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Bulletin Quotidien Europe N° 9082
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

L'Allemagne va reprendre son rôle de pilier de la construction européenne

Fidèle à sa nature, cette rubrique n'a pas commenté les résultats des élections en Allemagne ni l'entrée en fonction du nouveau chancelier et du nouveau gouvernement. C'est une règle: ne pas s'exprimer sur les politiques intérieures des Etats membres mais sur les effets de ces politiques pour l'Europe. Eh bien, dans le cas de l'Allemagne d'aujourd'hui, les premières impressions sont positives d'un double point de vue: a) la coalition au pouvoir a pris des positions très claires en faveur de la relance de la construction européenne et tout fait penser que son action sera, de ce point de vue, efficace ; b) plusieurs signes indiquent que la situation économique allemande va se redresser assez vigoureusement, ce qui ouvre des perspectives favorables non seulement pour l'Allemagne elle-même mais pour l'Europe dans son ensemble.

Le volet politique. Depuis un demi-siècle, l'alternance des partis au pouvoir n'a jamais infléchi l'appui de fond de l'Allemagne à la construction européenne. Quelques accrocs (inévitables) n'ont jamais affaibli l'orientation positive; l'histoire allemande a connu de grands chanceliers pro-européens aussi bien démocrates-chrétiens que sociaux-démocrates, à partir de Konrad Adenauer qui en prenant connaissance du plan Schuman avait dit à Jean Monnet: « Si ce plan réussit, ma vie n'aura pas été inutile », en passant par Helmut Schmidt qui a fermement voulu la monnaie commune malgré l'opposition de l'opinion publique nationale, de la plupart des industriels et même de la banque centrale de son pays, parce qu'il ne voulait pas que le DM puisse écraser les autres monnaies européennes en suscitant frustrations et craintes. Il est vrai qu'après la période flamboyante d'Helmut Kohl (avec François Mitterrand à Paris et Jacques Delors à Bruxelles), les difficultés économiques ont quelque peu refroidi les élans. Mais les élites politiques allemandes n'on presque jamais montré (le « presque » se réfère surtout à Ralf Dahrendorf) les poussées d'euroscepticisme, de découragement ou de nationalisme renaissant qu'ont connues et connaissent encore d'autres Etats membres. Il n'est donc pas étonnant qu'une majorité formée des partis CDU/CSU et SPD soit en principe favorable à la construction européenne et à sa relance. Les premières prises de position et les premières initiatives diplomatiques du nouveau chancelier Angela Merkel et de ses ministres vont toutes dans cette direction.

C'est ainsi que les visites-éclairs de Mme Merkel aux institutions européennes et dans plusieurs capitales ont mis l'accent sur: a) l'objectif d'une Europe politique et sociale (deux adjectifs qui ne font pas partie du langage de tous les Etats membres) ; b) le soutien «au traité établissant une constitution pour l'Europe», affirmation courageuse car elle n'est pas à la mode. Le rendez-vous pour la relance de la Constitution se situerait au printemps 2007, au milieu de la Présidence allemande du Conseil, après la «pause de réflexion» en cours ; c) la confirmation du lien franco-allemand, sans aucune exclusivité et sans prétendre imposer ses vues à personne ; d) une sensibilité particulière, même personnelle de Mme Merkel, à l'égard des pays d'Europe centrale et orientale ; e) le rétablissement de la pleine confiance dans les relations avec les Etats-Unis et dans les liens transatlantiques. Le premier discours d'Angela Merkel au Bundestag a confirmé, voire même renforcé, ces orientations.

Le volet économique. Je n'ai évidemment pas d'informations qui ne soient pas à la disposition de tout le monde, mais je constate que ces informations indiquent en particulier: 1) la priorité donnée à l'assainissement budgétaire, objectif que les réformes courageusement introduites par le chancelier précédent et le programme de la coalition rendent crédible ;2) la reconquête déjà acquise de la place de premier exportateur mondial ; 3) la reprise des commandes à l'industrie, qui dans le seul mois de septembre ont augmenté de 3,3% (alors que l'index de la France est stationnaire et celui de l'Italie en baisse, pour ne citer que les grands pays de la zone euro). Pour l'Allemagne, la production de biens doit garder ou reconquérir la première place dans l'économie européenne, quels que soient les attraits (et les gains) de l'activité financière, et elle donne l'exemple, après avoir fait reconnaître cette priorité au niveau européen. Quant à la hausse de la TVA, qui a soulevé certaines réserves, il ne faut pas oublier que le taux allemand est actuellement l'un des plus bas d'Europe (16%, contre 19,6% en France). Par ailleurs, la protection de la nature et de la biodiversité (impliquant la sauvegarde de l'activité agricole) sera tout aussi prioritaire, à Berlin comme dans la plupart des Länder.

Certes, beaucoup d'efforts sont encore nécessaires pour résorber le chômage, équilibrer le budget et rendre confiance aux consommateurs, mais l'Allemagne y réussira. Elle fera de son mieux pour que l'UE adopte ce mois-ci ses perspectives financières 2007-2013, même si c'est loin d'être acquis. (F.R.)

 

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