Bruxelles, 18/07/2005 (Agence Europe) - Les ministres de l'Agriculture des Etats membres de l'UE ont confirmé, lundi à Bruxelles, leurs positions très partagées sur les propositions de réforme de l'organisation commune du marché (OCM) du sucre adoptées le 22 juin par la Commission européenne. Plusieurs Etats membres (Italie, Espagne, Portugal, Grèce, Pologne, Irlande, Finlande), disposant clairement d'une minorité de blocage, ont protesté avec véhémence contre les mesures préconisées par la Commission. La Belgique, l'Autriche, la Lettonie et la Lituanie ont affiché une opposition modérée à la réforme proposée. A l'opposé, près de dix Etats membres (France, Allemagne, Royaume-Uni, Pays-Bas, République tchèque, Malte et Chypre) ont soutenu le projet de la Commission, le Danemark, la Suède et l'Estonie appelant même à une réforme encore plus radicale.
Le premier débat d'orientation des Etats membres, après la présentation des propositions législatives de la Commission, a montré toute la difficulté qu'aura la Présidence britannique à amener le Conseil à un accord sur le dossier en novembre, pour faire bonne figure, comme le veut la Commission, lors de la réunion ministérielle de l'OMC à la mi-décembre à Hong-Kong.
La Commission propose en particulier: une réduction de 39% en deux ans du prix du sucre, la suppression de l'intervention au profit de la mise en place d'un prix de référence du sucre, l'indemnisation des planteurs de betteraves à hauteur de 60%, la fusion des quotas A et B de production, la création d'un régime volontaire de restructuration d'une durée de quatre ans, l'introduction d'un système de stockage privé lorsque le prix du marché tombe en dessous du prix de référence (voir aussi EUROPE n°8975).
Les ministres européens de l'Agriculture se sont prononcés sur les éléments suivants de la proposition de la Commission:
Régime volontaire de restructuration associé à une baisse radicale des prix: l'Allemagne, le Royaume-Uni, la France, le Danemark, les Pays-Bas, Malte, Chypre, la Hongrie et la République tchèque ont soutenu les mesures proposées. La ministre allemande Renate Künast a suggéré des baisses de prix en plusieurs étapes, par exemple 20% la première année, puis 5% par an jusqu'à ce que l'équilibre du marché soit atteint. La Suède et l'Estonie ont préconisé des baisses de prix encore plus importantes que celles proposées par la Commission. La Suède a demandé la suppression des quotas et la possibilité de transférer les quotas entre Etats membres après la période de restructuration (qui se terminerait en 2010). Dans le camp opposé, la Grèce, le Portugal, l'Italie, l'Espagne, l'Irlande, la Finlande (et, dans une moindre mesure, la Pologne, qui a demandé une réforme moins brutale) ont rejeté les mesures proposées qui auraient pour conséquence la disparition de la production sur leur territoire.
Une perspective à long terme pour le secteur (2014/2015): la Commission propose de maintenir le régime sucre ainsi modifié jusqu'à la campagne 2014/2015, ce qui a été salué par l'Allemagne, le Royaume-Uni, la France, les Pays-Bas, la Hongrie, la République tchèque, Malte, l'Estonie ou encore la Slovénie. La Suède a affiché sa préférence pour une période plus courte de réforme et le Danemark a jugé nécessaire de réduire davantage les prix avant 2014-2015. Les délégations hostiles à la réforme proposée, comme l'Italie, l'Espagne et l'Irlande ont estimé qu'il était inutile de parler de perspective à long terme sachant que la production disparaîtrait chez eux d'ici quelques années.
Compensation offerte aux betteraviers: les 60% proposés ont été jugés satisfaisants par la France, le Royaume-Uni et Malte notamment, tandis que certaines délégations (Danemark, Suède) les ont jugés trop généreux. L'Allemagne et les Pays-Bas ont estimé que ce niveau de compensation pourrait mettre en péril la neutralité budgétaire. Plusieurs pays ont demandé une augmentation du niveau de compensation: 100% pour la Hongrie et la Lettonie, au moins 80% selon l'Italie, et plus que 60% pour certains pays comme l'Espagne.
Les betteraviers européens ont manifesté pour « sauver le sucre »
Entre 6 000 et 8 000 producteurs de betteraves provenant de 21 pays de l'Union ont manifesté le même jour à Bruxelles pour crier haut et fort tout le mal qu'ils pensent des propositions de réforme de l'OCM sucre présentées par la Commission, à l'heure où le Conseil était saisi du dossier. Les syndicats agricoles craignent la disparition de 120.000 planteurs de betteraves en deux ou trois ans sur les 320 000 qui existent aujourd'hui dans l'UE. La compensation à hauteur de 60% des pertes de revenu résultant des baisses de prix proposées est jugée « insuffisante » par les orateurs qui se sont succédé à la tribune dressée près du bâtiment abritant le Conseil des ministres. Beaucoup de manifestants ont mis en cause le Brésil et sa main-d'œuvre « proche de l'esclavage », ce pays étant, selon eux, le seul bénéficiaire de la réforme annoncée. La ministre allemande de l'Agriculture, Mme Künast, a au contraire défendu à la tribune des propositions qui « vont dans la bonne direction ». « Nous avons besoin d'une réforme car nous avons perdu devant l'OMC et parce que nous allons avoir 4 millions de tonnes de sucre invendables », a-t-elle déclaré sous les sifflets.