Strasbourg, 08/09/2005 (Agence Europe) - La nécessité d'assurer la sécurité des citoyens sans tomber dans l'obsession sécuritaire était, mercredi à Strasbourg, au centre du débat sur les déclarations du Conseil et de la Commission sur « liberté et sécurité- réponses à la menace terroriste tout en sauvegardant les droits des citoyens » (voir EUROPE N. 9022). Un équilibre pas si facile à réaliser, certains députés s'inquiétant surtout de la sécurité des citoyens, d'autres s'indignant lorsqu'on demande que les terroristes aient les mêmes droits que leurs victimes. Le président de la commission des libertés, le Français Jean-Marie Cavada (groupe ALDE), cite Jean-Jacques Rousseau qui affirmait: « Dans la situation constitutionnelle actuelle est citoyen celui qui, destinataire du droit, peut se considérer en même temps auteur de ce droit ». Est-ce ce que ressentent actuellement les citoyens européens ? s'est-il interrogé. M. Cavada, comme d'autres, demande à la présidence du Conseil de tenir compte de la position du Parlement, qui représente justement les citoyens en question, pour engager une négociation sérieuse sur les questions qui les préoccupent, comme la protection des données. Les Etats profitent trop souvent de la lutte contre le terrorisme pour violer les droits de l'Homme, regrette la verte française Hélène Flautre, présidente de la sous-commission des droits de l'Homme, en citant en exemple le Pakistan, la Chine, le Yémen, la Tunisie, les Etats-Unis… La Néerlandaise Sophia In't Veld (ALDE) estime que « nous nous trouvons sur un chemin glissant », et invite à ne pas se concentrer uniquement sur les aspects technologiques du renseignement mais à faire recours à l'intelligence humaine, en d'autres mots, aux « espions d'autrefois ». Sa compatriote Edith Mastenbroek (groupe socialiste) fait part d'une expérience personnelle. Au Maroc après un attentat terroriste, elle avait été frappée par des pancartes qui affirmaient: « Ne touchez pas à mon pays ». Selon elle, c'est ce qu'il faut dire aux terroristes qui attaquent le territoire de l'Union. Nous devons utiliser les moyens à notre disposition, tout en restant intransigeants sur la défense des droits de l'Homme, insistent le socialiste espagnol Enrique Baron (qui rappelle que c'est grâce à la surveillance téléphonique que les auteurs des attentats de Madrid ont pu être arrêtés) et Antonio Tajani (Forza Italia): en Italie aussi, c'est grâce au contrôle sur les communications téléphoniques qu'un des terroristes de Londres a été appréhendé.
Les propositions de la Commission ont obtenu un large appui parmi les parlementaires, notamment de l'Italien Giovanni Fava (groupe socialiste), qui demande cependant des précisions sur les approches différentes de la Commission et du Conseil en ce qui concerne la collecte des données, ainsi que sur le rôle du Parlement européen dans ce travail législatif. Certains élus britanniques n'ont pas laissé passer cette occasion d'attaquer leur gouvernement, et l'Union, notamment le conservateur Geoffrey van Orden, qui voit (comme l'avait fait l'élu de l'UKIP Nigel Farage) dans la tentative de s'organiser ensemble contre le terrorisme un autre exemple de la « vilaine habitude » de l'Union d'essayer d'élargir ses pouvoirs. Nous devons tout d'abord mettre notre maison en ordre, affirme-t-il, en invitant (comme Mario Borghezio, Lega Nord) à mieux contrôler les frontières nationales. Notre opinion publique, affirme au contraire le Tchèque Libor Roucek, croit dans la nécessité d'une action de l'Union pour garantir davantage de sécurité, car notre expérience nous apprend que, sans sécurité, on ne peut pas vivre en liberté. D'autres députés demandent que l'on fasse pression sur les «musulmans sincères » (sic Antoine Duquesne, groupe ALDE, belge) pour qu'ils condamnent des positions incompatibles avec la conception des droits de l'Homme et des libertés particulières à l'Union. Mais les attaques contre certaines mosquées dans les pays de l'Union inquiètent Sajjad Karim (groupe ALDE). Je suis un « musulman européen qui a étudié dans une de ces écoles », explique M. Karim avant d'ajouter: « Je suis fier d'être britannique et d'être européen… ne faites pas de nous des citoyens de deuxième classe ».