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Bulletin Quotidien Europe N° 9130
JOURNEE POLITIQUE / (eu) ue/avenir de l'europe/belgique

Les cinq missions des « Etats-Unis d'Europe », selon Guy Verhofstadt

Bruxelles, 13/02/2006 (Agence Europe) - Les « Etats-Unis d'Europe » que le Premier ministre belge Guy Verhofstadt propose de créer dans son nouveau livre (voir EUROPE n°9128) devront, selon l'auteur, se concentrer sur cinq « missions » prioritaires:

1) mettre en place un système de « pilotage politique européen » en matière économique. La faiblesse actuelle de l'Europe en matière de croissance économique et de compétitivité s'explique en grande partie par l'absence d'une politique économique et sociale communautaire, estime M. Verhofstadt. « La politique économique de l'Union se limite à quelques directives et aux prescriptions du Pacte de croissance et de stabilité, qui ne s'appliquent que dans la zone euro », tandis que la politique sociale se résume à des simples lignes directrices pour l'emploi et à quelques dispositions en matière de sécurité sur le lieu de travail. « La stratégie de Lisbonne n'a pas amélioré les choses », note le Premier ministre belge: « elle n'est qu'un catalogue d'objectifs, mais pas une vraie stratégie ». M. Verhofstadt propose donc de créer au sein de la Commission européenne un véritable « cabinet socio-économique » composé exclusivement des Commissaires compétents pour les matières afférentes à cette stratégie. Le rôle de ce cabinet consisterait à mettre au point une stratégie socio-économique communautaire capable de répondre aux défis socio-économiques de la mondialisation et du vieillissement de la population. Le fondement de cette stratégie doit être la convergence, et non pas l'harmonisation. Contrairement à l'harmonisation, l'approche de la convergence consisterait à définir des largeurs de bandes, avec des minima et des maxima, dans lesquelles doivent se développer les économies des Etats membres afin de parvenir à une économie européenne plus intégrée et compétitive. Les minima et maxima s'appliqueraient à la protection sociale, la fiscalité, les règles de flexibilité/rigidité du marché de travail ou encore la durée des carrières professionnelles. « Les maxima doivent donner des valeurs à ne pas dépasser pour éviter de porter préjudice au dynamisme de l'économie. Les minima doivent exprimer des valeurs qui doivent absolument être atteintes pour garantir une base de protection sociale et de développement durable ». M. Verhofstadt plaide aussi en faveur d'une « réforme en profondeur » du système de financement de la sécurité sociale en Europe, avec un glissement des impôts directs et des cotisations sociales directes vers des impôts indirects qui, eux, ne pèsent pas directement sur le coût de production.

2) consacrer davantage de moyens budgétaires à la recherche et au développement (R&D) et à la mise en place de réseaux d'information transeuropéens. L'Europe a besoin d'une « nouvelle vague technologique » ; elle doit donc investir davantage dans la recherche scientifique et technologique. « Ces dépenses doivent devenir le poste budgétaire le plus important, derrière les dépenses agricoles », plaide M. Verhofstadt.

3) créer un espace européen de justice et de sécurité. Dans la mesure où la criminalité se développe sur une base transfrontalière, « le seul moyen d'y tenir tête consiste à mettre en œuvre une approche au niveau européen », souligne M. Verhofstadt. La nomination d'un coordinateur européen pour la lutte contre le terrorisme et l'adoption du mandat d'arrêt européen sont des pas dans la bonne direction, mais ils ne suffisent pas. L'UE a besoin d'un système d'échange systématique des données entre les services de police, les magistrats et les services de sécurité, insiste M. Verhofstadt. Par ailleurs, Europol doit devenir un bureau d'enquête européen et Eurojust un parquet européen. Il faudra aussi créer une politique européenne de l'immigration et un seul service européen d'immigration, estime le Premier ministre belge.

4) développer une véritable « diplomatie européenne ». Si l'Europe veut faire entendre sa voix sur la scène internationale, elle doit mettre en place une politique étrangère européenne digne de ce nom. « Il faut d'abord un ministre européen des Affaires étrangères qui pourra parler sur un pied d'égalité avec ses homologues américain, russe ou chinois. Il devra être mandaté pour agir, pas seulement prendre acte d'une situation donnée ». L'UE doit aussi mettre en place un service diplomatique européen (qui est prévu dans le projet de Constitution, tout comme le ministre européen: NdlR). Avec un ministre et un service diplomatique commun, l'UE pourrait revendiquer un siège au Conseil de sécurité de l'ONU, selon M. Verhofstadt.

5) créer une armée européenne. « La politique étrangère européenne ne sera crédible que s'il existe une véritable défense européenne, c'est-à-dire une armée européenne ». L'UE devra disposer d'un bras militaire composé des forces que les Etats membres mettent à sa disposition. Les forces nationales subsisteront évidemment, en tant que « réservoir » pour la composition d'une force de défense européenne qui, elle seule, pourra agir à l'extérieur du territoire de l'UE, explique M. Verhofstadt. Cette force pourra être engagée pour des évacuations, des opérations de consolidation ou de rétablissement de la paix, mais aussi en vue de prévenir l'éclatement de conflits. La défense européenne ne doit pas miner l'OTAN. « Bien au contraire. Une défense européenne ferait de l'Europe un partenaire à part entière et dynamique des Etats-Unis », souligne M. Verhofstadt.

 

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