Bruxelles, 01/03/2006 (Agence Europe) - « Nous avons convenu qu'il faut éviter les asymétries dans la libéralisation des marchés » nationaux de l'énergie, a dit à la presse Giulio Tremonti, ministre italien de l'Economie, le 28 février à Bruxelles à l'issue de son entretien avec Neelie Kroes, Commissaire européen en charge de la concurrence. Les autorités italiennes requièrent, donc, dans l'affaire Enel/Suez, davantage de « réciprocité » plutôt que de brandir la menace de mesures de rétorsion (voir EUROPE n° 9141). Le but de la rencontre entre M. Tremonti et Mme Kroes était d'avoir un « échange de vues » - mais sans esprit de « vengeance » - sur les récentes évolutions du marché européen de l'énergie, a-t-il précisé, en ajoutant: nous avons, « bien sûr », abordé « l'affaire dans laquelle plusieurs entreprises européennes sont impliquées ». Il se référait au projet de fusion entre les entreprises Gaz de France (GDF) et Suez annoncé par le gouvernement français et qui a provoqué la colère de l'Italie qui y voit une tentative française visant à contenir l'appétit d'Enel, l'entreprise publique italienne d'électricité, pour Electrabel, filiale belge de Suez. Selon l'agence Dow Jones, Enel devrait d'ailleurs déposer prochainement un document d'information à la Commission sur les motivations de son projet contrecarré.
Dans un communiqué, Neelie Kroes a noté que « la Commission analysera en détail et de manière impartiale toute offre d'acquisition impliquant Suez si et à partir du moment où (celle-ci) est notifiée conformément au règlement européen sur les fusions ». A ce jour, la Commission n'a reçu aucune notification.
Le 1er mars, M. Tremonti a rencontré Charlie McCreevy, Commissaire européen en charge du marché intérieur, pour lui exposer la position du gouvernement italien concernant la fusion entre Suez et GDF. Le ministre, selon un communiqué de la Commission, a fait part de « ses doutes vis-à-vis du respect de certains principes du marché intérieur tels que la libre circulation des capitaux et la non discrimination, ainsi que des dispositions de la directive sur les abus de marché ». Charlie McCreevy, selon le même communiqué, lui a assuré qu'il était « prêt à suivre et examiner la situation à la lumière des inquiétudes soulevées ».
En Italie, où la campagne électorale bat son plein, l'annonce de la fusion entre Suez et GDF a suscité de vives réactions. Le chef du gouvernement, Silvio Berlusconi, avait dénoncé en début de semaine « une énorme violation du droit communautaire ». Mardi, Romano Prodi, ancien Président de la Commission européen et rival de M. Berlusconi aux élections législatives, a estimé que « l'exigence de renforcer les entreprises nationales est devenue urgente », selon le quotidien La Repubblica. Des voix s'élèvent même en faveur d'un rapprochement entre Enel et Eni, le grand groupe italien impliqué dans les secteurs pétrolier et gazier.