Bruxelles, 14/07/2005 (Agence Europe) - Une fois encore, le député Ari Vatanen (PPE-DE, France) a voulu manifesté son engagement à faire avancer la politique des transports en Europe. Mais il le fait en appelant à « briser le mythe du transfert de la route vers le rail ». Selon lui, l'objectif clé du Livre blanc de la Commission de changer l'équilibre des transports en faveur d'autres modes que la route est un idéal utopique, inefficace, qui gaspille l'argent des contribuables.
Alors que la Commission parachève l'évaluation à mi-parcours du Livre blanc intitulé « La politique européenne des transports à l'horizon 2010: l'heure des choix », Ari Vatanen et Malcolm Harbour (PPE-DE, Royaume-Uni) ont lancé le débat lors d'une conférence le 12 juillet, en présence notamment du Commissaire aux Transports, Jacques Barrot, et de représentants de l'industrie européenne. Le Professeur Rémy Prud'homme de l'Université de Paris, a présenté des chiffres qui mettent en relation le partage entre les différents modes de transport, les fonds publics utilisés pour les transports et les coûts liés aux externalités, et qui montrent que le transfert modal de la route au rail est physiquement impossible à réaliser, et qu'il serait de toute façon contraire à la prospérité en Europe. D'après ses estimations (basées essentiellement sur les chiffres pour la France, multipliés par 6, pour donner une représentation moyenne de la situation pour l'UE15), le doublement du rail ne réduirait que de 5% le transport routier, et les 2,5 milliards d'euros économisés en matière d'externalité seraient annulés par une diminution des recettes fiscales perçues sur les routes de 5 milliards d'euros et des dépenses de 70 milliards d'euros supplémentaires pour subventionner le rail. Les représentants de Procter et Gamble et de Nokia ont d'ailleurs confirmé qu'en se fondant sur les besoins des clients pour déterminer le meilleur mode de transport, ils étaient naturellement amenés à privilégier la route (majorité des trajets inférieurs à 150km pour le ravitaillement des supermarchés, livraison juste à temps des composants et des produits finis). Rémy Prud'homme a néanmoins concédé à une représentante de la Task Force de la DG TREN chargée de l'évaluation du Livre blanc, que ces chiffres ne prenaient pas tout en compte et que la Commission devra en produire de façon rigoureuse pour chaque pays.
Plus qu'une querelle de chiffres, le débat a révélé des divergences dans l'interprétation des politiques initiées par la Commission. Henne J.J. Schuwer, de la représentation permanente des Pays-Bas, a expliqué pourquoi son pays avait abandonné sa politique de transfert modal, alors qu'il est particulièrement concerné par des problèmes de congestion, étant donnée sa densité de population. L'action du gouvernement s'est révélée limitée et les coûts trop élevés, tandis que le rail et la navigation ne sont pas forcément plus verts que la route, puisque les émissions des nouveaux véhicules sont 10 à 30 fois moins élevés qu'il y a dix ans. Les Pays-Bas encouragent désormais davantage les idées novatrices par rapport à la construction de nouvelles infrastructures, pour que le marché puisse opter pour le mode le plus intéressant. Il serait plus judicieux de traiter les différents modes de transport sur un pied d'égalité et de laisser le consommateur choisir au final, a renchéri Ari Vatanen, alors que 85% des transports en Europe sont assurés par la route contre 4% seulement pour le rail. Jacques Barrot a expliqué que l'approche de la Commission, qui consiste à favoriser l'intermodalité, ne joue pas les modes les uns contre les autres. « Il faut penser complémentarité. La route a un rôle à jouer, mais il faut pouvoir utiliser les autres modes. Si on veut libérer la route au profit des automobilistes, il faut bien passer le fret vers le secteur aérien, le short shipping ou le ferroviaire ». Les compagnies low cost ont permis à des régions de se développer, et les autoroutes de la mer peuvent être très efficaces si elles sont bien utilisées, a-t-il dit. Au final, pour mener une politique cohérente et économe, le Commissaire préconise d'examiner, pour chaque situation et sans parti pris, quels sont les coûts des infrastructures pour les tarifer convenablement. En Pologne par exemple, les autoroutes sont quasi gratuites, tandis que le rail supporte des coûts très lourds, a-t-il expliqué, suite à sa rencontre le 11 juillet avec le ministre polonais des Infrastructures Krysztok Opawski. « Je m'engage à être très attentif à cette juste tarification », a-t-il assuré. Rolf von Hohenhau, président de l'Association des Contribuables d'Europe, a attiré l'attention sur le fait que l'action doit également venir des régions, en raison de certaines incohérences au niveau européen: ainsi, l'UE finance la construction de routes de montagnes seulement si elles servent à des camions de plus de 50 tonnes.
Ari Vatanen et l'Association des Contribuables d'Europe ont présenté un Engagement des Transports Envers les Contribuables (ETEC), qui est ouvert à la signature des ministres des Transports, des députés nationaux et européens actifs dans les commissions des transports, ainsi qu'aux organisations du secteur des transports. Le texte de l'ETEC, ainsi que le rapport d'Ari Vatanen « European Transport policy- Strangling or liberating Europe's potential ? » sont disponibles sur le site: http://www.arivatanen.com