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Bulletin Quotidien Europe N° 9165
JOURNEE POLITIQUE / (eu) ue/ppe/congres de rome

Le PPE a adopté son « Manifeste de Rome » qui propose des priorités d'action pour l'UE - Pour la poursuite du processus de ratification de la Constitution européenne - Proposer aux pays voisins des « partenariats particulièrement étroits » en alternative à l'adhésion

Rome, 31/03/2006 (Agence Europe) - Le Congrès du Parti Populaire Européen (PPE) qui s'est tenu les 30 et 31 mars à Rome a adopté vendredi après-midi son « Manifeste de Rome » dans lequel il plaide pour des « priorités claires » pour l'Union européenne (il en propose quatre), pour une UE plus transparente et moins bureaucratique, pour la poursuite du processus de ratification du Traité constitutionnel et pour un « partenariat particulièrement étroit » à offrir - comme alternative à l'adhésion - aux pays voisins de l'UE qui ne peuvent ou ne veulent pas devenir membres à part entière. Les quatre priorités pour l'UE que propose le PPE sont: 1) créer une Europe plus innovatrice pour favoriser la croissance et la création d'emplois. Il faudra notamment achever le marché intérieur, notamment dans le secteur financier et celui des services, lit-on dans le document qui demande aussi au Conseil et à la Commission d'accepter la position du Parlement européen sur la directive services comme base pour la décision finale. Le PPE met aussi un accent important sur la simplification des charges administratives et réglementaires pour les petites et moyennes entreprises ; 2) protéger les citoyens européens contre les menaces du terrorisme et de l'extrémisme. Le PPE plaide pour un contrôle optimal des frontières extérieures de l'UE et une coopération renforcée dans les domaines de la police et de la justice ; 3) renforcer le rôle de l'Europe sur la scène internationale. L'UE doit renforcer la PESC et la PESD, « de façon complémentaire à l'OTAN », et renforcer la dimension « droits de l'Homme » dans ses relations extérieures. L'Union doit aussi développer un plan d'action pour mettre en pratique sa stratégie en matière de sécurité, renforcer l'autorité du droit international et le multilatéralisme et faire davantage dans la lutte contre la pauvreté et la faim dans le monde; 4) développement durable et protection de l'environnement.

Le Manifeste de Rome du PPE réclame aussi une « Europe plus transparente et capable d'agir ». Le PPE estime notamment que certaines dispositions du Traité de Nice sont insuffisantes pour assurer le bon fonctionnement de l'UE élargie. Tant que les réformes prévues dans le projet de Constitution européenne ne seront pas entrées en vigueur, « les problèmes politiques et les faiblesses institutionnelles vont persister et s'aggraver ». Par conséquent, le PPE (contre l'avis de ses membres néerlandais, semble-t-il) propose de poursuivre le processus de ratification du Traité constitutionnel après la phase de réflexion. Il suggère aussi que le Conseil européen donne - au plus tard au premier semestre 2007- un « nouvel élan » à ce processus.

A propos de l'élargissement de l'UE, le Manifeste de Rome souligne tout d'abord que l'adhésion des dix nouveaux pays membres en 2004 a été « bénéfique pour tous, autant les anciens que les nouveaux Etats membres ». Il est essentiel, pour la viabilité du projet européen, de trouver un équilibre entre l'élargissement de l'UE et sa consolidation, dit le Manifeste. « Par conséquent, l'Union européenne doit être réformée, au plus tard avant le prochain élargissement, mais après l'adhésion de la Roumanie et de la Bulgarie ». Tout élargissement futur devra en outre tenir compte de la capacité de l'Union à absorber de nouveaux membres. L'UE devrait aussi offrir aux pays voisins européens (sans préciser lesquels) qui ne peuvent ou ne veulent pas devenir membres à part entière, la possibilité d'un « partenariat particulièrement étroit » comprenant des « solutions multilatérales », est-il stipulé. A travers ce partenariat particulièrement étroit, un « espace économique commun » pourrait être créé (idée qui s'inspire du rapport du parlementaire européen Elmar Brok sur la stratégie future de l'élargissement de l'UE), mais cet espace devrait être plus ambitieux que l'actuel Espace Economique Européen (EEE) et devrait inclure une étroite consultation politique, en particulier dans les domaines de la justice et des affaires intérieures (contrôle frontalier, coopération judiciaire, protection des droits de l'Homme, etc.) ainsi que pour la politique étrangère et de sécurité (en particulier la lutte contre le terrorisme) et le respect des frontières extérieures de l'Union. L'UE devrait aussi encourager ces Etats (que le Mémorandum du PPE ne cite pas, mais qui feraient partie de cet espace commun) à renforcer leur coopération régionale entre eux.

Le PPE estime aussi que pour renforcer le soutien des citoyens au processus d'intégration européenne, il est indispensable d'expliquer aux gens en quoi consiste « l'identité européenne commune ». Le débat sur les frontières est au cœur même de cette identité européenne commune, lit-on dans le Manifeste de Rome.

Célébration du 30ème anniversaire du PPE: interventions de Wilfried Martens, Wolfgang Schüssel, Jean-Claude Juncker, Angela Merkel, Silvio Berlusconi, Nicolas Sarkozy

Au cours des deux jours de Congrès, les dirigeants et membres du PPE ont aussi célébré le 30ème anniversaire du PPE. Depuis sa création en 1976, le Parti Populaire Européen a toujours eu comme objectif de poursuivre le travail des pères fondateurs Jean Monnet, Robert Schuman, Alcide de Gasperi et Konrad Adenauer, a souligné jeudi après-midi Wilfried Martens qui, quelques heures auparavant, avait été confirmé à la tête du PPE (voir EUROPE n° 9164). « Aucune autre force politique a davantage marqué l'intégration européenne que le PPE », a-t-il estimé, rappelant l'action des personnalités comme Léo Tindemans (qui fut le premier président du PPE en 1976), Piet Bukman (successeur de M. Tindemans), Jacques Santer (troisième président du PPE) et, surtout, une « figure historique », Helmut Kohl « qui n'a pas seulement fait l'unité de l'Allemagne, mais a aussi été l'acteur clé de la réunification de l'Europe ». Aujourd'hui, le PPE doit poursuivre cette politique intégrationniste entamée par ses fondateurs, pour créer non pas un « super Etat européen », mais une « fédération européenne décentralisée » fondée sur une « économie sociale de marché ». Aujourd'hui, dans cette phase où l'UE est dans une « crise grave », le PPE a un rôle important à jouer pour « transformer cette crise en un nouvel élan ». Il faut trouver de nouveaux projets mobilisateurs, des projets autour des priorités que le PPE a définies dans son Mémorandum de Rome, a expliqué M. Martens. A propos de la Constitution européenne, M. Martens est clair: « Nous ne pouvons pas perdre les résultats de la Convention. Nous devons les sauver ».

Les chefs de gouvernement ou de partis affiliés au PPE se sont ensuite succédé à la barre, tous pour se féliciter de l'acquis, mais aussi pour faire des suggestions pour l'avenir. « Qui peut faire avancer l'Europe, si ce n'est pas le PPE ?», s'est demandé le Chancelier autrichien et Président du Conseil européen, Wolfgang Schüssel. « La gauche est divisée, les autres formations politiques sont trop faibles », a estimé M. Schüssel pour qui « le PPE est le parti dont dépendra le destin de l'Europe ». Le parti doit rester fidèle à des principes qui doivent être à la base de son action politique, a insisté M. Schüssel. Ainsi, par exemple, « l'UE ne doit pas être régie par l'argent. L'Europe, c'est plus que l'euro ». En outre, « l'Europe ne pourra pas s'élargir sans arrêt », même si les engagements pris doivent être respectés, en particulier en ce qui concerne la perspective européenne des Balkans. « L'Europe a besoin d'un noyau dur », a dit aussi le Chancelier autrichien, et elle doit défendre ses valeurs, « car une Europe sans valeur n'a pas de valeur ». Jean-Claude Juncker, Premier ministre du Luxembourg, s'est livré à un plaidoyer « contre le découragement » de la classe politique face aux problèmes actuels de l'Europe. « L'Europe est peut-être en crise, certes, elle est fatiguée, mais ne perdons pas le courage », a-t-il lancé. « Si nous ne parvenons même plus à être fiers de ce que l'Europe est devenue au cours des cinquante dernières années, comment voulez-vous que les citoyens le soient ? ». M. Juncker a aussi mis en garde devant la tentation d'« exagérer, de vouloir faire trop » au niveau européen. « Nous ne voulons pas créer les Etats-Unis d'Europe, parce les citoyens ne comprennent pas cette notion et qu'ils veulent garder les références nationales », a dit M. Juncker qui a aussi souligné l'importance de la subsidiarité. Le ministre français de l'Intérieur Nicolas Sarkozy a demandé que le PPE devienne un « véritable parti politique » au sein duquel seraient discutées les « vraies questions » qui sont à la base de la crise actuelle de l'UE. Ainsi, a-t-il dit, il faut définir le « partenariat privilégié » dont parle le PPE pour certains pays candidats, comme la Turquie (alors que le Manifeste de Rome parle de « partenariat particulièrement étroit »: voir plus haut). Sur le plan institutionnel, M. Sarkozy a rappelé sa suggestion de retenir seulement « un tronc commun » du texte de la Constitution européenne et laisser aux Etats membres le temps d'expliquer leur position aux citoyens. Et il a aussi plaidé pour une politique d'immigration commune et la mise en place d'une police commune des frontières dans l'UE: « Il n'y a rien de plus urgent », a-t-il dit. La chancelière allemande, Angela Merkel, a insisté sur la nécessité de maintenir un équilibre et une « cohérence » entre élargissement et approfondissement de l'UE. Quant au Premier ministre italien Silvio Berlusconi, dans le discours distribué au Congrès, il a affirmé que, notamment, pour vaincre la pauvreté et le terrorisme, il faut que les liens entre l'UE et les Etats-Unis « restent forts et solidaires » , car si l'Europe s'écarte ou, « pire », si elle s'oppose aux Etats-Unis, « cela compromettrait la sécurité et la prospérité du monde entier ». « L'Occident est et doit rester un: il ne peut pas y avoir deux Occidents. L'Europe a besoin de l'Amérique et l'Amérique a besoin de l'Europe », a martelé M. Berlusconi, en ajoutant: « Nous sommes pour une Europe dotée d'une politique autonome de défense et de sécurité, en mesure d'assumer, en partenariat avec les Etats-Unis, des responsabilités autonomes. Nous sommes pour une Europe dynamique, compétitive, sachant renouveler ses structures sociales, misant sur la recherche, le savoir, l'innovation technologique ». M. Berlusconi a aussi estimé que ceux qui ont refusé une référence aux « racines chrétiennes de notre continent » dans la Constitution européenne n'ont pas nui « au christianisme et à nos pères, mais (…) plutôt à nos enfants, que nous ne voulons pas voir grandir sans valeurs, sans histoire, sans identité ».

Encouragements aux Italiens et aux Hongrois en campagne électorale

Il était beaucoup question à Rome des élections qui doivent avoir lieu dans les semaines et mois dans plusieurs pays membres. En premier lieu, évidemment, les élections parlementaires en Italie des 9 et 10 avril qui ont été évoquées par presque tous les orateurs, avec des messages de soutien - plus ou moins chaleureux, selon l'orateur - à Silvio Berlusconi. Ainsi, Wilfried Martens s'est adressé « à nos amis italiens » pour leur souhaiter « la victoire aux élections, mais aussi la volonté politique de s'unir dans un parti politique semblable à celui (le PPE) que nous avons sur le plan européen ». « Un jour, dans ce pays, cette famille politique (du centre) doit se créer. Cela, c'est notre espoir, Monsieur Berlusconi », a dit le président du PPE. Wolfgang Schüssel a affirmé que « l'Italie et l'Europe me sont trop chers pour accepter que leur sort dépende du soutien des communistes. Nous avons besoin d'un centre fort ». La chancelière allemande Angela Merkel s'est limitée à un simple « bonne chance » à l'adresse de M. Berlusconi.

Le PPE met aussi beaucoup d'espoirs dans Victor Orban, l'ancien Premier ministre hongrois du Fidesz qui, selon les sondages, pourrait sortir vainqueur des prochaines élections générales qui auront lieu en Hongrie les 9 et 23 avril (élections en deux tours). « Nous espérons très fort qu'il sera le prochain Premier ministre de Hongrie », a dit M. Martens. Dans son discours, M. Orban a mis un accent particulier sur la nécessité pour l'Europe de réaffirmer et de protéger ses valeurs spirituelles et ses traditions, « y compris l'héritage chrétien », sans lequel l'Europe ne serait pas ce qu'elle est, a-t-il dit.

Nicolas Sarkozy, plus que probable candidat de l'UMP aux élections présidentielles en France en mai 2007, a également été accueilli au Congrès du PPE comme un « prochain dirigeant ». Wilfried Martens a exprimé l'espoir que, « après avoir gagné les élections de 2007 », M. Sarkozy fera partie des « dirigeants qui défendent les intérêts et projets européens communs dont l'Europe a tellement besoin ».

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