourgeois (et président du Groupe de l'euro) estime que les gouvernements doivent imposer leurs vues dans les procédures des OPA. M. Juncker lui-même a clarifié, à propos du cas spécifique de l'OPA de Mittal Steel sur Arcelor (sidérurgie), que son gouvernement n'interdira pas l'opération, car la voie de l'interdiction légale « n'est pas conforme à notre tradition ». Les autorités peuvent demander aux auteurs d'une OPA hostile d'expliquer leur projet industriel, mais la décision revient aux actionnaires. Le porte-parole du gouvernement a ajouté que ce dernier estime que « le projet industriel d'Arcelor est supérieur à celui de Mittal », et qu'à son avis, l'analyse des actionnaires aboutira à la même conclusion. Ce qui clarifie la signification des déclarations générales de M. Juncker déjà évoquées. S'informer, évaluer les répercussions et s'exprimer, oui ; mais les décisions restent à qui de droit (étant entendu que si l'Etat est actionnaire, il se comporte à sa guise). (F.R.)