Bruxelles, 13/02/2006 (Agence Europe) - Le coup d'envoi du plan d'action humanitaire 2006 pour la République démocratique du Congo (RDC) a été donné lundi à Bruxelles, lors d'une conférence ministérielle, organisée par l'ONU et la Commission européenne et accueillie par le gouvernement belge (EUROPE n° 9129). Quelque 681 millions de dollars US (561 millions d'euros) sont jugés nécessaires pour couvrir les besoins humanitaires urgents de 60 millions de Congolais. C'est l'appel lancé par l'ONU pour financer la mise en œuvre de 330 projets conçus pour atténuer les souffrances d'un peuple victime de la catastrophe humanitaire la plus meurtrière depuis la seconde guerre mondiale, comparable, dans ses effets, à « un Tsunami tous les six mois »: 4 millions de morts causés par le conflit, 1 200 morts chaque jour, 16 millions d'habitants sur 60 dans la famine, une espérance de vie tombée de 54 à 43 ans en quelques années, plus de 1,4 million de déplacés internes, 1,3 million de réfugiés, des infrastructures détruites, des exactions et violences sexuelles… Tous les participants ont jugé que la perspective d'une conclusion du processus de transition et d'élections démocratiques en juin offraient une opportunité unique pour une mobilisation internationale sans précédent. Le plan d'action global 2006 est le fruit d'intenses travaux d'évaluation des besoins menés par l'ONU et les ONG internationales et locales avec le concours de la Commission. Il inclut les projets de 89 ONG qui s'articuleront autour de trois grands axes : « sauver des vies » (273 millions de dollars, 133 projets), « construire un environnement qui protège les communautés » contre les violences et exactions de tous ordres (409 millions de dollars, 197 projets), « promouvoir la stabilité » (lancement l'été prochain, après les élections). Le plan couvre dix secteurs (éducation, télécommunications d'urgence, sécurité alimentaire, santé, logistique, nutrition, protection des populations, retour et réintégration des réfugiés, abris, eau et assainissement).
Jan Egeland, secrétaire général adjoint et coordonnateur des Affaires humanitaires de l'ONU (UNOCHA), a souligné la nécessité d'une mobilisation de la communauté internationale. « Nous n'avons pas été en mesure de toucher les communautés dont les besoins sont criants. Le plan d'action 2006 est un grand pas en avant. C'est une occasion historique d'atteindre les communautés inaccessibles (…).Que 2006 soit l'année de la RDC ! Certains ont dit que nous étions trop ambitieux, mais tous ceux qui sont allés sur le terrain ont vu les véritables enjeux. Ils sont les mêmes qu'au Kosovo, en Irak ou à Aceh en Indonésie ». « Nous allons renforcer la coordination sur le terrain », a-t-il assuré, convaincu que le plan d'action constitue « une bonne plate-forme pour les programmes de transition et de développement pour aider les Congolais à rebâtir leur vie plutôt que de survivre ». Louis Michel, Commissaire européen au développement et à l'aide humanitaire, a parlé, lui, d'un « moment unique dans l'histoire du Congo qui voit ce pays et la région des Grands Lacs sortir progressivement d'une crise parmi les plus longues, les plus douloureuses et les plus destructrices, et pourtant largement oubliée ». Tout doit être fait pour la paix durable et la stabilité politique, car l'humanitaire et la stabilisation politique sont étroitement liés et interdépendants », a-t-il rappelé, satisfait de la précision du plan d'action qui cible les problèmes humanitaires les plus urgents et permettra de sauver des vies et de redonner la dignité à des populations dont les humiliations et la violence sont le lot quotidien. Saluant les progrès de la RDC vers le rétablissement de la paix et la démocratie,
M. Michel a estimé devant la presse que la générosité de la communauté internationale devait constituer « un acte de foi dans l'issue positive du processus de transition en cours qui restera fragile jusqu'au bout, et un appui au caractère irréversible de ce processus » (ce qu'a confirmé le ministre au Plan de la RDC en déclarant: « tout le monde veut la fin du processus électoral. Nous espérons avoir au moins un président de la République investi pour le 30 juin »).
Le plan global d'aide humanitaire de la Commission en faveur de la RDC pour 2006 s'élève à 38 millions d'euros et s'inscrit dans la stratégie commune qu'incarne le plan d'action. Il s'ajoute aux 78 millions d'euros déjà débloqués en 2004 et 2005. Le financement humanitaire par la Commission en 2006 restera axé sur la santé et met l'accent sur les enfants et les femmes, et des ressources seront consacrées à l'aide aux personnes déplacées et aux réfugiés. L'enveloppe de 149 millions d'euros alloués au programme d'appui au processus électoral et à l'amélioration des services de police et de sécurité sont d'autres témoignages de la solidarité de l'UE envers le peuple congolais.
« Les épreuves perdurent bien que la guerre soit officiellement terminée (…). Alors que le processus électoral est bel et bien en marche d'une manière irréversible et que les grands dossiers de la reconstruction sont déjà abordés, la catastrophe humanitaire reste néanmoins une réalité amère et quotidienne pour des millions de Congolais », a déclaré Karel de Gucht, ministre belge des Affaires étrangères. De retour de RDC, il s'est dit « frappé par les conditions humanitaires pitoyables », mais aussi « impressionné par la volonté du peuple congolais de sortir une fois pour toutes de cette situation ». « Nous ne pouvons pas décevoir ce peuple courageux qui est arrivé à un moment clé de son histoire et qui voit - finalement - se profiler à l'horizon un avenir meilleur, fin de l'instabilité, de la guerre et de la pauvreté extrême », a-t-il dit. Devant la presse, Jan Egeland s'est déclaré confiant que l'appel sera entendu dans les semaines à venir.