Bruxelles, 26/05/2005 (Agence Europe) - « L'UE est menacée de thrombose en son centre et d'apoplexie à ses extrémités ».C'est en ces termes que Jacques Barrot, vice-président de la Commission européenne chargé de la politique des Transports, a résumé la problématique des réseaux transeuropéens dans le contexte de l'Europe élargie, lors d'un colloque organisé le 24 mai par la Fondation Robert Schuman. M. Barrot, qui a déjà dressé un bilan de la réalisation des projets prioritaires et de présenter les intentions de la Commission devant le Parlement européen (EUROPE n°8945), a pu entendre à cette occasion les points de vue de différents acteurs. Les intervenants ont souligné dans l'ensemble la nécessité d'améliorer les conditions pour la réalisation des projets prioritaires, de favoriser le rééquilibrage entre les différents modes de transport, de privilégier les sections transfrontalières (moins attractives d'un point de vue national), et de tenir davantage compte des acteurs locaux. Ces derniers peuvent jouer un rôle de facilitateur mais aussi de blocage, a mis en avant Bernard Soulage, membre du Comité des Régions et vice-président du Conseil régional de Rhône-Alpes. « Une meilleure connexion avec les nouveaux voisins, notamment avec la Russie, est au cœur de l'intégration de l'Europe de l'Est », a affirmé quant à lui Michel Francony, Directeur général adjoint à EDF. Le Commissaire Barrot a insisté sur l'importance de « mettre en place un « network » pour les marchandises, les personnes, l'énergie. (…) Des réseaux mal interconnectés et non interopérables constitueront un frein aux échanges, qui devraient doubler d'ici 2020 ».
La question du financement des projets prioritaires a été soulevée lors d'une table ronde qui a permis un échange constructif sur la combinaison de différents modes et sources de financement: 1) les dépenses des Etats membres: il faut que les Etats montrent plus d'ambition à investir, et les exigences imposées par le Pacte de stabilité et de croissance ne peuvent pas leur servir d'excuse ; 2) le financement de l'UE: l'objectif est de faire jouer l'effet levier d'une intervention communautaire et de renforcer la ligne budgétaire consacrée aux réseaux transeuropéens, ont estimé plusieurs participants, soulignant qu'il primordial de gagner la bataille des 20,3 milliards d'euros pour les prochaines perspectives financières. La Commission prévoit d'ailleurs d'augmenter le taux de cofinancement pour les sections transfrontalières, en conditionnant les aides à l'accélération de la mise en œuvre des normes d'interopérabilité (ERTMS). La Commission a annoncé en outre la création d'un nouvel instrument de garantie destiné à rassurer les investisseurs privés, qui interviendra dans la phase postérieure à la construction, et dont la gestion sera assurée par la Banque européenne d'investissement ; 3) l'Eurovignette: l'accord trouvé par le Conseil sur cette question délicate (EUROPE n°8933) a été salué par tous les intervenants, dont certains ont noté que la prochaine étape devrait permettre d'aller plus loin, en affectant les ressources prélevées aux infrastructures de transport ; 4) le partenariat public-privé: David Azema, Directeur général de VINCI Concessions, a brièvement présenté les avantages de cette formule (ressources supplémentaires, partage du risque, soustraction des projets aux aléas politiques). S'il est essentiel de pouvoir rassurer les petits porteurs par la diversification des portefeuilles comprenant des concessions mûres, l'argent ne manque pas, et le privé sait se montrer patient pour des projets de long terme, a-t-il dit, en ajoutant: 5) les régions: elles sont déjà largement sollicitées afin qu'elles apportent un concours financier ; alors qu'elles ne sont pas associées à la gestion de ces réseaux, elles jouent un rôle important pour la cohésion territoriale, notamment dans les régions transfrontalières ; 6) les usagers: ils se disent prêts à payer et devraient donc être davantage mis à contribution.