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Bulletin Quotidien Europe N° 8867
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Conseil de l'Union: les ambitions et les chances d'une Présidence

Tout comme prévu. Jean-Claude Juncker a commencé de la meilleure façon sa période de présidence du Conseil. Faut-il rappeler les raisons qui font de lui, en ce moment, le président idéal ?

il préside en même temps le Sommet (Conseil européen), le Conseil Economie/Finances et, pour deux ans, le Groupe de l'euro, ce qui garantit la cohérence et la cohésion de l'activité communautaire ;

il est de loin le chef de gouvernement qui a la plus longue expérience de participation personnelle aux Sommets, dont il maîtrise parfaitement la technique, les arcanes et les sous-entendus ;

il exerce ses présidences européennes presque à plein temps, la gestion des affaires intérieures de son pays n'étant pas harassante. Voici par exemple son emploi du temps de cette semaine: lundi, il a rencontré la Commission européenne au complet ; mardi et mercredi à Strasbourg, il a présenté son programme au Parlement européen (d'abord en le discutant avec la Conférence des présidents, ensuite en plénière) ; jeudi à Francfort il a participé à la réunion du Conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne (BCE).

Des choix clairs. Cette situation objectivement favorable n'aurait pas beaucoup de signification si M. Juncker n'avait pas les qualités personnelles lui permettant de l'exploiter au maximum et la conviction nécessaire pour gérer les dossiers dans une optique européenne. Une longue expérience (nous sommes à la onzième présidence du Luxembourg) nous enseigne que les compromis luxembourgeois dans les dossiers controversés sont en règle générale équilibrés, le petit Grand-Duché n'ayant qu'un nombre limité d'intérêts nationaux en jeu et étant conscient que "l'intérêt commun est la meilleure définition de l'intérêt de tous". La tendance naturelle au compromis, facilitée dans le domaine économique par l'équilibre que M. Juncker a toujours prôné (et appliqué au niveau national) entre les règles du marché et la protection sociale, ne l'empêche pas de se prononcer le cas échéant de façon nette. J'en citerai deux exemples. À propos de l'impôt sur les sociétés (qui implique la vexata quaestio de la concurrence fiscale entre les Etats membres avec ses répercussions sur la délocalisation des entreprises), il s'est clairement exprimé en faveur d'une double approche: l'harmonisation de la base imposable (assiette) et en même temps la fixation d'un taux d'imposition minimal. Ceci malgré la fidélité de la Commission européenne à l'orientation que Frits Bolkestein avait réussi à faire prévaloir au sein de la Commission Prodi, contre toute harmonisation des taux. Le second exemple concerne le projet de directive sur la libéralisation des services, que M. Juncker entend "remettre sur le métier" de fonds en comble (voir cette rubrique du 14 décembre), sans partager l'urgence que la Présidence néerlandaise attachait à son approbation (ce qui n'avait pas empêché cette dernière de gérer de façon objective le dossier lorsqu'elle avait constaté les nombreuses objections et réticences).

Je n'entends pas revenir sur le programme d'ensemble de la Présidence luxembourgeoise, car la présentation de M. Juncker devant le Parlement européen a été résumée dans EUROPE du 13 janvier p. 9 et 10 et notre bulletin avait déjà fait état aussi de plusieurs programmes sectoriels. Je me limiterai à souligner les termes nets et explicites par lesquels M. Juncker a: a) marqué sa fidélité à la "méthode communautaire" en matière institutionnelle, en faisant jouer le "triangle institutionnel" Commission/ Parlement/ Conseil; b) souligné que "aucune présidence ne pourra avoir succès sans une approche commune des problèmes avec la Commission"; c) rejeté l'appellation de "Monsieur Euro" qui lui est abusivement attribuée.

Une appellation abusive. Sur le dernier point cité, je dois a M. Juncker presque un remerciement personnel, car j'avais été pratiquement seul (avec évidemment le président de la BCE M. Trichet) à protester contre cette appellation, car elle fausse la signification de sa présidence biennale du "groupe de l'euro". Son rôle est d' équilibrer progressivement les deux volets de l'Union économique et monétaire (UEM), en attribuant à la gestion économique un poids analogue à celui de la gestion monétaire (par la BCE). Ce n'est donc pas d'un Monsieur Euro qu'on a besoin, il existe déjà à Francfort, mais d'un pilote de la cohésion économique. Malheureusement, l'erreur se répercutait partout (même de la part du président du Parlement européen!); heureusement, l'intéressé à clarifié l'équivoque: "Je n'ai jamais revendiqué ce titre. Nous devons organiser le dialogue entre le pôle économique de l'UEM et son pôle monétaire". Ce que M. Juncker réclame, c'est pour le "groupe de l'Euro" (c'est-à-dire le groupe des pays qui participent à la monnaie commune) "la possibilité d'entrer dans un dialogue vertueux avec la BCE sur certains aspects de la politique monétaire". Et il a précisé la nature de ce "dialogue vertueux"; j'y reviendrai.

M. Juncker a confirmé que ses trois priorités sont l'aménagement du Pacte de stabilité, la révision de la Stratégie de Lisbonne et l'accord politique sur les perspectives financières pluriannuelles. Il a clarifié ses orientations sur chacun de ces points. J'en parlerai en détail la semaine prochaine. (F.R.)

 

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