Bruxelles, 30/12/2005 (Agence Europe) - L'Iran a assoupli sa position sur la proposition de Moscou d'enrichir de l'uranium iranien en Russie, qu'il entend maintenant étudier, alors que jusqu'ici les responsables iraniens l'avaient rejetée a priori. Un adjoint du secrétaire du Conseil de la sécurité nationale russe Igor Ivanov doit être dépêché à Téhéran pour éclaircir certains aspects de cette proposition, a indiqué le 29 décembre à l'AFP une source iranienne proche des négociations.
Le 24 décembre, le ministère russe des Affaires étrangères a signalé que la proposition de Moscou de créer « sur le territoire de la Russie une entreprise conjointe russo-iranienne pour l'enrichissement de l'uranium est toujours en vigueur ». Le lendemain, le porte-parole de la diplomatie iranienne, Hamid Reza Assefi, la rejetait implicitement en expliquant que l'Iran accueillait « positivement (seulement) les propositions et les plans qui reconnaissent le droit de la République islamique à faire de l'enrichissement sur son propre sol ». « Soyez certains que nous ne reculerons pas d'un iota sur nos droits légitimes en matière nucléaire », avait martelé dès la mi-décembre le président iranien, Mahmoud Ahmadinejad.
Téhéran estime avoir droit, en tant que signataire du TNP, à la maîtrise de tout le cycle de production du combustible nucléaire, dont l'enrichissement, qui permet aussi de produire le matériau fissile indispensable à la bombe atomique. C'est pourquoi les Européens de l'UE-3 (Allemagne, France, Royaume-Uni), qui ont renoué le dialogue avec l'Iran sur son programme nucléaire le 21 décembre - et qu'ils rencontreront le 18 janvier à Vienne (voir EUROPE N. 9098) - pressent Téhéran d'accepter la solution russe (EUROPE n°9096). A leurs yeux, cette solution est la seule à même de garantir que les Iraniens ne détournent pas le procédé d'enrichissement d'uranium à des fins militaires, et elle permet aussi de faire entrer la Russie dans le jeu des négociations avec Téhéran. « Le véritable enjeu diplomatique en ce moment est de nous rallier les Russes pour que nous puissions déférer ce dossier devant le Conseil de sécurité », confiait à Vienne un diplomate de l'UE-3 à la veille de la reprise des discussions avec l'Iran. Car si Téhéran venait à rejeter la proposition russe, Moscou aurait plus de mal à résister aux pressions des Américains notamment pour renvoyer le dossier iranien devant l'Onu.
Les Etats-Unis ont accueilli avec circonspection cet assouplissement apparent de la position iranienne, dont Paris a « pris acte ». « Le temps presse désormais et il revient à l'Iran de prendre les décisions nécessaires à la relance d'un processus de négociation conforme aux vœux de la communauté internationale », a déclaré le porte-parole adjoint du ministère des Affaires étrangères, Denis Simonneau.